Asperatus est le nom donné à un type de nuages rare. Au résultat visuel bâtard selon les experts qui ont jeté un œil sur ce phénomène météorologique, leur aspect onduleux embellit un paysage monotone aussi généreusement qu’une femme en robe rouge. Faisant l’objet d’un débat scientifique peu préoccupant pour les profanes, leur existence a eu le mérite d’inspirer le lituanien Paulius Markutis, copain comme cochon avec la nature et la techno d’ambiance.

Très expérimenté, ce monsieur — ce Sraunus — réussit à faire parler les machines de telle sorte que l’on se perd dans une langueur étonnamment enivrante. Selon moi, c’est un langage qui parvient à faire l’éloge de la passivité sans pour autant franchir la ligne du soporatif. Comme l’hypnose finalement. Du coup, d’une apparente inactivité, l’auditeur d’Asperatus Clouds rejoint progressivement le cosmos du rêve éveillé. Le plaisir apparaît alors chez cette personne érudite en la matière, libre de toute entrave spirituelle.

Sortie chez le label français ZeECc, qui booste pas mal la reconnaissance de la dub techno, cette release est un élixir pour hypomaniaque. Puis avec douze morceaux d’en moyenne dix minutes, il y a de quoi faire ripaille. De plus, la petite particularité de cette sortie repose sur son double support, puisqu’Asperatus Clouds sort aux formats CD (album) et vinyle (EP), sans aucun doublon. Toutes les tracks rappellent la lenteur des mouvements aquatiques, comme si les bulles d’air marquant le chemin d’une baleine bleue, au rythme tranquille et régulier, renfermaient de véritables sons, audibles qu’une fois libérés par la mousse en surface, pour en fin de compte se rapprocher des nuages. Un sacré voyage…

Techniquement, il faut noter que la maîtrise de l’effet reverb (la trainée des sons et leur aspect spacieux, dominants en dub techno) est tout bonnement sensationnelle.

Je vous l’accorde, l’harmonie dub de la techno souffre quelquefois de la redondance musicale, effet accentué par la longueur des morceaux. L’objectif n’est pourtant pas de s’en lasser mais de se laisser aller. Simplement, ce côté trance légère et reposante comble à la fois un néant sonore et un passionné du genre. À l’image du Voyageur de Caspar David Friedrich, exaltez donc vos sentiments et surtout, retenez vos efforts.

Si l’on pouvait choisir sa drogue musicale dans un caisson de relaxation, j’opterais bien pour une série de lamentations « naturellus » techno. Et vous ?

CD :

Vinyle :

Bonne écoute.