EGALITE – Delighted tient aujourd’hui à donner la parole à Arabella, fondatrice de Connect’her. Ce nouveau projet prendra la forme d’une plateforme de visibilité et d’entraide, accessible gratuitement pour toutes et tous, qui référencera les Djs, productrices et les collectifs féminins par ville et style de musique. Arabella est une DJ talentueuse connue sous le nom d’Aʁa (résidente d’Hotel Radio Paris et membre de Bandes de Filles), elle s’active depuis 2020 à sensibiliser sur les inégalités de genre dans la musique électronique et le milieu de la nuit. Elle vient aujourd’hui nous présenter son idée et nous en expliquer sa démarche.

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Hello Arabella, On est super content de te donner la parole aujourd’hui pour parler de la belle initiative qu’est Connect’her. Peux-tu nous dire comment est venue l’idée du projet, est-ce un constat général ou un fait en particulier qui t’a décidé à te lancer, un peu des deux ?

Arabella : L’idée est venue en septembre, juste après avoir écrit un article sur le sujet de la place des femmes dans la musique électronique en 2020, en collaboration avec Florent Sales du Sacré. Nous avons fait des recherches et demandé un avis sur la question à des programmateurs et gérants de clubs. Nous avons soulevé le fait qu’il y a des statistiques très basses concernant les bookings de la scène féminine (entre 10 et 15% de booking de femmes, selon l’étude de wodjmag.) dans les gros clubs français. Il peut être encore compliqué de trouver des artistes féminines quand on souhaite programmer des line ups mixtes sur toute une saison, ou pour un événement de musique avec un style de musique plus niche que la house et la techno.

Pourtant, les femmes Djs et productrices sont de plus en plus présentes sur la scène. Je pense que la plateforme Connect’HER arrive au bon moment pour promouvoir cette partie de la scène en pleine croissance. Et qu’il y a une vraie prise de conscience, suite à la crise sanitaire de la Covid-19, de promouvoir davantage les artistes de la scène française. Cela sera un outil supplémentaire dans les mains des programmateurs pour découvrir et booker des artistes féminines locales.

Pour toi, quel impact la plateforme pourra avoir sur la problématique de la visibilité des femmes dans la musique électronique ?

Arabella: J’aimerai qu’elle devienne un nouvel outil utilisé par les programmateurs et organisateurs de soirées afin de concevoir des programmations mixtes sur tous les styles de musique, partout en France. Enfin au-delà de la visibilité, je souhaite qu’elle soit vectrice de nouvelles connexions artistiques entre tout le monde. Que ce soit pour des bookings ou des envies de collaborations sur des projets.

La plateforme encouragera la découverte du travail des artistes féminines car on trouvera de nombreuses informations sur chacune et que tout sera accessible facilement et gratuitement.

Arabella, active actrice du mouvement

Le projet est pensé à l’échelle nationale, est-ce que tu as des contacts et appuis en région dans les grandes villes françaises ? Tu veux profiter de ces lignes pour faire un appel à volontaires ?

Arabella: Pour le moment je communique comme je peux, toute aide est la bienvenue pour relayer le projet et notre action de référencement.  J’ai pu avoir un bon appui au lancement, je tiens à remercier tous les médias et ami.e.s qui m’ont soutenu.  Je pense que le bouche à oreille fera son effet progressivement pour faire grossir la plateforme et d’autant plus au lancement du site: nous continuons à collecter le maximum de profils d’artistes jusqu’à Mai. Pour faire partie du référencement, envoyez vos infos suivante à info.connecther@gmail.com :

  • Nom
  • Photo
  • Biographie
  • Ville
  • Style(s) de musique utilisé(s) pour le référencement
  • Liens sur les réseaux sociaux (Facebook, Soundcloud et Instagram)

Comment les garçons, qu’ils soient dans le milieu ou non, peuvent-ils aider à faire avancer le projet ?

Arabella: En communiquant sur le projet et en s’intéressant aux profils qui seront publiés. L’intégration doit se faire par tout le monde et cela à toutes les échelles : des gérants de gros clubs, aux petits collectifs et amateurs de musique électronique.

Penses-tu que certains hommes sous-estiment une partie des problèmes que peuvent rencontrer les femmes et qui sont propres au fait d’en être une dans ce milieu ?

Arabella: Je ne pense pas qu’ils sous estiment mais qu’ils ne peuvent pas facilement se projeter dans l’imaginaire d’une femme, ce qui est normal, avec le ressenti des barrières sociales que nous avons dû affronter et que parfois nous continuons à ressentir. J’aimerai que tout le monde se sente plus impliqué pour faire changer les choses et oublier cette partie de l’histoire où le patriarcat dictait les règles.

Les femmes ont tenu un rôle de créatrice dans la musique électronique, autant que les hommes et cela depuis le début de la musique concrète. On a retrouvé des archives qui le prouvent. Leur intérêt a toujours été présent, c’est juste qu’il n’était pas accepté socialement.

(Voir absolument sur le sujet, MUSIC OF THE SPHERE by Johanna M. Beyer (1938)

Est-ce que certaines filles pourraient faire plus, ou différemment, pour promouvoir le métier de DJ au féminin et la promotion des autres femmes artistes ou DJ ?

Arabella: Ne plus employer le mot Djette est un premier pas pour mieux promouvoir le Djing au féminin. Pourquoi? Tout le monde ne le sait pas, mais la traduction française avec le suffixe -ette n’est pas la plus flatteuse car elle est utilisée en général pour qualifier « tout ce qui est plus petit, inférieur » au nom auquel elle renvoie (ex: Cigar / cigarette; chemise / chemisette).

Le nom DJ est un acronyme du mot anglais disc-jockey, qu’on peut donc utiliser pour le masculin et féminin de la même manière. Ensuite de ne pas se dévaloriser et tenter des choses, en y allant progressivement et en s’entourant de bonnes personnes pour être conseillée. Chacune est maîtresse de son image et libre de jouer avec ce qu’elle veut. Après il faut se méfier de ce qu’on met en avant car les mœurs évoluent progressivement… Enfin ne pas oublier que c’est sur un dancefloor que les preuves se font, c’est là, la vraie promotion.

« Je pense qu’il y a un esprit de sororité qui s’est installé chez les femmes artistes qui s’aident davantage dans leur évolution et ça fait plaisir à voir. Il faut que ça continue dans cette voie. »

Arabella, fondatrice de Connect’her

Selon toi, quel est le frein principal aujourd’hui à l’arrivée de davantage de filles aux platines, ou à la tête de l’organisation d’évènements ? Y’a-t-il des barrières objectives et d’autres plus psychologiques ?

Arabella: Je ne sais pas trop, cela va prendre du temps de bouleverser les codes instaurés dans l’imaginaire des hommes, comme des femmes. Pour les femmes qui se mettent à mixer on est sur une super croissance, après pour les femmes à la tête des clubs ou d’organisations c’est une autre histoire. Peut-être que l’ego y est encore pour beaucoup, ça peut déranger certains de s’élever à leur hauteur.

« Il faut que les femmes se fassent confiance et n’aient pas froid aux yeux afin d’aller au bout de leurs envies maintenant que la société est prête à l’accepter. Il faut penser à nos grand-mères qui n’avaient pas le choix et leur faire honneur.« 

Arabella, fondatrice de Connect’her

Quand envisages-tu le lancement de la plateforme, tu as un calendrier ? Quelles seront les principales fonctionnalités, rubriques, actions disponibles lors du lancement ?

Arabella: J’aimerai la lancer vers fin mai/début juin, au moment où les open airs repartiront, je l’espère, et que l’activité musicale retrouvera l’ampleur qu’elle mérite. J’ai une bonne foison d’idées sur ce projet qui n’arrête pas d’évoluer au fil de mes rencontres et discussions mais pour le moment, on part sur :

  • Un référencement des artistes féminines Dj/ productrices et collectifs de France avec des filtres sur le style de musique et la ville de localisation
  • Un média pour promouvoir les artistes de la plateforme
  • L’organisation d’événements de rencontres
  • Des informations pour se former au mix ou la MAO

Question qui peut sembler paradoxale, mais finalement, est-ce que le plus grand moment pour la plateforme sera, non pas son lancement, mais le jour où son objet sera devenu obsolète par l’avancement des pratiques et mentalités ?

Arabella: Totalement d’accord, espérons que la plateforme accélèrera les connexions et le changement.

La fête idéale pour le lancement, quand les lieux rouvriront, tu la vois comment avec quel line-up ?

Arabella: Je la vois sans masques pour qu’on puisse se faire des sourires et des bisous. Et danser en chantant sur les paroles qu’on aime. En bonne compagnie avec mes girls sûres Bande de Filles, Leleon & Naajet Spaciale. <3

Merci pour de nous avoir présenté ce beau projet, Delighted suivra son avancée !

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Pour plus d’infos sur Connect’her : Info.connecther@gmail.com

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