RENCONTRERWN sort son premier EP « Underwater » à la fin du mois, sur le label Fake Society. Producteur extrêmement talentueux déjà reconnu par les plus grands de la scène minimale, il nous confie ses premiers pas en duo, son évolution en solo et ses aspirations pour les années à venir.


THIBAULT : Hello Erwan, merci de répondre à nos questions ! Tout d’abord, peux-tu nous dire quelques mots sur toi et sur tes débuts ?

RWN : Salut Thibault ! Je m’appelle Erwan Goudard, j’ai 26 ans et suis actuellement basé sur Paris. J’ai commencé à produire dans ce style de musique autour de 2017, avec un ami au sein du duo Cobbra. J’habitais alors à Montpellier où la scène minimale était très bien représentée grâce, notamment, aux soirées Coda où j’ai pu voir jouer Soul Capsule, Praslesh, Cabanne, Sonja Moonear et Barac entre autres. Auparavant je produisais déjà un peu mais sans vraiment savoir où j’allais. J’adorais le piano, les mélodies et le fait de pouvoir créer et transmettre des émotions à travers elles, mais je n’avais pas encore réalisé l’importance de la basse, des percussions ni eu l’idée de les combiner. C’est donc au cours de ces soirées que j’ai eu un déclic et que je suis tombé amoureux de cette musique minimaliste hypnotique, propice à l’introspection et très riche en basses fréquences qui font vibrer tout le corps. J’ai donc commencé à produire mes premiers morceaux.

Tiré de l’EP ‘Our Crow‘ de Cobbra sur le label Mooze Records

T : Qu’est ce qui t’a décidé à continuer en solo ?

RWN : Après deux ans en tant que Cobbra, avec quelques sorties digitales à notre actif et des morceaux joués par pas mal d’artistes qu’on apprécie, on a décidé de poursuivre sur des projets solos et ça fait maintenant un an que j’ai lancé mon projet RWN.

T : Comment décrirais-tu tes créations ?

RWN : Je m’inspire principalement de producteurs comme Rhadoo, Cezar, Ricardo Villalobos, G76 et de la vie qu’ils insufflent à des morceaux en apparence très simples, surtout sur le plan rythmique. J’essaie de donner une certaine complexité et du mouvement à mes percussions, pour que le morceau soit certes minimaliste mais pas répétitif. Après, je pense que certaines influences plus pop me poussent à toujours utiliser des mélodies et des synthés pour essayer de transmettre un message, une humeur, une émotion.

T : Quelles sont tes armes de productions ?

RWN : Je n’ai aucune machine et produis à 100% avec Ableton, des VST (ndlr : Virtual Session Technology plugins), et des samples de machines analog. Je me suis rendu compte, après avoir commencé avec des boites à rythme comme la MFB Tanzbar ou la Machinedrum d’Elektron, que, malgré la facilité et le côté agréable de pouvoir jammer avec des machines, le “100% ordinateur” est ce qui marche le mieux pour moi. J’adore l’interface d’Ableton, je la trouve hyper intuitive et c’est pour moi la manière la plus efficace de transcrire de l’abstrait au concret les idées de mélodies, de pattern de basses ou de rythmes que je peux avoir à n’importe quel moment de la journée. J’ai juste à ouvrir l’ordi et hop en quelques secondes c’est immortalisé, où que je sois.  Je perds un peu le côté convivial parce que c’est plus compliqué de pouvoir faire un jam avec des amis par exemple mais pour la production à proprement parler je trouve que les options sont illimitées, en tout cas bien suffisantes pour moi, et puis c’est aussi plus abordable au niveau budget.

 T : Tu commences fort avec une première sortie sur vinyle avec le label Fake Society, as-tu d’autres projets en cours ?

RWN : Je souhaite prendre mon temps et laisser les choses arriver naturellement. J’essaie de produire tous les jours, j’ai donc pas mal de morceaux terminés de côté, mais je les garde pour moi en général. Si le morceau me plaît vraiment, je le partage avec certains artistes que je connais et dont je sais que le style correspond, pour qu’ils les testent et me fassent des retours sur les points à améliorer ou, au contraire, les aspects positifs. D’ailleurs, assez rapidement après avoir lancé mon projet solo j’ai eu le plaisir de voir que mes morceaux étaient joués par certains de mes artistes préférés comme Herodot, Cally, Crihan, Sepp, Cosmjn et Christopher Ledger pour en citer quelques-uns. J’ai d’autres sorties prévues cette année sur des labels que j’aime beaucoup, mais il va falloir attendre que la situation mondiale évolue pour ça…

T : Comment est apparu Fake Society pour ta première sortie vinyle ?

RWN : C’est Christopher Ledger qui m’a mis en contact avec Fake Society, car c’est lors d’un de ses sets à Cluj Napoca (soirée Alandala) qu’ils ont eu un coup de cœur pour ‘Freudian Slip’ (qui est maintenant B1 sur le vinyle). Ils m’ont donc contacté et, après avoir écouté certains de mes morceaux, m’ont proposé de rejoindre l’équipe et de faire leur quatrième sortie. J’ai accepté avec plaisir, on a logiquement choisi Christopher Ledger pour le remix et le résultat est génial ! C’est un artiste extrêmement talentueux au style vraiment unique, je ne pouvais pas rêver mieux que d’avoir mon nom à côté du sien sur une première sortie vinyle.

T : Beaucoup de production donc, mais souhaites-tu aussi jouer en club ou en festival ?

RWN : J’ai eu la chance de jouer fin Février au Minimuzikhol à Istanbul avec Camelia et Cem Ozden. C’était mon premier set à l’étranger et une super expérience devant un public de connaisseurs très enthousiastes. C’était pour moi la première occasion de jouer mes morceaux sur un gros système son, j’ai adoré ! Pour ce qui est de l’avenir, je pense que, là encore, il va falloir attendre que la situation actuelle se clarifie, l’industrie de la musique souffre et risque de souffrir encore plus. J’espère qu’un maximum de gens s’en sortiront sans y laisser trop de plumes.


Fake Society est à la fois label, organisateur de soirées et future agence artistique (avec dans son roster : Haokah, Camelia, Cem Ozden et RWN).

Début 2019, Cem Ozden et Camelia ont souhaité donner naissance à une nouvelle famille avec des jeunes artistes émergents venant de pays différents et formant un nouveau mouvement, tout en partageant les mêmes valeurs et la même vision de la vie et de la musique. Le nom vient de leur conviction de rester fidèle à eux-mêmes dans une société où certaines valeurs fondamentales semblent être perdues.

Le Label est en résidence au Minimuzikhol à Istanbul où ils ont jusqu’à présent invité Cezar, Priku, East End Dubs, LIZZ, Camelia, IULY.B, Haokah et Los Bastoneros. Ils ont aussi organisé des évènements à Milan et Barcelone avec des artistes tels que Barac, Sublee et Cap.

FS001 est signé Camelia. Originaire de Miami, il se produit régulièrement lors des soirées Un_Mute. Il vient de terminer une tournée en Europe avec Cem Ozden (de Milan) qui s’est produit dans des villes comme Berlin, ParisPisica), Moscou, Londres, Barcelone, New York et bien d’autres.

FS002 par Haokah, un duo de Iaşi en Roumanie, où ils jouent très souvent lors des soirées Dubla, Holiday Mood et Alandala. Ils ont également fait leurs débuts au prestigieux Sunwaves cette année.

FS003, un Various Artists par des artistes très spéciaux pour Fake Society : Sublee, LIZZ, Los Bastoneros et Camelia.

FS004 par le nouveau venu, RWN de Paris qui a donc rejoint la famille fin février à Istanbul lors de la label night.

La face A débute avec ‘Underwater‘, une composition profonde et mélancolique. La subtilité des couches d’effets d’arrière-plan et le rythme soutenu par les percussions et les claquements discrets nous attirent doucement vers une mélodie plongeante au synthé. Démarre alors un voyage abyssal cadencé par une ligne de basse puissante et groovy accompagnée de nombreux effets harmonieusement entrelacés. Une magnifique première immersion dans l’univers de RWN.

Choices‘ clôture la face A du disque avec une piste atmosphérique et mélancolique également. Les chuchotements d’arrière-plan, la mélodie éclatante et le rythme cassé par des basses oscillantes font ressentir la complexité des choix de l’artiste pour l’enchainement des éléments. Le break, laissant uniquement la place à la mélodie synthétique, pousse l’auditeur à un moment de réflexion et d’évasion intense. Le rythme reprend finalement et nous comprenons la puissance que peut dégager ce track à la fin d’un set.

Le premier titre de la face B démontre une autre facette du talent de l’artiste : ‘Freudian Slip‘, dont le nom est consciemment tiré de la psychanalyse de Freud. Les voix chuchotantes, la ligne de basse profondément vibrante et les echos qui raisonnent tout le long de la piste laissent un ensemble sombre, mystérieux mais néanmoins dynamique.

Justement décris comme la « cerise sur le gâteau » par Deejay, la face B est clôturée par un remix breakbeatParapraxis’ (synonyme du Freudian Slip) de Christopher Ledger. Une création puissante, avec un rythme solide et percutant. Les échos sont repris avec une voix plus présente et répétitive que dans la version originale pour intensifier l’ensemble. Une mélodie et une voix douce et rassurante apaisent le break pendant quelques secondes pour finalement donner encore plus de force aux basses massives qui subliment le rythme.


« Underwater EP » est un magnifique chemin émotionnel et lyrique à pré-commander dès à présent, pour une sortie prévue le 20 avril.

Artiste : RWN

Titre : Underwater EP

Label : Fake Society

Catalogue : FS004

Date de sortie : 20/04/2020

Format : Vinyle

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