Parfois, une track vient illuminer un EP entier, dont on ne parvenait pas à saisir la substance. Comme une lumière au bout du tunnel. Car oui, la techno peut être tantôt organique, tantôt froide, difficile. C’est un univers sonore qui peut être sensible, mental… Face à toutes ces dualités émerge UVB, un artiste français, qui oscille entre Marseille et Berlin.

Propulsé par le label MORD du néerlandais Bas Mooy, qu’on vous avait présenté avec la release « Intelligent Life » de Charlton, UVB ne rompt pas avec une ligne musicale déjà bien tracée : industrielle, sombre, hypnotique.

Pour décrire l’EP, vous ne trouverez que quelques mots :
All fled,
all alone.
Lift me on the pyre,
the feat is over
Black chair,
wrong day.
I can’t sleep.

On ne s’arrêtera pas sur cette approche « poétique ». Il appartient aux artistes d’entourer leurs œuvres de mystère, et d’y accoler un contexte, un champ lexical. Ici, il ne dénote pas. Sombre, noir, sommeil, solitude. Aucune surprise, on fait presque dans le stéréotype. La poésie, c’est une affaire complexe.

Place au son.

 

Supply commence avec des tonalités très aiguës. Bien que marquée par une position underground, dark, nous ne sommes pas dans ce qui pourrait s’affirmer comme une « vraie » dark techno à la Virgil Enzinger, qui peut nous perdre dans un rapport de confrontations structurelles, sonores. Pour décrypter l’EP, on peut alors la positionner dans l’univers des techno fortes, fondamentales, un mix entre les productions cultes de Détroit et les univers berlinois (Ostgut en tête). Cette position est confirmée par les tracks suivantes, Quiet Life et Ero, efficaces, linéaires mais bien rythmées et menées. La track suivante vient rompre avec cette linéarité, en posant les fondations d’un nouveau monde, encore. Magic Powder. Nous franchissons cette fois une nouvelle étape dans la descente vers le dark. Enfin, le côté obscur est assumé, par l’ultra-saturation d’une ligne de synthé grasse. La track suivante, Stop Motion, est l’entre-deux parfait entre la ligne de synthé légère de Quiet Life et la puissance obscure marquée par Magic Powder.

Nous sommes maintenant prêts.

Car la track suivante, Mixtion, est celle qui aura attiré mon attention. C’est un point culminant parfait. Elle véhicule le sentiment qu’on peut avoir, en tant que spectateur, au moment d’un closing réussi, d’une dernière track victorieuse. Plutôt que de conclure l’extrait de cette release par une track insipide, qui aurait pu rendre l’EP simplement bonne, Mixtion est portée par une ligne de synthé chirurgicale, qui plonge dans une obscurité lumineuse, un oxymore nécessaire là où nous étions, dès la première track, bercés aux frontières de la dark techno sans jamais vraiment y pénétrer. La track est juste. Elle nous rappelle, comme une définition nécessaire, ce qu’on peut aimer dans la véritable Techno.

Pour finir, UVB et son EP, « What I’ve Learned », est efficace. On n’y apprend pas forcément grand chose, car outre la confrontation entre techno et dark techno que se livre l’auteur, on ne se perd pas. Pourtant, l’EP est très réussi, car la sensation fondamentale qu’offre les tracks, et surtout Mixtion donne envie d’entendre UVB dans tous les sets de techno à venir.

Pour en entendre plus, il faudra attendre le 07 juillet, où l’EP sera distribuée en 12″ et en digital.