INTERVIEW – Voilà déjà dix belles années que le label français Popcorn Records participe à la dynamique de la musique électronique. Pour cette occasion, le label vous a concocté une compilation de 19 titres dont 18 originaux. À l’occasion, nous avons souhaité aller à la rencontre de Siler, co-fondateur de Popcorn Records, pour découvrir leur histoire.


FLORA : Tout d’abord, merci Siler de prendre le temps de nous répondre ! En parlant de temps, voilà maintenant 10 ans que tu participes à la dynamique du monde de la musique électronique au travers de Popcorn Records avec Dima. Peux-tu nous raconter votre rencontre ?

SILER : C’est une rencontre somme toute assez banale, on est des vieux copains de collège. On s’est rencontré en 1998. On est devenu pote immédiatement. Et cela n’a pas changé depuis, c’est ce qu’on pourrait appeler une histoire qui dure !

Crédit photo : Flavien Prioreau

F : Comment vous êtes-vous lancé dans ce projet avec Dima ?

S : L’idée du label est venue beaucoup plus tard vers 2007 ou 2008, on aimait déjà cette musique depuis des années. Dima était parti en échange en Argentine pour un an où il a rencontré une bonne partie de la scène locale. Ça nous avait beaucoup inspiré. On a finalement sauté le pas en 2010, on a fondé Popcorn Records dans nos chambres d’ados et on s’est vite mis au boulot. Paris était en pleine ébullition, les projets de labels de fêtes se multipliaient c’était assez incroyable.

F : Quels ont été les premiers artistes que vous avez signés ?

S : On a fait plein de premier disque pour commencer, c’était d’ailleurs un des buts de ce label : mettre des jeunes, des inconnus, en avant. On avait plein de copains talentueux autours de nous alors on en a profité. Je pense à Louca, à Raf Murillo, Lowris ou à Eliott Litrowski qui ont été parmi les premiers et évidemment à Daso qui a été la première figure internationale du label, il nous a quitté il y a 3 ans, après une longue maladie. Il nous manque beaucoup, je pense très souvent à lui.

Crédit photo : DR

F : Êtes-vous seulement tous les deux à travailler pour le label ?

S : Dima a pris ses distances avec le coté opérationnel du label depuis maintenant plusieurs années. Il reste au courant des projets et il garde une oreille attentive aux sorties mais on ne fonctionne plus comme au départ.
On était longtemps les deux têtes visibles de ce projet mais il y a beaucoup de gens qui nous ont aidé et on leur doit beaucoup. On a la chance que ça soit tous des potes. Tvfrom86 par exemple a longtemps donné des coups de mains.

Aujourd’hui Fred Kreder s’occupe du site internet et des mises à jour, Pauline Thomet gère le graphisme pour tout ce qui est pochettes et macarons des disques. Capucine Mattiussi fait une bonne partie de la DA de nos visuels, Paul Cut m’aide beaucoup pour toute la musique et les projets à venir et Victorien avec qui je bosse au Rex a aussi filé de sacrés coups pouces pour la promo.

Donc voilà tout ou presque se passe dans ce petit cercle presque familial.

Popcorn Records c’est un catalogue qu’on peut encore parcourir aujourd’hui avec plein de titres forts.

F : Popcorn Records, un drôle de nom pour un label de musique mais qui donne aussi du sens. Comment avez-vous trouvé cette idée de nom ?

S : Ah oui ! C’était plus une opportunité qu’autre chose, je faisais des fêtes qui portaient ce nom. Il n’y a pas de vraie histoire derrière ce choix, mais comme tu le disais on trouvait ça drôle et pas tout à fait dénué de sens.

F : Quelle est selon toi la force de Popcorn Records ? Qu’est-ce qui vous démarque des “concurrents” ?

S : La force du label c’est surement sa liberté. On a toujours fait les choses sans trop calculer, sans avoir d’attente particulière. On a gardé sur cette musique et ces projets un regard authentique. Un fonctionnement très spontané qui nous a évité de nous poser trop de questions.

On ne cherche pas à se démarquer de la concurrence, puisqu’on ne vit pas ça comme de la concurrence. Par exemple, on a commencé en même temps que le label Cracki. On était très proches à nos débuts, ils ont fait ensuite leur chemin et nous le nôtre. On était ravi pour eux, je suis aussi très pote avec D’julz son label Bass Culture a le même âge à peu près que Popcorn. J’ai toujours été content de voir ses projets se développer, pareil pour DKOLa Mamie’s pour ne citer qu’eux. Tout ça crée plutôt une émulation, ça tire cette musique et ce mouvement, chacun à sa manière chacun à son rythme et c’est la seule chose qui compte à mon avis.

F : Dix belles années que vous travaillez avec divers artistes sur des projets variés… As-tu une/des anecdote(s) à nous partager ?

S : La rencontre avec Chez Damier y a 8 ou 9 ans reste marquante. Il m’avait donné rendez-vous devant le Rex et j’ignorais bien sûr qu’un jour j’en deviendrais le programmateur. Je voulais lui demander un remix et puis il a finalement fait des originaux. Le disque a vraiment bien marché et ça nous a donné une toute autre exposition. Il est devenu un peu le parrain du label cette année-là il l’est toujours aujourd’hui et il ne se passe pas un mois sans qu’on échange ensemble sur nos projets. Après des souvenirs et des anecdotes en dix ans j’en ai plein d’autres, des voyages, des taules mémorables… On pourrait facilement y passer la journée !

F : Comment avez-vous sélectionné les artistes pour cette compilation de vos dix ans ? Quelles étaient vos envies, vos objectifs à travers cette compilation ?

S : Avec Paul Cut on a sélectionné presque tous les titres ensemble. Il y avait pour moi des évidences artistiques, des habitués du label. Des mecs qu’on aime tellement que je les voulais absolument sans quoi cette compilation n’avait pas de sens, je pense à Flabaire, Aubrey, Chez Damier, Daso, Tvfrom86, D’julz, Dj Gregory, Seuil, Le Loup, Jay Ka, Vadim Svoboda

Et puis après il y a aussi eu des surprises comme d’avoir le premier track de Céline de la Sundae qu’on connait depuis longtemps et qu’on adore. On était ravi d’avoir Molly pour la première fois sur le label, la légende Satoshi Tomiie, le surdoué Mad Rey, le super S3A ou le jeune Lucas Moinet qui signe d’ailleurs à mon sens un des meilleurs titres de cette compilation. L’objectif c’était ça, des évidences et des surprises. Et plusieurs générations de producteurs tous mélangés sur le même disque et là-dessus je crois qu’on a fait assez fort.

F : Si la période nous le permettait, quel événement auriez-vous organisé pour fêter ces 10 ans ?

S : Ah oui, la fête était prévue. On l’avait imaginé sur un week-end complet et deux endroits, difficile d’en dire plus, surtout en ce moment. Ça n’est que partie remise on l’espère. On verra cet été si il y a des opportunités … Sinon on patientera encore.

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F : Si tu pouvais décrire Popcorn Records avec un seul son, lequel ce serait ?

S : En vérité je ne pourrais pas choisir un titre. J’aurais l’impression de trahir les autres. Popcorn Records c’est un catalogue qu’on peut encore parcourir aujourd’hui avec plein de titres forts.

Alors allez écouter cette compilation anniversaire, elle représente bien le label et je pense qu’elle ne vous décevra pas.


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