Milan envoie un message à la techno européenne, avec un EP somptueux sorti chez M_REC LTD. Depuis longtemps, nous n’avions pas été aussi impressionnés par de tels morceaux. Chronique.

C’est un EP fascinant qui est sorti fin novembre de l’autre côté des Alpes. Une couverture rose pâle comme les pages de la Gazetta dello Sport, l’image représente deux « ragazzi », clope à la main et cuir sur le dos. Un EP lancé depuis Milan, la plus européenne des villes italiennes, celle dont l’architecture est sans doute la plus froide. Il n’y a qu’à regarder la gare centrale de Milan inaugurée dans les années 1930, dont Jean-Paul Sartre dit qu’il est « le plus hideux monument de toute l’Italie ». Et des décennies plus tard, à l’heure des musiques électroniques, le label M_REC LTD représente à merveille cet univers glaçant des artères milanaises : une techno épurée, sobre, qui s’incarne par quelques signatures devenues aujourd’hui incontournables  : Alan Fitzpatrick, Inigo Kennedy Sigha, DJ Deep ou Milton Bradley.

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Cette semaine, la sortie M_REC LTD est le fruit d’un travail à quatre mains : la face A de l’EP est l’œuvre d’Overall Severity. Et en retournant la galette noire pirate, on découvre le second morceau signé Fabrizio Lapiana. Deux inconnus ou presque, dont la sortie fascine par sa maitrise et la maturité qui s’en dégage. Une noblesse italienne, dans un pays qu’on réduit trop, en techno, aux fantasques DJs napolitains qui inondent les festivals aux quatre coins du monde. Milan n’est pas Naples, et en musique aussi, l’Italie reste coupée en deux.

Overall Severity lance son morceau sans ambages. Un rythme saccadé d’abord, aux basses sporadiques, timides. Puis la machine se lance : une chevauchée haletante à laquelle s’ajoute une véritable mélodie, celle qui manque trop souvent à la techno de nos jours. Le voyage s’opère ainsi, merveilleux, hypnotique. Tout y est : on danse, on chante presque, comme si ces sonorités là avaient quelques paroles. Et le TR 909 s’ajoute à cette superbe agitation.

L’introduction du morceau de Fabrizio Lapiana reprend l’aspiration craintive de la face A. On s’attend presque à un titre doucereux, épris de lenteur. Et nous voilà surpris, encore. la surprise, qui pèche dans les sets techno parfois trop linéaires des plus grands producteurs mondiaux. Un souffle répétitif, auquel s’ajoutent des sonorités qui rappellent le Dexter de Ricardo Villalobos. Une techno mentale, qu’on peut rapprocher de celle d’un producteur en vogue, le Bavarois Recondite. Ironie du sort, depuis Milan, on aperçoit déjà la cime crénelée des Alpes. Ces sommets tranchants qui se succèdent jusqu’en Bavière…

Un conseil alors : surveillez cette maison de disques au nom imprononçable : M_REC LTD. Et gardez un œil sur l’Italie, celle du Nord. Elle a tant à nous dire.

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