SÉRIE D’ÉTÉ (2/3) – Cet été, Delighted se penche chaque semaine sur un label historique. A l’affiche cette semaine, la maison de disques H-Productions. Portrait aujourd’hui de son fondateur, Cari Lekebusch. Un producteur à la discographie vertigineuse.

Il a encore la dégaine d’un adolescent. Silhouette fine, sweatshirt de skateur, casquette ricaine et sacoche Manhattan. Derrière ses platines ou dans son studio, il garde d’ailleurs la même excitation qu’un môme. Cari Lekebusch a la cinquantaine en point de mire, et un des discographies les plus denses des DJs en activité. Le Suédois n’a pas de secret : il reconnaît ouvrir la porte de son studio une fois par jour. Quant aux dates, il les espace au maximum.

D’ailleurs, Cari ne se sent pas « DJ ». Il est producteur. Et dès le début des années 90, il collectionne les machines dans son studio baptisé H. Productions Headquarters. Y naîtront la majorité des sorties du label H-Productions, et de belles collaborations. Cari aime passer du temps en studio avec ses copains. La musique est une question d’amitié. Et surtout l’occasion d’une belle marrade là où certains – aujourd’hui surtout- prennent la chose bien trop au sérieux.

Le secret d’un bon label? L’intimité

Cari Lekebusch incarne à lui seul H-Productions. Il est son fondateur, gère lui-même la boutique, et il remplit presque à lui seul les bacs de vinyles H-Prods. Sa discographie donne le vertige, et il reste très prudent sur les signatures de son label. Cari explique d’ailleurs volontiers que choisir un label, c’est s’entourer d’une famille. Et qu’on ne la quitte plus. il expliquait ainsi dans une interview il y a quelques années : « Choisir son label est primordial. Il faut se poser un tas de questions : Est-ce que c’est le bon label pour moi ? Est-ce qu’ils vont vouloir bosser avec moi pour cinq ou dix ans ? »

Pour Cari, on n’envoie pas ses démos à l’aveugle. D’ailleurs à Stockholm, c’est chose impossible. Il poursuit : « Stockholm est une petite ville, et tu entends vite parler des gens, tu les rencontres. Mais moins il y a de monde dans un label, plus tu gagnes en coopération. »

Une idée, un label. C’est aussi la philosophie de Lekebusch qui crée des petites sœurs à H-Productions. Un peu de Hip-Hop ? Il crée Grundtakt. Des DJ-Tools « hard » et « funky » fait maison ? il lance Kaun Trax.

« Swedish Techno »

Et Lekebusch devient l’ambassadeur d’une techno suédoise fleurissante. On parle alors d’une « Swedish Techno », reflet des productions de Planet Rythm, Code Red et H-Productions. Une musique sombre, underground. La techno venant d’une cave qui serait à ciel ouvert. Pas un producteur suédois qui ne justifie sa musique par les forêts qui les entourent. Et par une nuit presque constante en hiver. Un climat qui conserve bien.

La musique de Lekebusch ne prend pas une ride. Et lui continue de s’amuser, pratiquant le studio comme un écrivain ne se sépare jamais de son texte : un petit peu, tous les jours. « Le malheur des hommes vient d’une chose, écrivait Pascal, c’est de pas savoir demeurer en repos dans une chambre. » Sortez votre copie double, vous avez deux heures.