INTERVIEW – Il existe dans le paysage de le nuit parisienne, un espace de liberté, résolument queer, qui s’affranchit des conventions. Depuis 2 ans maintenant, Angst souffle un vent de fraîcheur sur la Capitale. Car Angst, ce n’est pas uniquement une soirée LGBT, c’est un espace d’autonomie où chacun peut s’exprimer.  Aujourd’hui Delighted est allé à la rencontre de Pierre Loubat, membre de Spleen Factory, collectif à l’origine de cette soirée qui ne ressemble à aucune autre.


Jade : Tu peux te présenter rapidement ?

Pierre : Je m’appelle Pierre, j’habite à Paris  je suis directeur artistique, photographe et j’organise pas mal de soirées depuis deux ans. A côté, je mixe aussi sous le nom de Girl.


Tu peux nous dire comment est né Spleen Factory ?

Spleen Factory est un projet qui est né il y a cinq ou six ans dans la tête de Sylvain, rencontré lorsque j’habitais à Berlin. Là-bas, il sortait pas mal ce qui lui a permis de faire des rencontres, il a eu par la suite l’idée de monter un magazine très visuel, avec peu d’écriture. Je me suis joins au projet et tout est allé très vite puisqu’on a imprimé nos trois numéros. Grâce au magazine on a commencé à rencontré plein de personnes, à droite à gauche, des photographes avec qui on bossait, des amis d’amis et du coup le projet qui était à la base un magazine a commencé à devenir un peu hétéroclite, pluridisciplinaire. Un beau jour on a eu un stagiaire qui s’appelait Théo et pendant son stage on s’est dit que ce serait cool qu’on bosse sur un nouveau projet avec lui. Théo était un passionné techno et un passionné de la nuit, du coup on a monté Angst, c’était il y a bientôt deux ans.

Comment décrirais-tu la soirée Angst à un inconnu?

Comme un joyeux bordel, une violence tout en sécurité tout en plaisir, un grand exutoire, une belle bacchanale très dionysiaque. Une soirée techno adressée à un public queer dans un espace safe qui reprend un peu les vieux codes des free parties ou des soirées en warehouse. Ce sont plusieurs zones éphémères d’autonomie, des zones où on a un peu tous les droits, très libertaire.

« [Angst] est une soirée techno adressée à un public queer qui reprend les vieux codes des free parties ou des soirées en warehouse. »

Pierre, agitateur queer

Vous revendiquez le fait que vos soirées sont un espace de liberté, un espace safe. A ton avis c’est important pour ta communauté ?

Évidemment, c’est primordial. À Paris on a tous le même constat, le monde de la nuit est assez particulier. Il y a quand même pas mal de boîtes qui sont là pour générer de la thune sans forcément avoir une grande considération du public et du coup ne le traite pas forcément bien. Quand on fait partie d’une minorité et qu’on n’a pas envie de subir une quelconque oppression et de pouvoir être qui on est, comme on a envie de l’être, en soirée à Paris aujourd’hui, ce n’est pas évident.  Il y a très peu d’espaces safes et c’est important pour les communautés d’avoir des endroits entre soi, même s’il peut y avoir des personnes alliées, qui ne font pas partie de notre communauté.  Mais voilà, un espace bienveillant où on peut se retrouver, s’amuser et vraiment s’exprimer comme on a envie, ce qui est assez rare.  C’est important d’avoir une démarche qui n’est pas 100% capitaliste mais qui est aussi idéologique. 

Est-ce que tu définirais-tu tes soirées comme politique?

Je ne suis pas politisé, je suis queer non binaire et j’ai quand même des choses à dire. À partir du moment ou tu organises un espace pour douze heures et pour cinq cent personnes, c’est forcément politique. Parce que tous les choix qu’on fait sont politiques. On fait ça pour des minorités donc oui c’est éminemment politique, on crée une zone pour des personnes. On essaye de recréer un petit monde, une utopie, dans un petit espace. 

Tu peux nous parler de votre dernière soirée en date Sentinelle ?

Sentinelle, de son vrai nom Emmanuel, c’est une personne qui organise les Angst avec nous. Il vient d’ouvrir un club à Paris, qui s’appelle l’Oeil à Opéra. Quand il a ouvert ce  club, il est venu me voir et il m’a dit Ecoute, est-ce que tu peux organiser une soirée là-bas ? C’est un lieu qui est très très beau idéologiquement. C’est un lieu qui est communautaire qui est safe et propose des événements engagés. J’ai accepté à hauteur d’une fois par mois dans l’esprit techno un peu hardcore et c’est de là qu’est née Sentinelle, la petite soeur de Angst. C’est vraiment la soirée entre copines, à la maison, le truc smooth qui passe bien où tu peux t’amuser mais aussi démystifier le côté ultra dark, ultra vénère de la soirée techno dans la bonne humeur, c’est le but de Sentinelle, tout en restant assez militant. Tout le line-up est composé de minorités; c’est donner la parole à d’autres artistes qu’on voit moins et qui correspondent au public.

ANGST #9

Mais la soirée reste ouverte à tout le monde ?

On veut créer un espace pour nous, s’il est inclusif c’est d’autant mieux. Il faut qu’il y ait de la mixité, il faut que les gens se rencontrent, il faut que les gens partagent et si on peut ouvrir à d’autres personnes qu’aux minorités, donc aux alliées c’est aussi bien. Sentinelle est ouvert à tout le monde, dans le respect de chacun. Chaque acte de discrimination, geste déplacé ou parole discriminante sont sanctionnés.

Sentinelle c’est vraiment la soirée entre copines, à la maison, le truc smooth qui passe bien où tu peux t’amuser mais aussi démystifier le côté ultra dark

Pierre, organisateur de bonne humeur

Comment vous déterminez le line up de vos soirées ?

Pour Angst, c’est plutôt Théo, fin connaisseur techno, qui s’occupe de la line-up. Il déniche les petites perles aux quatre coins de l’Europe. Cela va de la techno mentale à de la techno plus classique afin que chacun y trouve son compte.

Pour Sentinelle, je suis le seul à m’y occuper car j’ai un rapport à la musique électronique qui est plus sensible. Du coup on va avoir des trucs qui partent un peu plus dans tous les sens et qui vont aller vers des spectres un peu plus vastes. La dernière fois on a eu Léonce La Ponce qui passait de la hard techno, limite du hardcore, ou encore Corbeille Damas qui a eu un set plus groove, plus sexy. Sentinelle ça va être quelque chose d’un peu plus fouilli, d’un peu moins sérieux qui va un peu dans tous les sens. 

Etant résident à Angst et à Sentinelle. Je fais tous les openings. C’est une manière de construire des sets très punk énergiques souvent à l’instinct.

Quels sont vos projet à venir avec Spleen Factory ?

Pour le moment on a envie de rester sur l’organisation de soirée, ça nous plaît bien. On va continuer de développer et d’améliorer Angst même si pour le moment on a trouvé une bonne recette.


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