En amont de la soirée Rinse France à la Station le 15 Novembre, on a souhaité discuter source, transmission et avenir avec le vétéran du line up Oxyd, boss de Intramuros qui viendra jouter sur les platines avec la résidente de la radio Betty !


« J’ai 38 ans, j’ai découvert la musique électronique au milieu des années 90 et commencé à mixer vers 97/98 (merci Maman pour le meilleur investissement du monde !). J’étais totalement captivé par cette musique, les clubs et les raves, ce qui a totalement foutu en l’air ma scolarité, je pensais et vivais techno 24/24.

Orienté techno au départ, mon style s’est affiné et affirmé au fil du temps. J’ai été un des premiers à mettre en lumière la musique « post dubstep » made in UK.

Mes sets se composent essentiellement de « broken » techno, électro, bass music & jungle… Quand c’est linéaire je m’ennuie ! Ma carrière a pris un essor quand j’ai gagné un concours « mix vinyl only » pour le Dimensions Festival en 2013 et une Boiler Room dans la foulée.

2015, Intramuros voit le jour, label né d’une association avec Virginie, une amie de longue date. Nous avions à l’époque une résidence au « feu » Batofar. On a sorti trois EPs de PEEV, Luxus Varta et E-Unity (qui a intégré récemment la radio) et le quatrième est en préparation. »


 Je sais que tu as déjà joué en B2B avec Betty en septembre à la radio, comment ça s’est passé ? Quelle va être l’ambiance quand vous aller vous revoir mais devant un public ?

Nous nous connaissions à peine, je crois que c’était la deuxième ou troisième fois qu’on se voyait mais ça s’est super bien passé, c’était fun, on s’est bien entendu donc aucun doute que ça sera encore mieux avec du public ! Faire un b2b c’est un peu comme jouer dans un groupe, quand ça fonctionne bien c’est une super expérience, chacun se motive et essaye de placer la barre plus haut.

Comment vous êtes vous retrouvés aux platines ensemble la première fois ? évidemment votre amour pour la Bass et les beats syncopés mais au-delà de ça, comment on se dit « c’est avec lui/elle que je veux m’essayer à ce genre d’exercice » ?

C’était son initiative, cet amour commun pour la musique du Royaume-Uni nous a naturellement rapproché, pour ce genre d’exercice, pas obligé de jouer les mêmes choses que le partenaire mais avoir une accroche aussi évidente est un plus. Betty est une de mes chouchous de la radio donc j’ai évidemment accepté sans me poser de question.

C’est quoi pour toi l’esprit Rinse France ? et comment tu t’y es retrouvé ?

L’esprit Rinse France c’est avant tout beaucoup de fun, de partage et d’investissement personnel, mais aussi et surtout une radio qui fait de la résistance face aux stations FM au niveau déplorable. On peut remercier les anglais pour cet héritage !

La radio en général a joué un rôle capital pour moi, Nova & FG ont participé grandement à nourrir et cultiver cette passion quand j’étais plus jeune, même Fun & Skyrock proposaient des choses beaucoup plus qualitatives à l’époque.

Quand le projet Rinse France a été lancé je rêvais d’en faire partie, déjà auditeur assidu de Rinse FM à Londres. Un ami m’a introduit auprès de Laurent (Azamat B) et Manaré, j’ai pris le train au départ, à l’époque où le studio était dans une cave du 11ème et tout s’est mis en place assez rapidement.

J’ai mis fin à ma résidence fin 201, j’avais besoin de faire un gros break. Je prenais moins de plaisir et je me sentais moins utile qu’au début, je ne jouais pas que de la musique anglaise mais c’était mon fil conducteur, et la musique anglaise, plein de résidents de la radio en jouent de la bonne, je pense à Betty justement, Simo, Azamat B, le show Ressources, Eddy Larkin et les petits nouveaux : E-Unity et son pote Clad pour le show GDN. Mais je suis ravi de savoir que la porte est toujours ouverte… Je suis d’ailleurs très touché d’être invité pour jouer à cette soirée.

Après toutes ses années d’expérience, comment on vit son statut de DJ vétéran, quel message, quelles intentions fait-on passer dans sa musique ? In extenso, est ce que l’expérience fait forcément l’évolution ? ou plutôt le dialogue ?

Le temps passe vite et tu deviens « vétéran » sans t’en rendre compte, j’ai longtemps trainé une étiquette de jeune « prodige » et j’ai l’impression de m’être retrouvé vétéran du jour au lendemain (rires) ! Mais c’est un rôle qui me plaît bien, la plupart des gens que je côtoie dans ce milieu ont une dizaine d’années de moins que moi et j’aime bien ce côté grand frère.

L’expérience ne fait pas forcément évoluer dans le bon sens, c’est le cas pour de gros DJ’s qui à la longue se sont mis à jouer des trucs mainstream, peut-être par lassitude ou par contrainte. Pour ma part, l’expérience m’offre une adaptation plus rapide à (presque) tout type de situations mais surtout me permet de construire des sets plus riches, plus variés et plus techniques, et ne pas me contenter de cogner comme j’ai pu le faire dans mes premières soirées.

J’ai toujours eu un job à côté, c’est un peu contraignant mais d’un autre côté ça m’enlève une pression, ça me permet de rester totalement libre dans mes choix musicaux. Aujourd’hui tout peut aller très vite avec entre autres les réseaux sociaux et je suis content d’être toujours là. Je n’ai jamais énormément tourné mais j’aime toujours autant ça et pour moi la longévité prime sur la quantité.

Quels B2B t’ont marqué dans ta carrière ?

C’est marrant parce que depuis 2/3 ans je ne suis quasiment booké que en b2b, je ne sais pas pourquoi mais j’en ai fait de très plaisants, celui avec qui j’ai le plus joué c’est Zadig, vu la largeur de sa palette et son talent, c’est toujours un bel échange, j’en ai fait deux avec Simo Cell, on a un style assez similaire donc ça a hyper bien fonctionné également. J’en avait fait un également improvisé avec Objekt à l’époque du Batofar, c’est à mes yeux le meilleur DJ du monde avec Ben UFO donc une grosse pression mais surtout du plaisir, j’ai mis en retrait le côté fan et c’était un moment fabuleux. J’ai joué récemment en Bretagne avec mon pote Carlton de Brest, avec lui ça marche tout le temps et on refera ça bientôt à Paris ! Je suis obligé de penser à mes potes de Technorama, des b2b on en a fait à la pelle depuis tout ce temps là !

Quand je suis côté public, je ne trouve pas toujours les b2b intéressants, quelque fois il y a un déséquilibre technique ou un fossé musical trop grand entre les deux artistes mais lorsqu’il y a une vraie écoute de la part des deux et de la dynamique (je recommande de jouer un disque chacun), cela peut créer de grandes choses. Le gros piège, et ça m’est arrivé lors des premiers, c’est de vouloir absolument placer des disques tout en regardant l’heure défiler, ça ne fonctionne pas, le plus important c’est d’écouter l’autre attentivement, sonder le public et arriver à ce que les morceaux s’enchaînent et se répondent de façon homogène. Au bout d’un moment tu vas arriver à anticiper ce que le partenaire va faire et quand il arrive à te surprendre, c’est là que ça devient drôle !

Ton morceau fétiche que tu sors à chaque fois ?

Cette question est horrible, c’est dur ce que tu me demandes, il y en a plein ! Je me lance : mon morceau préféré de drum & bass, depuis que je l’ai il n’a jamais quitté mon bac. C’est un morceau de Doc Scott sorti en 1996, un gros standard et pourtant à l’époque j’ai eu du mal à l’identifier, il n’y avait pas Shazam ni Discogs pour nous aider, c’était un chemin de croix pour trouver un morceau. J’ai toujours acheté et joué de la d&b et de la jungle mais ce n’était pas mon style de prédilection, moi je venais de la techno ! Je peux te dire exactement où et quand je l’ai entendu, j’étais dans ma chambre d’ado, un soir en train de jouer à Wipeout et je l’ai entendu dans l’émission de Laurent Garnier sur Nova. C’était une période magique pour moi car je découvrais sans cesse de la nouvelle musique sans comprendre vraiment ce qui m’arrivait dans les oreilles, et à la fois frustrante car je n’avais pas encore de platines et pas encore l’âge de sortir !

 Un dernier mot ?

Merci beaucoup pour cette interview et rdv à la Station !