Resources – HUMAN (RE)SOURCES Vol.3 (VA)

La dernière fois qu’on avait reçu une release de Resources, on était en 2018, on découvrait l’EP Spaced Out de Planet Dust, un paysage marécageux, empli de basses visqueuses et de UK beat chaloupés. Ici, comme chaque année, une compilation, des moods et des moves différents. La bass music a toujours eu un spectre extrêmement large et Resources semble ici cartographier avec précision une partie de ce genre peu connu, finalement. Petit résumé en quelques morceaux choisis.

Vortex tout en progression dans un abysse de breaks et de keys syncopées, El James crée dans son Pick Up une sorte de manège interminable, un track de 3am qui ferait tout autant se calmer les esprits portés peak time que d’exciter les plus hardis danseurs all-night-long. Résolument club, le mancunien nous livre ici une superbe représentation d’une hybride bass / breaks aux reflets techno. Toujours dans l’alchimie, c’est Galtier qui fusionne des effluves de footwork et de breaks (toujours) pour 5 minutes non-stop de martèlement en tout genre, le morceau se tord, s’étend, nous compresse, Mind Aggregate prend son temps, s’infiltre, sa basse stridente, elle nous scie. Enfin Asteria, le coup de coeur : J-Shadow nous enlève, dans un jeu habile de drums, le temps d’un morceau. Scintillant, ambient parfois féérique parfois sombre, on entend la basse se distordre comme au fond de cette caverne une titan. Tantôt sound design tantôt dernier rappel avant le lever du soleil, ici c’est un compte. Un capharnaüm géant où se mêle tous les personnages.

Une compilation riche donc, explorant la club music tout autour du monde, à découvrir au plus vite et à télécharger ici.

Kuthi Jinani – Fish Lair (Beat Machine Records)

La première fois qu’on avait entendu parler de Beat Machine Records, un de nos rédacteurs avait reçu un mail un peu comme ça, de nulle part, nous vantant les mérites d’un certain Kuthi Junani, c’était en 2017 et celui-ci venait de sortir Discarga Verde. Il revient aujourd’hui avec 3 titres et un remix, 4 morceaux équilibrés, puissants, précis.

Corals commence par une succession de notes, une tension, une sorte de fine pluie de carillons ronds et profonds. On s’imagine un clip des années 90’s parfois, en POV, ras de corail, le nez dans le fond marin, avec une sorte de vignettage, traveling compensé sur aucun sujet à fond la caisse, les breaks viendrait ensuite nous exploser au visage comme une apothéose audio-vidéo. Hardcore à souhait mais subtil, on se laisse tranquillement dériver ensuite sur U Ain Fish qui se veut être son pendant terrien, on ferme les yeux et nous voilà pendant le peaktime d’un MC fou d’une rave drum’n’bass. LEMME SEE YO BOOOTEY, la phrase est chopped (découpée), screwed (foutue en l’air), broke (cassée), scratched (imaginez le bruit d’un vinyle pendant un scratch), tout est bon pour caler ce sample plein d’énergie. Ensuite, Lure Style dans un style clairement plus bass, affirmé parce une basse vrombissante et un élégant jeu de « silence », vient rappeler la témérité et l’éclectisme de l’artiste italien. Enfin, FFF… seulement l’organisateur des Breakcore A Go-go, mastodonte du Nord du hardcore et de drum’n’bass, prend le relai. Corals revient sur une version cleanée, moins de nappes, des breaks se développant dans des échos subtiles – s’évanouissant, on finit donc sur une touche plus … calme (?), tout en subtilité. Fish Lair s’ouvre et se ferme de la même manière, la curiosité pour ensuite se laisser porter à nouveau vers la surface. ICI.

Es.tereo – RA (Earth Base)

Prenez votre souffle, une torche, vos tripes, on n’entre pas dans RA comme dans tous les EPs. Car au milieu de tous ces beats cassés, et ses snares tordus, c’est bien la lumière que l’on voit, une lumière divine, ou sinon celle qui apparaitra dans les fissures de la pierre. Flying Disc sonne tantôt la caisse claire et quelques idiophones comme l’on userait de gongs. Des échos, Es.Tereo en use sans gène, la spatialisation des sons nous guident mais aussi nous enferment dans le Temple of Ra. De droite à gauche, on avance dans l’esprit du producteur comme on avancera vers un artefact antique, on voit des colonnes de sons, on voit les gardiens du temples marteler ici et là leurs baguettes, agiter leurs bras dans cet espace confiné qui semble infini. À découvrir sur 12″‘ et en digital le 25 Octobre 2019.

Actapulgite – Le Malin (Eclipse Tribez)

Fin de l’article, on adresse un dernier paragraphe à cette sortie un peu sortie de nulle part, de Belgique, dont on a avait reconnu sur la couverture la simplicité et l’humour de l’EP « Uncle Sigmund » de Cabasa (qui run le projet avec Simon Taquin).

Le résultat, une petite marche main dans la main avec l’artiste dans un jardin, dans ce jardin une mare, cette mare abrite des lucioles, des crapauds, on y entend des clapotis, ceux de nos pas sur des surfaces parfois glissantes, parfois plus sèches aux coins, menés par des murmures de fées et les basses au loin d’un instrument qu’on ne verrait pas.

Cet EP est le field recording d’un paysage rural imaginé de toutes pièces, dont les portes s’ouvrent petit à petit pendant 20 minutes.

Une perle, à admirer ICI.

Parlant de porte, il est temps de fermer celle de cet article. N’oubliez pas d’aller sur Bandcamp, vos labels/artistes indépendants ont besoin de vous.