COMPILATION / INTERVIEW – 2020 nous est arrivée en plein dans la gueule comme un retour de feu, plongeant la planète entière dans une sorte de stase éveillée sordide, où chaque nouvel évènement semble n’être qu’un nouvel épisode d’une mauvaise blague. Mais ne perdons pas la tête, on peut toujours essayer de s’échapper, trinquer, méditer, écouter de la musique, non ? Aujourd’hui, on s’échappe dans les mondes rêvés de la team Katharsis, à l’instigation de l’artiste danois JJJacob.


The Flow of Water est un manifeste plus que tout autre chose. On en a tous écouté des compilations, on a tous vibré sur les différentes vibes d’un mélange d’artistes, tous regroupés autour d’un même label, d’une même direction artistique. Mais là, l’exercice est différent, on observe en fait une sorte de fusion de l’expression de chacun, on croit entrer dans l’album d’une seule et même personne, une toile tissée sur 10 morceaux, nous laissant entrevoir les contours et les mouvements de l’eau. Pour cela, on a échangé quelques mots avec Jacob aka JJJacob.

Salut JJJacob, on va commencer avec la question la plus simple, la première partie de cette trilogie s’appelle Flow Of Water donc quel est ton rapport à l’eau ?

L’eau est vitale, je pense que la meilleure façon de résoudre tous mes soucis c’est de rester bien hydraté (rires). À vrai dire, je n’avais pas choisi les thèmes de l’eau, le feu et l’air avant d’avoir proposé aux différents artistes de contribuer au projet. Je leur avais dit que le label était un appel à développer des musiques émotionnelles et sensibles ayant pour but de proposer aux auditeurs un moment introspectif et émotionnellement libérateur, mais quand les morceaux sont arrivés, c’était évident pour moi de choisir cette façon de catégoriser mes compilations. Mais l’eau me semble être un symbole pour notre culture qui a une multitude de sens différents, de ces propriétés nettoyantes, le fait de flotter ou encore le fait de couler.

Au même titre que la pluralité des formes de l’eau, comment as-tu choisi les artistes participant à la compilation ?

Tous les artistes sont des amis, aussi bien des locaux du Danemark (huit sur trente) que des cyber-amis rencontrés sur internet. Mais c’est surtout une collection de gens que j’admire et dont la musique est colorée d’une valeur émotionnelle supplémentaire. La vibe de cette compilation prend évidemment ses racines dans l’ambient mais certains artistes ont décidé d’aller plus loin dans l’expérimentation. Je suis ravi que tant de gens aient répondu à l’appel et aient créé des sonorités si originales à partir de mon choix de DA et pour être franc, je me suis complètement fait prendre par cette vague de créativité.

JJJacob, tu viens du Danemark, de Copenhague, même si l’eau en temps que notion et titre de la compilation est arrivée postérieurement, que pourrais tu dire de ton lien avec et in extenso avec la mer (Copenhague étant entre la mer du Nord et la baltique ndlr) ?

J’adore la mer, pas seulement la mer du Nord mais tous les océans du monde, la façon dont dans les vagues dansent nous donnant le sentiment d’un mouvement chaotique constant. Il y a aussi les créatures sous marines dans les lacs et les océans qui m’inspirent aussi, plus particulièrement les mammifères comme les dauphins ou les baleines qui, à la manière de nos chants, communiquent ainsi sous l’eau. Donc oui, l’eau a un impact sur moi, mais je pense que tout ce qui a un impact émotionnel sur moi nourrit mon art, ma créativité.

Quel est le but de Katharsis ? Dirais-tu que c’est un besoin cathartique personnel ou seulement la continuité de ta propre musique qui semble toujours avoir été quelque chose de très profonde et introspective ?

Le but de Katharsis c’est de questionner la musique sur ces effets curatifs. C’est vraiment quelque chose qui compte pour moi car, il y a trois ans, j’ai subi un choc traumatique et j’ai dû subir une hospitalisation très longue. La musique est devenue la meilleure façon de m’exprimer sur mes pensées et sentiments les plus étranges. Cela m’a donné un moyen de verbaliser en quelque sorte ce qui n’arrivait pas à sortir. Donc, j’avais vraiment besoin de quelque chose de cathartique et la musique est devenu cette chose. En ce moment même, je suis à un an d’avoir ma licence en psychologie, et j’ai prévu d’utiliser la musique dans des espaces « thérapeuthiques » pour aider mes patients/clients pour réussir à atteindre ce même stade cathartique dans ma relation à la musique. Donc au delà d’être curatrice d’une belle musique, le catalogue du label sera aussi un lieu où trouver la parfaite musique à utiliser en thérapie, pour quand je serais devenu musicothérapeuthe.

Que peux-tu nous annoncer pour les prochaines sorties « FEU » et « AIR » ?

The Burn of Fire sortira le 11 juin et donnera encore l’occasion d’écouter 10 morceaux d’autant d’artistes différents. Ce sera vraiment beaucoup plus agressif que la précédente, là où le Flow Of Water induisait une dimension de calme et d’apaisement, The Burn Of Fire trouvera son essence dans des sentiments comme l’anxiété, le chaos et la colère. Ce sera quand même de l’ambient mais avec quelques morceaux qui contrasteront par leur énergie « banger ». Le 2 juillet enfin, sortira The Breath of Air, on se dirigera vers quelque chose de plus relaxant. J’ai d’ailleurs moi-même publier deux morceaux sur cette dernière, le morceau d’ouverture sous mon autre alias Basura et une collaboration avec l’artiste américain Mithril.

Un dernier mot pour cette année compliquée ?

N’oubliez pas de vous retrouver dans la musique et l’art en général, d’aller y puiser votre inspiration. L’isolation peut être vraiment quelque chose de très dur mentalement, mais exprimer ses sentiments dans son art peut se révéler être un grand remède. J’espère que tout le monde trouvera le courge de le faire. Dans mon monde idéal, tout le monde devrait pouvoir s’exprimer artistiquement pour manifester de l’expérience de la vie humaine.


BANDCAMP

Propos recueilli en anglais, puis traduit avec autant d’attention que cette compilation le mérite.