On sait que Marco Bailey est un hyperactif du monde de la musique électronique. Et si on vous a présenté Train Collector, MB Electroniks, le label du producer et DJ belge, est une mine d’or pour tout amateur de techno. Ben Sims, Christian Smith, MiniCoolBoyz, Tom Hades… Autant de noms qui sonnent comme synonymes de lignes de drums terrifiantes. Et c’est dans ce véritable écosystème de pépites que débarque un véritable gaijin inattendu : Ken Ishii.

Le japonais n’est pourtant pas un novice dans le monde de la musique électronique. Au contraire, c’est même l’un des pionniers de la techno nippone qui n’a déjà plus rien à prouver.

Pour vous rafraîchir la mémoire, le fantastique clip d’Extra, dirigé par Kōji Morimoto (et là, attention, on rentre dans le fondement même de l’art animé japonais, et le name dropping d’Akira – monument historique de de l’animation – met un terme à tous les débats).

Quand un des senseï de la techno sort un nouvel EP, paru le 18 mars 2014 et propulsé par le label de Bailey, on ne peut qu’être surexcité.

Dans l’EP, deux tracks, et trois remixs. On fera ici l’impasse des (plutôt bons) remixes de Steve Rachmad pour se concentrer sur les deux tracks principal de cet EP.

Wobbly Sniper (à traduire littéralement comme « sniper tremblotant », symbole même de l’inefficacité) ouvre le bal avec des lignes de basse/synthés aiguës et des drums toujours aussi vibrants. Non, le morceau ne cogne pas aussi dur qu’on pourrait l’imaginer. Mais en fin de compte, la track arrive tout de même à plonger dans un univers propre. C’est une nouvelle preuve de la capacité qu’a Ken Ishii à composer et se renouveler. Mais ce renouvellement, justement, est presque un problème : où est la dimension ultra digitalisée et futuriste de l’artiste ? Lui, qui balançait justement des clips avant-gardistes au milieu des nineties et qui composait pour le jeu vidéo Rez, semble presque s’être aligné à un standard. Remarque justifiée ou non, le résultat reste quand même digne de figurer dans les meilleurs tracklists du moment.

Il enchaîne ensuite avec Alienated Bass. Cette fois, la track cogne bien plus. Elle exauce les vœux de ceux qui regrettaient une première track un peu molle. En accompagnant dynamiquement le « flagship » Wobbly Sniper, elle confirme toutefois une mutation manifeste de la marque de fabrique Ishii qu’on pouvait encore retrouver dans l’album de 2006, Sunriser.

Alors oui, on est content d’avoir un Ken Ishii productif chez Marco Bailey. Mais c’est une joie à demi-teinte : on garde une sensation d’ambivalence, entre des tracks efficaces mais qui, en fin de compte, ne sont plus vraiment identifiables comme marquées par la patte stylée du producer japonais. Défini comme influencé par la techno de Detroit, l’artiste a peut être atteint son point d’influence au point d’en perdre son identité. Faire une techno forte, mais résolument tournée, au mieux vers le présent, au pire vers le passé. Future is what he was.