En 2008, la loi antitabac provoque une explosion des problèmes de nuisance et de voisinage. Dans une ville dont l’offre de services nocturnes était déjà bien inférieure à celle des autres capitales européennes de même rang, ces problèmes se chargeaient d’enfoncer le clou encore plus profondément. Environ un an plus tard, suite aux pressions répétées de la préfecture et des services de police, le mot d’ordre était le suivant : Paris ou « quand la nuit meurt en silence ». Mot d’ordre, mais surtout titre d’une pétition lancée par les acteurs noctambules. Que peut-on retenir de ça  ? Que la vie est un cycle et que comme dans toutes choses, il y a des hauts et des bas. La nuit mourrait et aujourd’hui, grâce à la persévérance des entités historiques et à la fougue des nouveaux venus, elle revit. Cette renaissance s’accompagne de nouveaux objectifs, redonner du choix, de la diversité dans l’offre, mais aussi changer les mentalités. Changer les mentalités par rapport à l’image de cette nuit, mais aussi changer la mentalité de ceux qui y participent. Paris est une ville minuscule, avec un nombre d’habitants au kilomètre carré trois fois supérieur à celui de Londres, on peut dire que nous sommes tous voisins, penser pouvoir s’approprier des lieux festifs dans Paris relève de l’utopie, une utopie destructrice, encouragée par une seule chose  : la peur du périphérique.

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Le périphérique, c’est un peu comme une frontière entre une zone sécurisée et une zone de front, tout le monde sait que c’est à côté, qu’il faut environ 35 minutes pour aller à Roissy en RER alors qu’il faut 45 minutes pour faire Paris du Nord au Sud. Mais une fois qu’il faut faire le pas, alors toute logique s’envole, et l’on préfère rester bien au chaud dans notre zone de confiance, plutôt que d’affronter les mystères des zones trois, quatre et cinq. Alors, quand un évènement a lieu en banlieue, ce n’est pas un changement, c’est un acte d’ouverture, plus les évènements extra-muros seront nombreux, plus les appréhensions s’estomperont et plus la nuit s’épanouira. Et quand un lieu ouvre en banlieue en réhabilitant un endroit de fête ponctuelle, en créant une structure d’accueil pour les organisateurs et avec pour inauguration une after complètement déjantée, alors là, on se précipite sur place pour vous raconter comment c’était.

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Seul regret, sur place on arrive un peu tard; le temps est parfait, soleil et petit vent qui fait plaisir. Premier réflexe, on va évaluer les prix au bar et je peux vous dire que ça n’encourage pas la sobriété, avec les vestiaires pour 1 euro et 2 euros la bouteille d’eau, nous sommes bien contents d’avoir trouvé un endroit pour faire la fête sans avoir l’impression de se faire dépouiller par une organisation sans scrupules. Petit tour de découverte histoire de se mettre dans l’ambiance, la scène principale danse aux rythmes d’une House envoutante et mélodieuse, autour de moi ce sont les sourires et la joie qui dominent, l’espace ne manque pas et je commence déjà à regretter de n’avoir pas posé mon lundi car il sera difficile de quitter raisonnablement ce petit bout de paradis. C’est en me ressourçant au bar que parviennent à mes oreilles une voix et des notes bien familières : c’est le début d’un live que personnellement j’attends depuis plusieurs années (je salue donc au passage une programmation de très bon goût). Je me tourne vers la scène, Justus Kohncke, large sourire aux lèvres, chante « I wouldn’t wanna be like you » et là les choses prennent une autre tournure. Ce producteur emblématique de l’écurie Kompakt est l’un des plus respectés de Cologne, capable de balancer entre House minimale qui ne ressemble à aucune autre et Techno mélodieuse, douce et hypnotique en passant par des sonorités Disco, dansantes et joyeuses, je suis comblé ! Et je comble au passage le retard que j’avais sur les camarades teuffeurs ayant commencé les festivités plus tôt dans la journée ou dans la nuit.

(Ci dessous une sélection vidéo des moments qui nous ont le plus marqués)

Dans la foulée Romain Play prend les commandes pour une tâche qui n’est pas facile tant le génie de Cologne a placé la barre haut. Le parisien s’en sort magistralement, je ne vois plus le temps passer (je pense aujourd’hui qu’il s’était en fait arrêté), littéralement transporté par l’atmosphère du lieu, la chaleur humaine et la qualité du set. L’apothéose est atteint aux rythmes de « The man with the red face », clin d’œil peut-être aux plus téméraires qui se risqueront à finir la soirées entre les mains de Laurent Garnier au Rex quelques heures plus tard. Peut-être une heure après, je me ressource dans le bac à sable, le spectacle offert par les danseurs dans ce décor délirant et coloré vaut tout l’or du monde. Quand je vois que Romain Play en remet une couche dans son Camion Bazar, je prends mon courage à deux mains et c’est reparti pour un tour qui durera jusqu’aux environs de 23h. Je ne dois pas me laisser aller et rater le métro au risque de finir au Rex, on quitte alors le lieu comme on quitte ses plus beaux rêves, sourire aux lèvres et cœur serein. Les vigiles nous rappellent qu’une navette passe dans quelques minutes, on préfère marcher … Lundi arrivée au boulot à 14h, grosse engueulade, aucun regret.

10405821_1873337952805189_1829589650_nLes teufeurs du dimanche, une expression qui pourrait sembler négative pour un néophyte, mais qui prend tout son sens pour quelqu’un d’averti. Et ce que sait le teufeur du dimanche, c’est que plus la marche et longue, plus l’ambiance est détendue. D’une part parce qu’on est tous trop contents d’être arrivés, et d’autre part, car vu la distance, il y a peu de chance que quelqu’un soit là par hasard. L’Alter Paname de Bobigny est donc un fief de la teuf, un espace préservé par sa situation géographique et un lieu avec un incroyable potentiel. Composé d’un gigantesque parking pour la partie open air et d’un chapiteau pour les jours de pluie, il aura été utilisé par des collectifs et autres promoteurs à plusieurs occasions pour des évènements. C’est aujourd’hui le fondateur de Platon Records et les programmateurs d’Otto10 et du Glazart qui reprennent les choses en main. Autant vous dire que la programmation risque d’être éclectique et que nous allons tous finir par connaitre cet endroit. Nous en tout cas, on a vu quelques noms pour les prochaines, on ne sait pas trop si l’on à le droit d’en parler alors on va essayer d’être discret : K***Y L*R**N, M**C R*M*Y, et comme c’est galère de faire ça on va s’arrêter là. Les évènements auront toujours lieu le dimanche, en espérant vivement que le soleil sera de la partie. L’Alter Paname, l’Otto10, le Glazart et bien d’autres encore se sont associés pour fonder ensemble un lieu « pensé par et pour les noctambules » comme ils le définissent eux mêmes. 10346776_1873339516138366_323670559_nIl ont clairement créé l’un des coins les plus calés de la capitale pour une after un dimanche. Exit les Concrète debout, ou les afters au Pigallion dans le noir, une alternative vient de voir le jour, l’Alter Paname porte réellement bien son nom. Ce « terrain de jeu pour les grands enfants », verra graviter autour de lui pas moins de quatre autres entités : Le Camion Bazar que nous avions déjà eu l’occasion de rencontrer, notamment à la première Katapult à l’Electric ainsi que les taxis associatifs Heetch. Bellastock, une association d’architectes pour la décoration; et le must : Le Gang du Lapin Vert. J’aime m’imaginer que c’est un peu comme Greg le lapin du métro pour la teuf ; cette association est là pour faire de la prévention, distribuer des pailles stériles, des préservatifs. Rien de superflu, cela devrait même être obligatoire quand on y pense, mais certains tabous semblent assez importants pour continuer à mettre des vies en danger. Toute cette bienveillance atteint son paroxysme quand on s’assoit sur l’un des sièges de la plage artificielle pour contempler un coucher de soleil les pieds dans le sable (pensez à prendre des pompes adaptées, parce que les tennis sans chaussettes, c’est vraiment la merde).

 L’Otto10, à refaire, l’Alter Paname, à refaire. Voilà, maintenant c’est à vous de vous taper la marche pour aller vous poser et découvrir ce petit coin de vacances du Grand Paris.