Voici une actualité un tout petit peu datée, mais je vous rassure il y a une bonne raison. Alors aujourd’hui pas de star ni de paillettes, on vous présente le nouvel EP de Fen D’arioto, producteur made In France et fondateur du label indépendant le Renard Records. Pour ajouter un peu de piquant à tout ça, on a envoyé quelqu’un lui poser quelques questions, une bonne manière d’avoir, selon nous, un avis objectif et pertinent sur l’état de l’industrie et de la scène parisienne.

Commençons par le début : Consciousness, une œuvre en trois actes au titre évocateur.

1er acte : « l’original mix » du titre éponyme démarre cet EP et en est la pierre angulaire. Cette track donne le ton. Un synthé en apesanteur et des hats omniprésents, la nappe nous accompagne du début à la fin, donnant sa dimension spatiale à la composition.

2ème acte : Globalement moins convaincu par le remix fait d’Onetram, qui semble à mes yeux manquer d’un petit quelque chose.

3ème acte : Fen reprend les commandes avec Escape. Moins rapide (120 contre 124 bpm pour consciousness), il laisse le dramatisme de côté pour explorer une face bien plus groovy, mais toujours aussi sidérale.

Une sortie en somme très très propre pour D’Arioto qui nous sert ici deux productions complémentaires et cohérentes.
Un bel exemple de ce que l’underground parisien a aujourd’hui à offrir. Loin des sonorités qui inondent le secteur, d’Arioto signe une œuvre avec un parti pris, qui s’inscrit dans une temporalité créative comme un élément d’une discographie.

INTERVIEW 

A quand remonte ton implication dans la musique ? Quel en a été le moteur ?

J’ai 30 ans cette année. J’ai commencé la musique électronique l’année de mes quatorze ans. J’ai passé sept ans au conservatoire, cependant le rythme et la compétition ont fini par rendre la pratique de l’instrument désagréable. Par chance, le fils de ma belle mère était Dj et jouait de la techno. Comme j’étais passionné de nouvelles technologies et que j’était plutôt branché futur, j’ai trouvé que ça me correspondait vraiment. A coté de ça, j’ai eu une période scolaire assez chaotique car j’ai été rapidement en avance. J’ai eu beaucoup de mal à trouver ma place, fait beaucoup d’écoles spécialisées. Je me suis retrouvé à onze ans en troisième  pour finalement faire un « burn-out », je ne voulais plus y mettre les pieds. C’est aussi à cette période que je me suis réfugié dans la musique électronique, c’est devenu quelque chose d’essentiel, de stimulant, de motivant et d’assez addictif.  J’ai eu la chance d’avoir du matériel tout de suite, mon père m’a acheté des MK2 quand j’avais quatorze  ans et une bonne table de mixage.

Quelles-sont tes influences ? Tes influences d’avant et tes influences d’aujourd’hui, d’où est ce que tu viens et d’où te revendiques-tu ?

Avant la musique électronique, essentiellement le jazz et la New Wave, rarement le rock. Après pour ce qui est de la musique électronique, principalement la scène américaine, Underground Resistance, Drexciya, Plus8 (Aquaviva & Hawtin). J’ai un coté plus américain, voir italien avec des artistes tels que Mauro Picotto que Français. La période new beat anglaise m’a vraiment beaucoup influencée aussi, sans oublier mon grand amour, la disco !

C’est quoi ta came cachée, le truc que tu kiffes mais que t’écoutes jamais ?

En came cachée, j’aime (rire), un joueur de harpe qui s’appelle Andreas Vollenweider,  le mec est un tueur.

Aujourd’hui tu as un boulot, comment vois tu la production musicale ? Comme une passion qui nécessite de rester comme telle pour garantir une certaine spontanéité ? Ou comme devant être le centre de ton activité ?  

J’en ai fait, à un certain niveau, le centre de mon activité. Pendant de longues journées, de longues années. Si tu veux faire ça de manière professionnelle, il faut avoir une attitude de prod pro, produire tout les jours, avoir des plannings, savoir faire des choix (jeter une track dans laquelle tu t’enlises par exemple). Le passionnel de fond se mêle à du professionnalisme de forme. Si tu es chez toi, tu dois être effectif, tu ne peux pas te permettre de pas toucher une machine pendant 2 mois.

Cet Ep, j’aimerais en savoir un peu plus sur ce qu’il représente pour toi, j’ai envie de comprendre l’intention artistique alors pour ça je vais te demander quelques petites choses un peu abstraites.
Si tu était un sculpteur, et que ton Ep était une sculpture, quel matériau aurais-tu choisis pour le réaliser ?

En météorite.

Si tu étais un peintre, quel aurait été la couleur dominante ?

Bleu pétrole.

Si ton Ep était humain,  ce serait une femme ou un homme ?

Ce serait le surfeur d’argent !

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On a parlé de ta vocation à créer des œuvres, parlons maintenant du soutien que tu apportes à de « jeunes artistes ». Là aussi question bateau, d’où t’es venu cette volonté ? Seulement une évolution logique des choses ?

Ce qui est certain c’est que le fait d’avoir créé le label, ça correspondait à une conjoncture dans l’industrie de la musique. C’est à dire que quand mon niveau de production est arrivé à maturité, malheureusement, je ne peux pas dire que j’avais « loupé le coche », mais étant donné que l’industrie était devenue de plus en plus exigeante et que les ventes commençaient à baisser, il ont fait le choix de sortir en grande majorité des artistes confirmés. A mon avis, plein d’artistes talentueux sont passés à la trappe à ce moment la. Moi ce que j’ai décidé de faire c’est donc de créer ma propre entité, pour soutenir des artistes qui étaient dans mon cas, qui passaient parfois entre les gouttes mais qui faisait de la musique de qualité.

Quels sont les processus de « recrutement » ? Quel est l’élément que tu retrouves chez chacun de tes artistes et qui légitime leur place dans ta structure ?

Alors il y à plusieurs critères :  l’inspiration, dans quelle direction va l’artiste. Quelles sont ses influences ? j’essais de rassembler des gens cultivés, pas des gens qui font des tracks dans la tendance, mais plutôt des gens qui cherchent à produire de la musique avec une dimension intemporelle, comme l’on fait par exemple Maurizio ou Basic Channel.

Actuellement quand on dit Paris, les personnes du milieu musical électronique que l’on peut considérer comme averties, répondent Techno. Il est clair qu’il se passe quelque chose qui semble durable. Est-ce que tu te sens comme faisant partie intégrante de tout ça, est ce que tu sens un soutien des autres entités (Club, promoteurs) ? Est-ce qu’il y a vraiment un mouvement de fond ou est ce que l’on est toujours fidèle à cette superficialité parisienne (et française) ?

Je ne pense pas que ce qui est parisien et français soit superficiel, la différence aujourd’hui c’est que Paris à découvert de nouveaux artistes, une nouvelle façon de voir la musique électronique. Paris s’est ouverte sur le monde mais en restant fermé, parce que les gens qui se sont ouverts sont les mêmes organisateurs. Ils feront jouer toujours les mêmes personnes. Je trouve bien triste qu’il y ai peu de nouveaux jeunes qui jouent. Malheureusement le facteur relationnel est toujours important, c’est ce qui me gène un peu, mais je pense que le monde est comme ça. Je trouve que Paris s’est ouverte au niveau artistique, bien qu’elle se cantonne souvent à cette techno dure et industrielle, cela manque de diversité. Mais finalement, les promoteurs se basent sur des créneaux à la mode dans le monde entier et  font la même chose qu’avant, sauf qu’aujourd’hui, il y a une nouvelle génération de jeunes prête à sortir alors que pendant une dizaine d’années il y a eu un creux.

On peut dire qu’il y a un renouveau de la culture club, mais pas des DJ ?

Voilà, les acteurs sont les mêmes. Par exemple, qui sera le nouveau Djulz dans 10 ans ? Aujourd’hui tu ne pourrais pas me citer un jeune artiste Français qui explose vraiment. Il y a une multiplication des événements de qualité,  d’excellents bookings, mais pour moi cela ne profite en rien à la jeune scène montante.  Aujourd’hui, la scène est portée par les promoteurs, pas par les Dj.