SONS – On s’approche tout doucement des derniers articles pour cette saison, tout doucement de la douce quiétude du mois d’août où tout semble en pause, les boulangers quittent leurs fours, les « marketeurs » leurs open-spaces et les professeurs, leurs grèves (rires). Et c’est pour finir en beauté que l’on s’intéressera aujourd’hui à quatre sorties, quatre oeuvres bien distinctes nous ayant profondément fait vibrer. Car oui, l’envie de rêver, de se toucher, de se retrouver, tous ensemble est indéniable. Retour donc, sur ces artistes qu’aucun confinement n’aura empêcher de créer.


BlawanImmulsion (Ternesc 007)

Sorti tout droit du nom de sa résidence au Corsica Studio de Londres, le label Ternesc distille depuis cinq années maintenant les vibes dangereuses et subtiles du prodige anglais et patron du label, Blawan. En 2015, il disait à Resident Advisor que l’idée serait de trouver une seule et même maison à sa musique, peut être dans une recherche d’une autonomie et d’une liberté plus grande. Et la liberté, il s’en sert ! L’EP, sur quatre morceaux est un laboratoire techno. L’artiste prend son temps, gère ses motifs musicaux comme un maitre – tous oscillants entre des phases noises et expérimentales – pour ensuite, petit à petit, aller chercher le groove dans ce que ces « essais », ses bizarreries ont de plus étonnants. Un excellent EP donc, pour danser… plutôt à partir de 4 heures du matin. Et surtout à choper ici !


тпсб (Whities 031)

Des lasers, multiples, dans tous les sens fendent de long en large dans la pièce. Ils se brisent, sur les murs, se confondent aux autres, parfois se réverbèrent. Certains reviennent, explosés, et d’autres vont seulement danser dans les cheveux de la chanteuse aux plaintes lascives, sur scène. Tout cela, c’est seulement le premier morceau, Don’t Call Me I Call You du nouvel EP de тпсб sur le label londonien AD93 connu sous le nom de la série de release Whities. Sur If This Is I Don’t Know What Isn’t, c’est une sorte de comptine faussement vaporeuse, sous laquelle gronde un break filtré qui dans la seconde partie du morceau vient faire bouger nos coeurs et nos jambes. Un track définitivement romantique et dansant qui vient équilibrer l’EP car dans le dernier mix, Dream Houses of The Global North, c’est un vent de tragique, un tonnerre de doute et de question qui semblent venir clore la pièce dans un fracas ambient / bass music. Une pièce donc, tout en volupté et en brisures, où lenteur et vitesse viennent se marier le temps d’un morceau, le temps d’une idée. Toujours ici, pour soutenir les labels !


Helena Hauff Kern Vol. 5 (Trésor)

Trois ans. Il aura fallu trois ans au mythique label Trésor pour redonner les clefs de sa série Kern à un quelqu’un. Après DJ Deep, DJ Hell, Objekt et DJ Stingray, c’est au tour de la grande prêtresse de l’électro ténébreuse et de la techno ensorceleuse de donner quelques leçons de mixes et de chinage. Le résultat ? À la manière de du Kern Vol.4 de Stingray, c’est un enchainement de raretés et d’exclusivités qui nous emmènent dans les profondeurs de l’univers de la DJ. Helena Hauff nous offre un très large panorama de ce que l’électro de détroit, fille de l’électro-funk, est devenue, et des tas de perles technoïdes, tout ça sur un double LP orange vif, première fois, par ailleurs, sur le label. Ce sera plus une question de goût donc, mais ici, on est conquis. Et on achète là !


DJ HAUSData Dump (UTTU)

Enfin pour finir sur une note plus colorée et acidulée, comme le bonbon à la fin de certains restaurants asiatiques, on a écouté Data Dump, le dernier enfant de l’écurie Unknown To The Unknown. DJ Haus ici nous surprend. On le retrouvait chaque année, presque chaque mois au gouvernail du label-monde UTTU curatant la house la plus sexy, l’électro-breakbeat le plus percussif et même parfois quelques écarts dans l’expérimentation électronique. Mais c’est tout d’un coup que le dj nous prend sous son aile. Bleep Bot et Catch Your Breathe, c’est tout son style que l’on retrouve, un minimalisme sautillant et léger teinté de Detroit music, il semble n’avoir besoin que de trois, quatre pistes pour nous faire vibrer, mais sans surprise. Puis une voix vient nous prendre la main : « THE HUMAN MIND…. FUZZY LOGIC.. IMPREDICTABLE ». On n’aurait jamais parié sur Haus sur ce terrain là, l’atmosphère est lourde, une intelligence artificielle vient de prendre les platines et nous assène kicks sur kicks (Fuzzy Logic) on tremble, Haus possède l’auditoire. Puis c’est le bug, Puzzle Box dispose ses pièces ici et là, dans une braindance / électro complètement déconstruite. On sort. Dehors, dans la 47th Street, les voitures fluos foncent à toute à l’heure, on est submergé par les notes colorées de la ville. Le morceau à un goût long travelling pointé sur un pilote, le pied au plancher, allure de croisière. Enfin Glitch Soup. On l’aurait vu peut être juste après Puzzle Box, tant on ressent des mécanismes semblables. Mais, au détour d’un beat cassé et ré-assemblé, Haus nous envoie un pad de nulle part, très court, efficace, comme si il voulait exciter notre curiosité mais aussi annoncer la fin prochaine de l’EP, en souplesse.

C’est donc une aventure que nous propose Haus, quelque chose de très complet, sur seulement cinq morceaux, quelque chose qui nous a envoûté, à choper juste là.