Certains l’auront compris, mes oreilles traînent très souvent de l’autre côté des Alpes.
Et une nouvelle fois, ces dernières ont été plus qu’émoustillées avec la nouvelle release du label d’Emmanuel, ARTS.
Au delà d’être un DJ méticuleux, et dont le fruit de son travail est une techno très déstructurée, il est aussi un producteur de talent, et n’hésite pas à pousser de jeunes DJ sur le devant de la scène.

Aujourd’hui, c’est Pierre, qui mixe sous le nom de Shekon, qui est à l’honneur, avec son EP BadTrip.
Première question, légitime, qu’on pourrait se poser : qui est Shekon?
Pierre, aka Shekon est Nantais, et s’est fait remarquer en 2013, par une release chez Skryptom, l’écurie d’un des loups blancs du Rex, Electric Rescue.
Son EP Puzzle est onirique, tout en douceur, et plutôt minimal, mais ça a le mérite d’être diablement efficace, et repris par Alle Farben, Ivan Smagghe, ou encore Bodzin, pour ne citer qu’eux..

Ecouter le premier track Badtrip de l’EP éponyme consiste donc à rentrer dans l’univers de Shekon.
Ici, les nappes se veulent plus rondes et plus mentales. C’est avant tout une sorte d’introspective entraînante, dans lequel nous embarque le Nantais.
Tout aussi minimal que sa production chez Skryptom, il nous livre un vrai récit de voyage. C’est plutôt frais, ça change des productions habituelles, et c’est plus qu’intéressant.

Le remix du track, opéré par MTD, un jeune italien plus ancré dans le genre techno, voire le genre expérimental, durcit l’impression générale.
Les kicks sont désormais plus durs, et résonnent dans les tempes. L’ambiance générale y est plus oppressante, et offre une vision plus industrielle du track.
Si la version originale nous faisait voyager, le remix nous tient en haleine. Plus guerrier, très sûrement, mais tout aussi réussi.

Shekon nous a donc montré sa capacité à nous faire doucement voyager dans un univers onirique. Mais il est aussi capable de nous emmener dans un univers bien plus ancré dans la techno.
Preuve en est avec Rotor.
Tout aussi tranchant qu’une pale d’hélicoptère, plus sombre que Badtrip, Rotor nous offre une version toute aussi minimale, mais efficace d’une techno léchée. Le track, monté en 3/3, saccade et offre une rythmique presque enivrante.
On avait donc la face onirique de Shekon. On découvre à présent sa face plus techno.

Faut il voir une French connection dans le remix de Rotor?
C’est en tout cas mon chouchou, mon petit poulain, Charles Fenckler, qui s’occupe de faire de Rotor un missile.
Les oreilles les plus fines seront peut être aussi surprises que moi, lorsque vous lancerez le track. Et oui, on dirait bien les notes de Subzero, de Klock! Mais promis, juré, Charles n’a pas fait une pâle copie.
Mais il donne du corps à Rotor, l’enrobe dans des nappes très spatiales, qu’il agrémente de drums frénétiques dont lui seul a le secret.
Rotor devient donc, comme j’ai pu vous l’annoncer, un savant missile, qu’on s’administre avec le plus grand des plaisirs.