SÉRIE D’ÉTÉ (1/3) – Cet été, Delighted se penche chaque semaine sur un label historique. A l’affiche cette semaine, la maison de disques H-Productions. Fondée par Cari Lekebusch, elle est le symbole d’une Suède noyée sous une techno de haut vol.

Tu connais la « limite magique » ? Sûr que t’en as jamais entendu parler. La limite magique, c’est la barrière des dix années de production franchie par un artiste en musique techno. Tiens, c’est justement la limite à partir de laquelle tu peux parler d’ « artiste ». Et le garçon qui parle de ce concept s’y connaît. Cari Lekebusch est dans le circuit depuis vingt-cinq ans.

En 1994, alors que la plupart des activistes de la scène techno actuelle morvaient encore dans leur poussette, le Suédois ouvre le catalogue d’un label révolutionnaire : Hybrid Productions. Stockholm vit alors ses premières raves, les « forest parties » dans une capitale installée en pleine nature. C’est le Stockholm d’hier, où l’on croise Lekebusch en compagnie d’Adam Beyer, Alexi Delano, Thomas Krome, Jesper Dahlbäck, Joel Mull. Ce monde est tout petit dans une capitale à taille humaine. On s’entraide, la musique pose les bases de sacrées amitiés. Et Hybrid Productions devient un label incontournable.

Glenn Wilson, l’autre boss à Stockholm

Comme bon nombre d’artistes, Cari Lekebusch crée sa propre maison de disques histoire de ne pas attendre trois ans avant de sortir ses tracks. Surtout, les démos qu’il envoie ici ou là sont jugées trop singulières, trop underground pour beaucoup de labels des nineties. Excepté Planet Rythm, autre label historique créé par Glenn Wilson. Depuis sa boutique, l’un des papas de la techno suédoise irradie Stockholm d’un nouveau genre musical. En techno, Cari et Glenn feront la paire, des mixtapes enregistrées dans leur chambre aux premières grosses releases suédoises dispersées en Europe.

Ennuis judiciaires

Deux ans à peine après sa création, Hybrid Productions se retrouve déjà engoncé dans des problèmes juridiques. « Hybrid » est déjà pris par des mecs qui font de la musique. Cari s’emmerde pas, et transforme Hybrid Productions en H-Productions. L’étiquette change, l’identité reste la même. Avec une idée forte : on ne fait pas rentrer n’importe qui dans la maison. Si H-Productions est la vitrine préférée de Cari Lekebusch – il y sort des centaines de tracks – le label ouvre ses portes aux copains suédois et aux figures historiques du mouvement techno en Scandinavie. On trouve ainsi Danijel Alpha, un cramé en avance sur son temps qu’on reverra plus tard en tant que résident du Tresor.

Lenk, un des multiples alias de Jesper Dahlbäck, sort aussi ses premiers skuds chez H-Productions. Il y a aussi Alexi Delano bien sûr, un des grands potes de Cari. Ces gars-là se font les représentants d’une techno underground, violente, hors contrôle.

Des labels à la pelle

A l’ombre de H-Productions se greffent plusieurs labels historiques des nuits suédoises. Pär Grindvik crée Stockholm LTD, Jesper Dahlbäck a aussi le sien, Blank LTD. Henrik B et Thomas Krome sortent chez les uns et les autres, et mènent aussi leurs petites affaires.

Quand Code Red devient Drumcode

Ça bouge de partout, même si Stockholm ne bouge pas tant que ça. On bosse en studio, presque de la musique de chambre. Enfin, H-Productions est aussi impliquée dans la création du label qui deviendra une machine de guerre. Celui d’Adam Beyer. Cari Lekebusch aide son pote à monter sa maison de disques, parfaire son logo. Code Red voit le jour en 1997, et devient Drumcode au passage dans le troisième millénaire. Ensemble, ils publient des « Split EP » qui réunissent les productions des deux labels.

L’aventure H-Productions est celle d’un Suède qui se met en branle. Et les dizaines de producteurs suédois qui tournent dans le monde entier aujourd’hui sont les héritiers d’une époque où les disques se passaient presque sous le manteau. Une culture de l’underground et une passion portées par une icône : Cari Lekebusch.