De Paris à Bombay, en passant par New-York, Hollsön est un producteur mystérieux et voyageur. Longtemps ignoré à cause de sa musique jugée « trop sombre », il profite aujourd’hui de l’avènement de la scène parisienne pour livrer une musique profonde et intemporelle.

A 12 ans, après avoir vu une vidéo de DJ Noize lors des DMC (championnat du monde scratch), l’envie prend à Hollsön de s’y mettre. Mais sa situation financière le contraint d’attendre ses 18ans pour concrétiser son rêve. C’est avec ce que sa famille avait cotisé pour payer son permis de conduire qu’il a pu, après de longs débats, s’acheter sa première platine Technics. Comme tous les DJs de sa génération, HollSön a commencé à jouer dans les petits bars du Marais « payé au lance pierre à se balader avec des centaines de vinyles et à attendre les bus de nuits » .

« Je me sers de mon vécu plus que d’une ligne de basse »

Sa famille ne l’encourage pas à avancer dans le milieu de la nuit. Il est éduqué par deux parents aux caractères opposés, un père pragmatique et une mère idéaliste et peintre : « Toutes ses œuvres racontent une histoire de sa vie, une expérience, un événement marquant. Je dirai que ma sensibilité artistique est née comme ça et c’est de cette façon que je compose. Je me sers de mon vécu plus que d’une ligne de basse ».

Il entame des études de droit, puis des études d’art, avant d’aller travailler aux Etats-Unis dans le marketing. Une chose est sûre : c’est un touche-à-tout : « Je n’ai jamais cessé de jouer et de composer en parallèle de mes études ou de mon travail. Mais j’ai fini par m’enfermer dans la production et j’ai quitté le clubbing, ma musique ne faisant pas parti des standards à une époque où la French Touch était plus housy ».

« Aujourd’hui des labels comme Life and Death et Innervisions, ont permis à une scène techno atmosphérique de littéralement exploser »

A l’époque ce qu’il crée n’est pas approprié à la culture électronique parisienne. Tout ce qu’il produit est jugé trop « visuel « , trop « musique de film », trop « spécial ». Installé près de trois ans aux USA il remarque, lors des ses voyages à Paris et en suivant l’actualité sur Resident Advisor, que la musique électronique a pris une place importante dans les clubs parisiens. Il décide de tout quitter du jour au lendemain et rentre dans sa ville natale.

En octobre 2014, quelques mois après son retour dans la capitale, il apparaît sur un événement de la Horde. En janvier 2015, il empoche sa résidence chez Haïku et prend place aux côtés de David August et Âme… rien que ça.

HollSön acquiert un nom. En à peine six mois, il passe la porte du Rex Club aux côtés de Timid Boy et de Marwan Sabb avec lequel il se lie d’amitié.

Un artiste complexe

HollSön ne prend jamais la voie facile. Pour lui produire : « C’est un moment où on livre une émotion, après il suffit de la traduire pour la rendre dansante ». Le DJ aime jouer avec le temps, faire ressentir au public une poésie propre à chaque track. L’artiste aime aussi livrer une part de lui-même, la musique devient un exutoire autobiographique. Il réalise ses propres visuels et clips.

Comme dans cette intro d’un de set au Badaboum, dans lequel il a inséré la voix et les sons de l’électrocardiogramme de son oncle lorsqu’il était hospitalisé pour lui rendre hommage :

Un avenir enchanté

2016 aura été prolifique pour le jeune producteur. Des dates aux côtés de grands noms de la scène internationale, New York, Londres. Il est même appelé pour une tournée d’un mois en Inde. Il composera un live sur mesure pour le collectif Rituel, pour lequel il est aussi résident, aux côtés de Howling.

En novembre dernier, Hollsön lançait son propre concept de soirées avec la maison de production Dream Bigger Events qui produit également les soirées Insomnia crées par Marwan Sabb.

La grande première de Sinestesi fut un véritable succès. Sinestesi, c’est avant tout une envie du DJ qui veut proposer quelque chose de différent, sans limite. Pas de limite sur le système son, pas de limite sur les jeux de lumières, pas de limite sur une programmation éclectique. En somme, un clubbing de qualité : « L’idée est de justifier le prix d’un ticket en mettant en œuvre tout ce qui se fait de mieux en terme de son, image, lumière pour satisfaire le clubber en quête de sensations ». Toute cette ambiance permet de laisser carte blanche aux artistes et leur donne la possibilité de livrer des sets vivants. « On ne peut pas catégoriser Sinestesi », selon Hollsön qui prône la musique électronique dans son ensemble à l’heure où les organisateurs offrent des soirées à genre (techno, tech-house, micro…).

Pour 2017, le producteur ne manque pas de projet : EP, soirées, collaborations… Sa prochaine date aura lieu le 30 décembre prochain pour Haïku au Badaboum aux côtés d’Ellen Allien et l’un de ses fondateurs, Na’Sayah.

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Crédit photo : Xavier Duquesne