L’été est fini, on laisse nos traces de bronzage se faufiler derrière des masques encore disputés, on retrouve le monochrome de notre bureau et on s’affaisse sur les tabourets des bars, le soir venu, pour retrouver ceux que nous avons laissés, à l’aube de la saison. Les librairies ont leur rentrée, littéraire, nous avons sa soeur, musicale. Morceaux choisis.


3STRANGE – The New World (Soft Computing)

3STRANGE ? Derrière ce nom se cache tout simplement un des plus flamboyants représentants de la maison Drumcode, Alan Fitzpatrick. Après une première approche chez UTTU en 2018 avec System Addict, où il dessinait les contours d’une approche plus house de son univers, c’est dans un autre sous-label de la maison de DJ HAUS que l’anglais a décidé de faire table rase, ou du moins de se sentir plus explorateur que jamais.

Soft Computing, c’est la petite soeur de UTTU by Dance Trax, c’est l’endroit où Haus laisse à ces artistes le choix d’univers plus oniriques, de valses mentales et de vélocités moins marquées. Dans The New World, ce sont 4 morceaux sortant avec aisance des sentiers de terre qu’il a battu depuis plus de 12 ans. Warm Fuzz par exemple, petite comptine vacillant entre electro éthérée et morceaux chill out pour fuir le quotidien, nous prend dans la rondeur de sa basse qui parfois vient grésiller comme si la douce accalmie du moment ne devait jamais nous rendre tout de même si indolent. Lost aussi use des mêmes stratagèmes, de petites cloches tintent au dessus de nos têtes, passant de droite à gauche, mais toujours au coin, un synthétiseur monte, angoisse, soutenu par quelques effets de sound design bien marqués sans être identifiés. Seul Pale Blue Dot semble cligné de l’oeil vers le club, de lancinantes plaintes dansant dans un orage en mer de breaks et de riffs stridents. Le morceau, tragédie assumée aux autres, confirme nos craintes et souligne la tension sous entendu avant. Brillant.

Cosmin TRG – Protoflora (Fizic)

Jouons la franc-jeu, Cosmin TRG nous a pondu un spin-off guerrier de la bande originale de Avatar (James Cameron). Deux morceaux, un peu moins de dix minutes, de pure tension. D’un côté, le Cosmin des albums, les drones enfermés à perpétuité dans des réverbérations gigantesques, de l’autre le Cosmin tambour battant de Sportiv, un de ses labels, sur lequel depuis trois ans maintenant, il prend soin de sortir, expérimentation après expérimentation, une techno de demain. Les deux morceaux se répondent, agitent leurs instruments, questionnent l’autre. L’ensemble est magique. C’est comme si l’on entendait l’artiste roumain basé à Berlin, jouer à deux mains, voire à quatre. Sur son Bandcamp, l’artiste nous explique que cet échange est celui des royaumes et des règnes, celui d’un monde post-anthropocène où viendraient se mixer « métabolisme et physiologie ». Prenant.

Alessandro Cortini – Memorie I / Memorie II

En 1971, EMS ou Electronic Music Studio, sorti le mythique Synthi AKS, puis en 1972 une version avec un clavier et un séquenceur. Très largement, voire jusque l’usure, utilisé par Brian Eno dans ses albums ambient, l’appareil a réussi à se faufiler jusque dans les mains du génie italien de l’ambient/drone/avant-garde, Alessandro Cortini. On aimerait vous raconter ce qu’on a ressenti des deux albums, l’un en face de l’autre, encore une fois, deux pièces qui se répondent, deux pièces d’improvisation que le compositeur basé aujourd’hui à Berlin, a choisi de compilé et de sortir, encore une fois, sur son propre bandcamp, mais cela n’aurait pas de sens tant les deux parties confondent nos sens, tordent nos émotions, tarissent nos glandes lacrimales et distordent notre réalité. Écoutez.