« Tout ce que j’espère concrètement, c’est de pouvoir continuer à être libre, libre de penser et libre d’agir » – David Asko, 25 ans de carrière

INTERVIEW – Dj et producteur originaire de Saint-Etienne, DAVID ASKO a fêté ses 25 ans de carrière samedi dernier dans la capitale. Un anniversaire célébré aux côtés d’artistes tels que REBEKAH ou encore HADONE pour le closing du so famous BORDER CITY. A cette occasion, David a accepté de nous dévoiler quelques secrets avant de revenir sur sa performance épique aux Docks. Let’s do it !


« A 17 ans, j’organisais ma première rave, c’était également la première fois que je jouais »

Trystan : Bonjour David, tout d’abord merci à toi pour cet échange. Peux-tu nous raconter tes débuts musicaux?

David : J’ai commencé à écouter de la musique électronique très jeune, au collège. J’avais le fils d’un des amis de mes parents qui écoutait de la musique électronique, je devais être en 6ème. On s’échangeait des cassettes. Un jour, il m’a filé une cassette de trance. J’ai trouvé ça mortel. A 15 ans, j’ai découvert les raves. C’était une espèce de « ravelation » *rires*. Puis à 17 ans, j’organisais ma première rave, c’était également la première fois que je jouais. Je découvrais des artistes qui avaient déjà émergé en France, Manu le Malin, Laurent Garnier, Jerome Pacman, toute la troupe. C’étaient les premiers DJ français à jouer de la musique électronique en teuf. J’ai découvert cette génération qui me précède, j’ai suivi sans hésiter. Ce sont les précurseurs, ils ont créé quelque chose, on a suivi le mouvement pour créer des choses avec eux.

Manu le Malin en teuf dans les années 90's.
Manu le Malin, rave party, années 90’s.

T : Quelles différences y a-t-il entre le Djing d’aujourd’hui et celui d’hier ?

D : Il y a une grosse différence. Dans les années 90’s, il n’y avait que des vinyles. On se trimbalait les bacs de vinyles tout le temps. Il y avait une démarche différente. Tu devais aller dans un shop pour acheter des vinyles. On n’avait pas le cul assis dans un canapé *rires*. On devait chercher la petite pépite chez le disquaire. Passionnés comme on l’était à l’époque, on faisait le tour de France pour acheter des disques. Il m’est arrivé d’acheter un album, seulement pour un morceau. Être DJ à l’époque, ça coûtait beaucoup d’argent. Je faisais des études en hôtellerie/restauration, l’argent que je gagnais c’était pour mettre dans les vinyles.

« Aller en rave c’est un acte militant »

T : Beaucoup de nos lecteurs n’étaient pas nés à tes débuts, peux-tu leur raconter comment c’était à l’époque ?

D : Merci pour le coup de vieux *rires* ! On était, ou DJ, ou on faisait du live, c’était possible de faire les deux. On jouait en live avec ses machines et avec l’espèce d’ordinateur de l’époque, pas super transportable, ni facile à utiliser. À l’époque, jouer en live coûtait très cher car il y avait beaucoup de matériel à transporter. Par exemple, c’était très compliqué de faire venir des artistes américains jouer en direct, il fallait énormément de bagages, tous les synthés, toutes les boites à rythme, etc. Aujourd’hui, avec un ordi et un contrôleur c’est possible.

En tant que fêtard, on allait chercher les flyers chez les disquaires. Sinon c’était surtout le bouche-à-oreille, la main à la main. C’était pas démocratisé comme aujourd’hui. T’avais un flyer, avec une info line et le jour même tu appelais le numéro avec un code, il te donnait un point de rendez-vous où on t’indiquait les infos routières. Toute la démarche était différente. C’était des périples mais c’est ce qui fait le charme des soirées. Je me suis fait des potes en cherchant des raves, ils le sont restés. Pas exactement une tribu mais la communauté est très engagée, aller en rave c’est un acte militant.

T : Comment as-tu construit ta carrière ? Quelles ont été tes sources d’inspiration ?

D : Il n’y avait pas des milliers de DJ quand j’ai commencé à jouer, pas comme aujourd’hui. J’ai construit ma carrière grâce à cette passion que j’ai pour la musique. La musique hard a toujours été en moi, et ça grâce à Laurent Hô, Manu le Malin, Lisa N’Eliaz à l’époque, qui m’ont grave influencé. Je les ai entendus jouer des dizaines de fois, en dégageant quelque chose de tellement fort sur scène, je me suis dit « c’est ça que je veux faire plus tard ». C’était fou ! Être derrière les platines, faire danser les gens, donner de l’émotion, c’est un acte fort. De fil en aiguille comme je te disais, j’ai commencé à organiser des soirées à 18 ans. J’avais formé un collectif avec des potes de Lyon et Saint-Etienne. On a fait ça jusqu’en 2000/2001. C’était la grosse époque. J’ai pas connu les débuts 90’s, je suis arrivé en 94/95, et 97 j’ai commencé à organiser des grosses soirées, c’était fou. Je revendique aujourd’hui d’être né dans les raves, d’avoir appris à mixer dans cet environnement et d’avoir la culture rave. À l’époque, c’était aussi bien de la house, de la trance, de l’hardcore, il y avait de tout comme musique ! Les années sont passées, j’ai grandi musicalement, j’ai fait des rencontres, j’ai commencé à jouer hors de ma région natale, à Paris et partout en France d’ailleurs. Ma carrière s’est construite petit à petit. Et tout ça c’est grâce aux rencontres que j’ai pu faire. On n’était pas beaucoup donc l’entraide régnait. Je ne sais pas comment décrire ça mais il y avait une sincérité dans ce qu’on faisait à l’époque.

T : Quelles sont les dates qui ont marqué ta carrière ?

D : Heu, il y en a plein *rires* ! Le premier anniversaire Jumping Bass, c’était le collectif que j’avais fondé, c’était en 98. On avait fait ça dans un entrepôt à côté de Saint-Etienne. C’est une des premières grosses raves qu’on a organisées. Cette date a été très marquante. Un grand hangar en face d’une caserne de pompiers, on avait trouvé le lieu la veille. Assez anecdotique celle-là.

David Asko devant l’entrepôt qui accueillait l’anniversaire de Jumping Bass (1998).

La première fois où j’ai joué au Roxy à Prague, ça devait être en 2001, un truc comme ça. Première fois que je sortais de France pour aller jouer, le club était aussi fou que la soirée en elle-même.

Une autre date marquante : la première fois que j’ai joué en Mongolie, ça devait être en 2010 je sais plus exactement. J’étais le premier DJ français à jouer dans ce pays, c’était incroyable.

Le warm-up de Paul Kalkbrenner au Rex Club était aussi une date marquante. C’était une de ses premières dates, un jeudi soir. Je devais jouer deux heures, j’en ai joué trois et il y avait Paul K qui était en train de danser avec moi dans la cabine, en mode hystérique, et c’était complètement hystérique d’ailleurs ahah. Il faisait un live de fou derrière enfin bref. Cette date a été tremplin pour moi à Paris. Aujourd’hui, j’ai toujours cette histoire d’amour avec le Rex depuis cette date. Pour moi, c’est le meilleur club français. J’ai aussi le Magazine Club à Lille, qui a relancé ma carrière il y a maintenant 6 ans, parce que j’étais dans le creux de la vague avant ça. C’est grâce à ce club que ma carrière a été relancée. Ça m’a permis de forger ma réputation à Lille, et partout en Europe. J’ai pu inviter tous les plus gros artistes de la planète à jouer avec moi.

T : Et une date que tu aimerais revivre ?

D : Heu, une date que j’aimerais revivre ? Ma première grosse rave en 98, celle que j’ai organisé.

T : Tu as fêté tes 25 ans de carrière lors du closing de Border City, quel set avais-tu préparé pour l’occasion ?

D : J’ai préparé un set assez « tabasse », j’ai quand même bien envoyé ! J’ai joué beaucoup de promos, beaucoup de morceaux que j’ai produit qui vont sortir en fin d’année, début d’année prochaine. J’ai joué plein de nouveautés, plein de trucs qui ne sont pas sortis, et plein de vieux trucs. Ça résume mes 25 ans de carrière.

T : Peux-tu nous donner quelques cartouches qui ont mis le feu au dancefloor ?

J’ai commencé mon set avec Underword – Born Slippy. Sympa comme intro, puis ça fait partie des meilleurs morceaux de musique électronique. Ça va avec le film aussi.

« Un track que je jouerai toute ma vie en fait« 

J’ai joué un vieux truc aussi, Intro de Surgeon.
J’ai fini mon set par un autre truc fou aussi, c’est DJ Tim & Misjah – Acces, un peu trance des années 90.

T : Des projets pour le futur ?

D : Écoute pour le moment j’ai pas vraiment de projet. Tout est l’arrêt, j’ai eu la chance d’avoir 4 dates cet été. Plein d’artistes n’ont pas eu de date. J’ai un EP qui sort avec Jacidorex, on a fait un morceau qui sort sur Stay Up Forever. J’ai un EP qui va sortir sur Obscuur. J’ai Techno Therapy qui était sortie en 2017, qu’on ressort en fin d’année sur A-Traction Records, avec plein de remix : Sterling Moss, Axel Picodot, La Fraicheur et quelques surprises, je peux pas tout dire.


D : Sinon, j’espère que ça va vite repartir. Franchement la situation est très compliquée pour tout monde, pour tous les acteurs du spectacle, que ce soit financièrement et psychologiquement. Ce qui se passe là, ça le fait pas du tout. On est délaissé. Il y a eu un plan de relance annoncé, on a des cacahuètes ! C’est pas normal que la fête et la culture au sens large ne soient pas soutenues. C’est un problème qui ne date pas d’aujourd’hui. On a eu un seul et unique vrai ministre de la culture, Jack Lang. Aujourd’hui, on a de la répression dans tous les sens, les interdictions et les décrets se multiplient. Si c’est ça l’avenir, franchement non merci, je signe pas pour ça.

T : Que peut-on te souhaiter après tant de réussite professionnelle ?

D : Qu’on trouve une solution pour dégager ce virus, qu’on trouve un traitement et qu’on puisse de nouveau bosser. Peut-être qu’il va falloir qu’on agisse différemment aussi. Il faut que le business de la musique change et que ses acteurs se remettent en question. Ce qui est malheureux, c’est que j’ai l’impression qu’on ne va pas tirer de leçon de cette crise. Alors qu’on devrait réfléchir à comment développer les choses différemment. Mais bon, l’humain… tu le connais comme moi, il va vouloir consommer comme avant et c’est pas la bonne solution. Ce que j’espère pour le futur, c’est avoir des fêtes beaucoup plus éco-responsables, plus écologiques, j’aimerai que les artistes français soient beaucoup plus mis en valeur en France. Je souhaiterai également qu’on book moins d’artistes headliners dans les fêtes, car si c’est ça le délire aujourd’hui, je vois pas l’intérêt. Tous les problèmes de racisme, d’homophobie… ça peut paraître assez utopique ce que je dis, mais c’est ce qui se passe. Donc il faut que tout redémarre, en mieux, qu’on soit plus responsable parce que ça va plus là.
Tout ce que j’espère concrètement, c’est de pouvoir continuer à être libre, libre de penser et libre d’agir.


Dès la semaine prochaine, retrouvez son set de Border City en exclusivité sur Dusk Records

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