VOYAGE MUSICAL – Partie de Paris cet hiver, Olympe4000 a posé depuis quelques mois ses valises en République Démocratique du Congo (RDC), à Kinshasa l’imprévisible et créative capitale. Dans cette ville où, nous dit-elle, les gens dansent parfois en pleine rue, dans ce pays qui a créé sa propre version de la Rumba, la DJ parisienne – qui a fait danser de la Rotonde à la Tour Eiffel – a découvert le visage de la musique électronique en Afrique. Elle a aussi amené avec elle sa musique et a très vite eu l’envie de la faire vivre à Kinshasa, ainsi est né le projet Makinteuf qu’elle a monté avec son ami Ludo, DJ techno. Mode d’emploi sur l’organisation d’une teuf dans une ville où House & Techno n’existent quasiment pas, mais où la musique est à chaque coin de rue.

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Kinshasa n’avait peut-être pas de soirée dédiée à la musique électronique avant Makinteuf, mais c’est « une ville qui vit au rythme de la musique et de l’art, ici tout le monde a une activité artistique », nous explique Olympe. Une ville immense de près de 15 millions d’habitants, complexe, où la musique est omniprésente. Une bonne pioche sans doute pour cette passionnée de son et de vinyles en quête de nouvelles inspirations, qui recommande de regarder le documentaire « Système K » de Renaud Barret pour s’imprégner de l’ambiance qui y règne. (Renaud Barret était déjà co-réalisateur du très fort docu-musical sur Staff Benda Bilili tourné à Kinshasa en 2006)

« Des performeurs déboulent dans tous les sens quand tu te balades dans la rue, c’est impressionnant : pas de public visé, pas de caméra, pas de réseaux sociaux, c’est juste une manière de sortir de leur atelier et faire un happening en pleine rue »

Olympe4000

En RDC et à « Kin » au fil des années la musique congolaise moderne a forgé une identité forte, avec notamment la rumba qui porte le nom du pays :

Cette rumba congolaise s’est déclinée dans les 80s en une version endiablée, qui est aujourd’hui la référence musicale qui continue de faire danser le pays : le ndombolo.

Le ndombolo est ainsi le son des clubs de RDC, où il côtoie souk, RnB, rap, kuduro dans une ambiance de feu où « tout le monde danse et parfois tous ensemble sur des chorés populaires » relate Olympe.

Et la musique électronique dans tout ça ? Dans un set et une interview pour Nique Radio, Olympe4000 nous offre un joli aperçu de ce qu’elle offre : riche, syncopée, lumineuse, rebondissante, autant scandée que chantée ; tout pour réchauffer nos oreilles franciliennes en ce mois de février :

La DJ nous recommande aussi ces 2 artistes locaux, qui chacun avec leur style représentent toute la modernité et l’énergie de la RDC électronique actuelle.

Kokoko ! (Olympe choisit bien le qualificatif quand elle nous dit d’écouter cette « folie »)

Et Tshegue (« une nana badass incroyable », c’est encore Olympe qui le dit !)

La créativité artistique, l’amour de la musique et de la danse étant présents à Kinshasa, la ville était sans doute prête pour accueillir une fête House et Techno quand Olympe et Ludo se rencontrent et décident de se lancer avec Makinteuf. En effet Olympe a beau chercher, la musique qu’elle mixe sur ses platines à Paris ne semble pas encore avoir pris pied dans sa nouvelle ville de résidence. Elle déniche certes un jour et un peu par hasard une Boiler Room sur le toit d’un immeuble délabré, mais pas de rendez-vous ou lieu régulier.

« La plupart des plans se font de manière informelle, il n’y a jamais d’indication ou de communication, pas vraiment d’adresse, tout se fait par WhatsApp de manière random, on t’envoie un numéro de téléphone, ce numéro t’envoie une adresse sans indication, tu crois que tu es perdue mais tu finis toujours par trouver l’endroit que l’on t’a indiqué ». 

Olympe4000

Olympe et son ami DJ ont très vite envie de partager leur musique et comprennent en discutant avec leur entourage que l’attente est là, qu’il y a un public potentiel. Ils tiennent par ailleurs à sortir du centre-ville et à amener le projet dans les quartiers périphériques avec l’idée de mélanger les gens du centre et ceux des quartiers. Quand le Maisha Life accepte de leur ouvrir ses portes, la première Makinteuf est née.

C’est Olympe qui en parle le mieux : « Tout se fait de manière plus informelle mais plus improbable aussi, on a rencontré le bassiste d’un groupe de reggae à qui Ludo a parlé du projet, il l’a emmené aux quatre coins de Kin pour lui faire visiter des lieux, et là on a trouvé le Maisha Life dans le quartier de Bandal (à Kin il y a une expression commune qui dit « Bandal c’est Paris », pour décrire l’esprit de fête qui règne là-bas, c’est le centre névralgique des amoureux de la vie nocturne). Le Maisha nous a tapé dans l’œil car il y a trois espaces : une salle fermée, un grand espace extérieur avec une petite scène avec le bar, et une mezzanine avec un balcon en fer au-dessus de ce dancefloor, ou tu peux te poser tout en voyant les DJs mixer, le public qui danse, le bar s’activer et la rue vibrer ».

Avec 3 Makinteuf depuis décembre et  des collaborations avec des groupes et des DJ locaux, le concept semble trouver son public, la dernière ayant rassemblé environ 350 personnes et attiré l’attention du très respecté collectif Moonshine. Ce qui ouvre de belles perspectives pour la suite. « On va collaborer avec des performeurs du centre culturel Ndaku Ya dans le quartier de Matongue, le collectif Eza Possible, potentiellement avec le Collectif Farata, avec le Roi des Sapeurs. On veut aussi faire rentrer de nouveaux DJ dans nos line-up, on recherche activement », nous confie Olympe.

« J’ai rencontré un couple d’expatriés qui m’ont dit qu’après cinq ans à Kinshasa c’était la première fois qu’ils voyaient une soirée comme celle-ci et qu’ils n’attendaient que ça. »

Olympe4000

Les armes pour atomiser la dancefloor là-bas ? Nos français ont chacun la leur.

Ludo mise sur un gros DJ Rush et une Ghetto House trépidante et funky :

Olympe emmène la capitale africaine en acid trip avec Gene on Earth et un track au groove électronique assassin :

De quoi vous trémousser chez vous en rêvant de Kinshasa, en attendant de pouvoir bientôt (on l’espère) vous rendre là-bas, danser au Maisha Life pour la prochaine Makinteuf avec Ludo et Olympe4000 aux platines.

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