INTERVIEW – Deux années déjà que le label bilingue Fluctuat Records nous raconte des histoires musicales européennes et latines. À l’occasion de leur anniversaire, le fondateur de cette fusion esthétique, Jules aka CoqMan, nous offre en quatre parties une compilation plutôt énervée. Le 15 avril sortait déjà la PART ONE avec la participation de Dica, Andres Gil ou encore 14anger. Le 30 avril sortira la PART TWO. Afin de le remercier pour ce récit aux formulations brutes et ponctuations frappantes écrit par plus de 40 artistes, nous sommes allés à sa rencontre.


Avant tout, un grand merci à toi Jules d’avoir répondu à nos questions.

FLORA : Fluctuat Records est un label reconnu pour sa forte connexion entre l’Europe et l’Amérique Latine, peux-tu nous dire quelle est la raison de la relation entre ces deux continents ?

JULES : L’Amérique Latine a été ma maison pendant cinq ans. Là-bas j’ai découvert de nouvelles cultures entre le Mexique et la Colombie, énormément d’artistes talentueux et un tas d’influences inspirantes. Donc créer Fluctuat Records c’était l’occasion de faire connaitre ces producteurs en Europe et vice versa. Grâce à la musique on voyage et on collabore sur des projets comme le V.A. d’anniversaire et d’autres. C’est super intéressant ! On en est encore qu’au début de l’aventure mais l’idée c’est de renforcer nos liens et de pouvoir créer une réelle passerelle d’échange entre les deux continents.

Fluctuat Records 2nd Anniversary V.A. (Part ONE) 14anger / Andres Gil / CoqMan / Dica / F.R.A.N / araossa / Konjunction / Nanø Rinnegatø / Oyhopper / Rotwang / Souls Tide Zone / Zaphy

F : Comptes-tu conquérir d’autres continents ?

J : Conquérir non ! Ce n’est pas un mot qu’ils affectionnent vraiment en Amérique Latine.  Je ne suis pas fermé à l’idée d’intégrer des producteurs d’autres continents, mais pour le moment on se focalise sur ces deux là. C’est vaste déjà !

F : Peux-tu nous décrire l’évolution de la scène Techno en Colombie et son lien avec l’Europe ?

J : Quand je suis arrivé en Colombie, j’ai tout de suite senti l’importance de la musique électronique dans le pays. Après l’Amérique Centrale le contraste était assez flagrant. J’ai découvert une scène en plein boom qui m’a vraiment séduit. Évidemment ça fait des années que l’électro se développe, la trance à eu son heure de gloire au début des années 2000. Des mecs comme Tiesto remplissait des stades… Mais le crew qui a vraiment fait bouger les choses c’est Bogotrax ! Dès 2004 le collectif a commencé à faire des raves underground dans la capitale. Très rapidement le mouvement a pris un ampleur sociale, dénonçant corruption et inégalités dans le pays. En 2006 des producteurs des 4 coins de l’Europe étaient présents pour participer aux événements, ateliers et conférences. Je pense que c’est ça qui a vraiment marqué le début des échanges entre nos scènes respectives.

Bannière du Festival Medellin Music Week

F : Quels artistes/labels latinos t’ont le plus inspirés pour monter ce label en Colombie ?

J : C’est Hexagone Underground, le premier label colombien sur lequel j’ai signé, qui m’a donné l’envie de me lancer. Après ça j’ai reçu pas mal de conseils de collègues comme Sebastian Ossavelas et Jaraossa, deux frères qui ont été dans les premiers a signer chez nous, ils gèrent eux-mêmes leur propre label, RT60. Andrès Gil (Refluxed, Colombie) et Bruno Ledesma (Concepto Hipnotico, Argentine) ont été aussi des sources inspirantes avec lesquelles j’ai travaillé par la suite. Que des labels que je vous recommande chaudement !

F : Fluctuat Records fête ses deux ans cette année, quels sont pour toi les moments phares de 2019 ? 

J : 2019 a clairement été l’année où tout a décollé ! Elle a commencé au Mexique, où j’ai passé quelques mois avec mon ami Santiago Duque (VJ Synestesic). Là-bas on a développé l’identité visuelle du label à travers ses performances. On a pu faire connaître le nom de Fluctuat en collaborant entres autres avec Beatamin et surtout Pervert Mx, les organisateurs des soirées les plus déjantés de Mexico City !!
En Mars on a été invité à faire partie de première Medellin Music Week. Une semaine regroupant toutes les branches de l’industrie musicale autour de conférences, ateliers, performances et soirées. Le label a participé à travers des showcases aux cotés de Refluxed au MUTE, un des meilleurs clubs de Colombie. Pendant les conférences de business on a aussi présenté une performance visuelle audio-réactive baptisée LUMINØIZE avec Synestesic toujours.
Et pour finir l’année en beauté, une tournée en Europe avec Euyinn et Santiago. À Berlin, dans plusieurs villes en France et à Vienne le 31 décembre. Mais c’est évidemment notre soirée au Rex Club avec MOTH, Euyinn, H.Mess & PennKal qui restera mon meilleur souvenir de 2019 !!! Tout était impeccable. Le staff, le son et le public. On a été vraiment super bien reçu !

VJ Synestesic, Freedom Festival, Medellin

F : As-tu d’autres projets coopératifs tel que ce V.A dont tu souhaites partager avec nous ?

J : Rien de semblable au VA ! En revanche des nouveaux projets fleurissent du coté de Nantes et Rennes. Avec les artistes de mon agence de booking, Esprits Sauvages, et avec d’autres labels/collectifs comme Mikrokosm et DDC Productions. Des colab’ aussi avec Euyinn (3Ӿ1000), Dica, Vendex et d’autres.

F : Selon toi, quelles sont les artistes d’Amérique Latine à absolument suivre de près ?

J : Question difficile… Je vous recommande évidemment tous nos artistes ! Si vous voulez découvrir ce qu’ils savent faire de l’autre coté de l’Atlantique, nos releases vous donneront une bonne idée de leur talent ! Et si vous en voulez plus, je vous conseil trois labels Latinos à suivre de près : ALSS, Al3 Movement & Gomboc, des sources intarissables de très bonne qualité !

F : Dû à cette période difficile, certaines de tes dates en Colombie ont malheureusement été annulées… Prévois-tu de les reporter ?

J : Oui… Une dizaine de dates en effet. La frontière colombienne a fermé quelques jours avant mon vol. Je devrais y être en ce moment d’ailleurs. En plus de cette tournée, une autre était prévu pour l’été avec 14anger et Minimum Syndicat (qui ont rejoint le label récemment). Compromise également…J’aimerais commencer à reprogrammer tout ça mais on a encore trop peu de visibilité… C’est assez frustrant !

F : Quels sont les objectifs futurs que tu souhaites atteindre avec Fluctuat Records ?

J : Le prochain objectif, c’est de commencer à éditer des vinyles. Je suis sur le coup. J’aimerais pouvoir presser une édition collector du V.A. avec les titres les plus écoutés sur un joli double 12’’ ! Puis passer à la production régulière. C’est en cours d’étude.

F : Si tu pouvais décrire Fluctuat Records en trois tracks et/ou artistes, quel(le)s sont-ils/elles ?

J : En numéro 1, Sebastian Ossavelas, premier artiste colombien sur le label. Un producteur discret sur le plan scénique. Il a toujours privilégié le studio et s’applique tout particulièrement à faire en sorte que ses morceaux soient uniques et parfaitement construits !

En numéro 2, notre première signature en France : DICA. Notre acid avenger à nous ahah ! C’est sur Fluctuat qu’il a sorti son 1 EP, ‘’Disorder’’ en janvier 2019. Depuis il n’arrête plus. On travaille régulièrement avec son crew, Mikrokosm.

Le troisième est un remix de Zaphy (représentante chilienne du label), fait avec mon projet 3Ӿ1000 dont je vous ai parlé plus haut. C’est un track qui illustre bien les collaborations et les échanges que nous essayons de mettre en avant au sein du label !


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