THROWBACK TUESDAY – Cette semaine, nous ne retournons pas bien loin dans le temps. Sept ans en arrière seulement. En 2011, lorsque l’un des plus énigmatiques artistes sortit son premier chef-d’œuvre. Retour sur un pas de géant dans l’histoire de la musique électronique.


Un personnage bien étrange

Rrose a longtemps caché son identité. Aucune apparition médiatique, aucune véritable photo, rien. Lors de ses lives, personne ne pouvait même vraiment déterminer son sexe. Maquillé, emperruqué, c’est travesti en femme qu’il se produisait. La chose était si bien faite qu’on s’y trompait réellement : est-ce une femme aux traits durs? Un homme déguisé? Mystère. Semant d’autant plus le trouble que sa musique est parmi les plus hypnotiques que l’on connaisse.

Sur RA, sa biographie se résume à « Born 1969. Died 1909. »

Puis, comme des dominos, on a assemblé des indices bout à bout. Jusqu’à comprendre que Rrose était le nom d’un nouveau projet conduit par l’artiste américain Seth Horvitz. Horvitz a commencé sa carrière musicale en 1997 sous l’alias Sutekh un projet techno aux accents déjà très minimalistes avec des kicks secs et des tonalités perçantes. 2010 marque la fin de son projet. Et le début d’une nouvelle aventure, au nom étrange: Rrose.

Le disque qui fait tourner les têtes

Les premières sorties de Rrose datent de 2011, et parmi elles, Merchant Of Salt. À l’époque, tout Rrose était produit sur le label de Function et Regis, Sandwell District. Rien que cela peut faire gage de qualité.

Le vinyle a une track par face. D’abord Shepherd’s Brine. Un morceau dont les tonalités courent à des vitesses différentes, très rocailleux, voire pointu. Avec leurs boucles, les oscillateurs donnent le tournis. Et pourtant le morceau n’est jamais identique, d’une seconde à une autre. Tout change vite mais jamais brutalement. Telle l’éclosion d’une rose accélérée, douce et dangereuse.
Puis Waterfall. La quintessence de la techno mentale contemporaine. Un morceau qui garde la même instru du début à la fin. Très minimaliste. Mais une évolution perpétuelle. Ici une rythmique en plus, là un son joué un ton plus bas. Jusqu’à arriver à l’acmé du morceau : sans aucun kick, ni percu pendant cinq petites secondes, juste un synthé jouant une sorte d’hymne aux anneaux de Saturne.

Un véritable chef-d’œuvre pour beaucoup d’oreilles avisées. Notamment parce que ce disque pousse les limites de la musique électronique. Beaucoup parlent depuis des années de l’absence de nouveauté dans la techno, critiquent la redite d’un style vieux de  25/30 ans. Il n’y a jamais eu autant de création, et pourtant si peu de singularité dans le son. Tout cela à cause de l’uniformisation de nos gouts et de nos couleurs.

Avec Merchant Of Salt, Rrose a sorti un mystère, quelque chose qui ne ressemble à rien de connu à l’époque. Un style qui flotte en apesanteur sans même toucher la surface du globe.

Shepherd’s Brine
Waterfall