CHRONIQUE – L’artiste allemand à l’origine du label Dystopian vient de sortir deux EPs conceptuels ratés, Kinder der Ringwelt en juin et Söhne der Erde cet automne. Le coup de mou d’un artiste trop souvent sur la route ou les premiers symptômes d’une perte réelle d’inspiration ? 

Rødhåd fait partie de ces DJs qui ont explosé en quelques mois. Sur le Web, on appellerait ça un buzz. En musique, on nomme ça le succès. Il est mérité. Depuis 2013, l’Allemand tourne dans le monde entier. Et en France, c’est un des artistes qu’on a le plus vus dans les soirées et festivals sur le cru 2014-2015.

Il y a eu The Wall, cette bombe sortie sur Béton Brut, remarquable compilation Dystopian. Un titre entêtant et obsessionnel qu’on a bien souvent fredonné en soirée. Il y a eu aussi Energomash, qui fait partie de ces tracks qui ne se démoderont pas. Indélébile. Rødhåd avait alors sa patte, caractérisée par une techno doucement mélodieuse aux basses épaisses, acquise au dancefloor.

Kinder der Ringwelt, une sortie dans l’indifférence

On se souvient aussi de Blindness qui lança véritablement la maison (une colloc à l’origine) Dystopian en 2012. Un EP complet, où l’artiste faisait le choix d’une certaine sobriété. Aujourd’hui elle contraste avec des productions où les sonorités abondent.  Rødhåd ne fait aucun choix, ni celui du dancefloor, ni celui de l’expérimental. Rien n’est approfondi. Ça donne un mélange tiède qu’on ne retiendra pas.

Depuis Red Rising, l’artiste s’est lancé dans des EPs très conceptuels, aux titres énigmatiques et imprononçables pour qui ne parle pas un mot d’allemand. Au mois de juin, Rødhåd a ainsi sorti Kinder Der Ringwelt (Enfants de l’Anneau-Monde, Ndlr) dans l’indifférence. Quatre titres déjà passés aux oubliettes. Kinder Der Ringwelt devait être une plongée dans la stratosphère, une exploration dans des sonorités plus expérimentales. La rêverie ne prend pas lorsqu’on écoute l’EP d’une seule traite.

La mélancolie d’Energomash ou le rythme foudroyant de Patient Zero ont alors totalement disparu. Reste un assortiment de sonorités hasardeuses.

La forme privilégiée au détriment du fond

Et puis on a appris il y a dix jours la sortie d’un nouvel EP de Rødhåd, Söhne der Erde. A première vue, il semble s’appuyer sur le même concept que Kinder Der Ringwelt: quatre tracks conceptuels, un voyage cosmique. Las, Söhne der Erde (Fils de la Terre, Ndlr) se révèle plus décevant encore que l’EP précédent. Tout y est bradé: le fond, la forme, les vocales, kicks et mélodies…

Lookitthat est le track le moins mauvais de l’EP avec ses allures de dark house. Une expérimentation pour Rødhåd, qu’on ne connaissait pas sur ce terrain là. Pour la troisième fois, après Blindness et Venusianische Hölle, le producteur fait appel à Sara Clarke pour donner des vocales au dernier titre de l’EP, Verhängnisvolle Nebel (Brouillard funeste, Ndlr). Justement, on y est dans le brouillard. Complet. Une profusion de sonorités troubles qui rend le morceau inaudible.

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Alors voilà. On est déçu. Et on devine le piège. A force d’enchaîner les dates, même les plus grands producteurs perdent en inspiration ou bâclent leurs morceaux. Le succès rapide et la multiplication de ses dates ont peut-être trompé Rødhåd. Avec Kinder Der Ringwelt et Söhne der Erde, il nous offre deux EPs où la forme a raison du fond. Il manque l’essentiel, la matrice indispensable à la réussite d’un morceau, à l’heure où il en sort des centaines chaque semaine: il manque une âme.