INTERVIEW – Pour célébrer la sortie de son premier projet officiel en tant que productrice, Carla Schmitt a décidé de mêler les arts à travers un clip époustouflant disponible depuis hier sur la fameuse chaine HATE. L’EP de quatre tracks est disponible en digital et en vinyle sur le Bandcamp du label de KET ROBINSON. Ce n’est autre que Felicie, Charlie Sparks, Jusaï et Ket Robinson qui se sont chargés de remixer les deux tracks originaux de Carla Schmitt. Cette dernière nous raconte son parcours ainsi que les rouages du clip en détails, passionnant ! MICRO ON !


Trystan : Bonjour Carla, merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions à l’occasion de cette première release et pas des moindres. Peux-tu commencer par te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas ?

Carla Schmitt : Bonjour Delighted, merci à vous pour l’invitation ! Je m’appelle Carla, 23 ans, originaire de Bordeaux et je suis danseuse professionnelle, DJ et productrice techno. J’ai commencé la danse à l’âge de 3 ans puis j’en ai fait de manière intense dès mes 9 ans.

En 2017, j’emménage à Paris afin de poursuivre une formation sur les techniques musicales à Abbey Road Institute, j’ai enchainé dans la danse en me formant seule au début, dans le but de découvrir un maximum de styles car j’étais très axé sur la discipline « Ballet ».

J’ai passé une audition en 2019 au Centre des Arts Vivants pour intégrer la formation Intensiv créée par Sabrina Lonis, puis je suis partie quelques mois avant le second confinement à l’Académie Internationale de la Danse (AID), pour une formation avancé Apprenti. J’ai pu avoir l’occasion de travailler sur de nombreux projets en parallèle, tels qu’avec le photographe Dani Olivier ou pour le clip de Pink Noise « Papa Belly » réalisé par Kim Chapiron sorti lors du premier confinement.

Au cours de l’année 2020, j’ai commencé à réaliser mes propres projets vidéos de danse avec le soutien de Daymolition pour la série VALIDÉ et pour l’artiste Rone réalisé par Illan Dupont. La dernière vidéo a été réalisée à Bordeaux, I’m Walking in the Dark d’Ellen Allien que vous pouvez retrouver sur mon Instagram.

T : Ta carrière de DJ/productrice est relativement récente. Peux-tu nous raconter comment tu en es arrivée là en si peu de temps ?

CS : Alors oui et non ! J’ai commencé le Djing à Bordeaux à l’âge de 17 ans sous l’alias XØXI et j’avais ma résidence au Redgate maintenant appelé Parallel. Par la suite, j’ai fait la rencontre des fondateurs du collectif Exil avant de m’installer sur Paris. Ça été un réel coup de coeur entre nous, ils m’ont proposé de faire un de leur warm-up au Magazine Club à Lille avec Keith Carnal. En arrivant sur la capitale j’estimais que j’avais besoin de prendre du recul et de vraiment réfléchir à ce que je voulais faire dans la musique, c’était pas du tout le même univers que j’avais pu voir auparavant ! Alors j’ai décidé de mettre cela en veille le temps de me concentrer sur ma danse et de mûrir dans mes projets.

J’ai commencé la production en intégrant Abbey Road Institute, puis je prenais des cours particuliers mais avec la danse j’avais vraiment du mal à gérer mon emploi du temps qui était constamment chargé. J’étais à plus de 30h de danse par semaine, sans compter les répétitions tardives et j’enchainais les petits boulots dans la restauration. J’ai donc dû faire des choix et prioriser les choses. Je me suis remise à 100 % dans la musique lors du second confinement, j’ai branché l’un de mes anciens disques durs et je suis retombée sur tous mes anciens projets musicaux, ça a été le déclic instantané ! Ni une ni deux, j’ai enregistré un podcast sur mon compte Soundcloud. Théo, un des fondateurs d’Exil a envoyé ce que je faisais au fondateur de La Quarantaine. On s’est téléphoné, je lui ai raconté mon parcours, ce que je prévoyais pour la suite dans la musique et mon envie de revenir sur les devants de la scène. Après cela il m’a proposé de faire un livestream dans les locaux de Shotgun et j’avais carte blanche sur l’univers que je voulais présenter. J’ai contacté Jeanne Juffroy aka Daffodils et je lui ai proposé de collaborer avec moi en présentant un VJing 100 % danse avec la participation de plusieurs danseurs français et internationaux. Je voulais proposer quelque chose de différent, qui me ressemble. C’est très important que mon public découvre mon univers avec ma sensibilité en tant que danseuse. Je ne voulais pas proposer seulement une prestation Djing, mais un spectacle immersif autour de ma passion avec l’envie de mettre en avant le travail de Jeanne, d’autant plus qu’elle est très sensible à cet art. Puis tout s’est enchainé très vite après la diffusion du live, ça a été un gros boom !

Je ne peux pas vraiment expliquer comment j’en suis arrivée là aussi vite, on m’a déjà posé la question et j’ai du mal à y répondre, je ne m’en rends pas compte à vrai dire. Pour moi, je suis juste une artiste passionnée et qui fait se qu’elle a envie de faire, j’ai beaucoup travaillé évidemment, mais j’ai surtout la chance d’être bien entourée et d’être soutenue dans ce que j’entreprends. C’est ce qui me donne la force d’avancer et proposer des choses nouvelles.

T : Le 1er juillet paraîtra donc ton premier projet en tant que productrice. Ce n’est ni plus ni moins qu’un vinyle de 4 tracks qui arrive dans les bacs, avec notamment des remix de Felicie et Charlie Sparks. Peux-tu nous parler de ce projet ?

CS : Ce projet est né durant le second confinement, je n’avais plus la danse comme moyen d’expression, ça été très dur pour les artistes d’être à l’arrêt du jour au lendemain et j’étais tout simplement fatiguée par tout ce qui se passait. Je suis une personne de nature anxieuse, très sensible, avec beaucoup de craintes, puis un jour j’ai eu un déclic. C’était le moment pour moi de me replonger dans la production et de laisser parler mes émotions vu que je ne pouvais pas le faire en dansant. De base j’étais partie pour sortir un seul morceau, My Fears, qui raconte l’histoire d’une femme sous l’emprise de ses peurs et de son anxiété. Je l’ai écrit tout en imaginant un scénario pour un projet de danse ! Puis en parlant autour de moi, en y réfléchissant, j’ai voulu voir plus loin.

J’ai pris contact avec Felicie, qui est une artiste que j’avais rencontrée auparavant avec qui ça avait accroché, je lui ai parlé du projet et elle a accepté, tout en m’épaulant. Vu que je voulais faire un clip, il était évident d’en faire un vinyle, j’ai ensuite commencer à produire le track My Mind, basé sur un bordel constant de mon esprit. J’ai contacté Charlie Sparks pour le remix de ce track, en lui parlant de la totalité du projet. Après quelques échanges et des démos échangées, il a accepté. Alors j’ai commencé à regarder des petits labels sur Paris puis j’ai rencontré Ket Robinson (KR Records), on a discuté, il a écouté l’intégralité de l’EP et c’est fin mars que l’aventure commence réellement !

Ce projet n’est pas juste un EP, c’est une histoire, un combat du quotidien, une morale.. et c’est ce qui est retranscrit à l’image dans mon clip à travers l’acting et la danse.

Carla Schmitt

T : Tu as décidé d’illustrer ton morceau My Fears dans un clip, où on te voit danser avec d’autres protagonistes d’ailleurs. Peux-tu nous raconter comment t’est venue l’idée de sortir un clip ?

CS : L’idée m’est venue naturellement et logiquement à la fois. Je ne pouvais pas sortir un EP sans qu’il y est une histoire derrière. Depuis très longtemps je pensais à faire une corrélation entre mes deux univers, la danse et la musique techno.

T : C’est Jeanne Juffroy qui a réalisé ton clip, on rappelle que c’est également elle qui a réalisé le dernier clip de Cassie Raptor, Importing Histories, comment êtes-vous parvenues à collaborer toutes les deux ?

CS : On s’était déjà rencontrée auparavant et j’ai directement sentie sa sensibilité en tant qu’artiste, ça m’a interpellé. J’ai ensuite vu son travail à travers ses visuels et le clip qu’elle a réalisé pour Cassie Raptor, j’ai trouvé son potentiel énorme, alors je l’ai contacté en lui proposant ce projet avec mon histoire, les envies que je voulais partager et c’est à partir de ce moment que nous avons commencés à collaborer. Jeanne est, elle aussi, une ancienne danseuse, donc ça a collé directement !

T : Peux-tu nous expliquer les étapes de la réalisation du clip en quelques lignes, est-ce que tu as participé au scénario? Quels sont les moyens mis en œuvre ?

CS : La première étape a été de commencer à créer le morceau. Par la suite, j’ai écrit mon histoire et présenté un dossier artistique avec toutes les informations nécessaires, dont les personnes qui participent au projet, les ambiances souhaitées, les idées de tenues/maquillage, les lieux etc…

Gabriel Elbaz, danseur incarnant le démon de Carla

Le scénario a été écrit par moi même en premier temps, afin de poser une base et ensuite pousser au maximum l’histoire que je voulais raconter.
Jeanne a ensuite remodelé le scénario et créé le personnage de Gabriel qui est une sorte de démon anxiogène. Elle est venue apporter ses idées à travers sa vision artistique sur ce que je lui avais présenté. Par la suite nous avons constitué notre équipe selon les contacts que l’on avait et tout s’est fait petit à petit jusqu’au tournage ! En parallèle, je me suis occupée des chorégraphies des danseurs tout en les mettant dans leur personnage car ce sont aussi les acteurs du clip. Seul Gabriel Elbaz n’était pas danseur, alors je l’ai formé et il a apporté ce petit plus à ce projet, c’était une belle rencontre artistique et un beau mélange entre tout le monde ! Puis quand tout était prêt, nous avons pu commencer le tournage, ce fut très intense et une superbe expérience. Après des mois de travail, c’était enfin le grand jour, sacré émotion. Puis, il y a le montage et l’étalonnage.

« De la présentation du projet jusqu’au montage, il y a eu plus de 7 mois de travail.« 

T : On sent qu’il y a une histoire à travers ce clip. Quel est le message, l’histoire, que tu as souhaité transmettre ?

CS : J’ai voulu me baser sur ce que je vis depuis très jeune, c’est à dire mon anxiété, mes peurs, qui me poursuivent, tout en y intégrant ma personnalité en tant que danseuse et productrice. Avec le confinement, beaucoup de personnes ont développé des effets anxiogènes et de dépression. En tant qu’artiste, j’avais le besoin de m’exprimer et d’apporter un message au public en parlant de ce que je vivais.

Malgré tout ça, j’ai réussi à créer ma force et à avancer dans la vie tout en ayant confiance en moi et c’est de ça, l’histoire du clip. Nous rentrons donc dans l’intimité d’une jeune femme, une danseuse aux multiples affluences. Indécise et perplexe, ses pensées se combattent au quotidien afin de se positionner, son anxiété l’envahie et lui pèsent au quotidien. C’est alors qu’entrent en jeu ses deux personnalités, à travers une danse contemporaine, fluide, sensuelle, hargneuse et délicate. La jeune femme est confrontée à ses propres démons et ses passions qui s’interposent dans son esprit. Au fur et à mesure de l’histoire, une certaine noirceur grandie et prend place dans son corps à travers son anxiété. Mais sa douceur et légèreté se complètent en mettant en avant sa force d’esprit, afin de laisser place à sa vraie personnalité qui grandit en elle. Ce voyage spirituel continue vers un ressenti à travers ses propres crises d’anxiétés et de ses angoisses.

Teaser officiel du clip My Fears.

T : On y croit, les open air arrivent en masse cet été. Quels sont tes plans ? Déjà des dates de prévues ?

CS : Je compte sortir un de mes morceaux, intitulé The Dust, courant Juillet. On pourra également me retrouver le 17 Juillet à Pisica !
Il y’ a d’autres projets et des dates en cours mais pour l’instant je ne peux pas en parler… Stay Tuned 🙂

T : Peux-tu nous révéler tes projets artistiques ? Dans la musique ? Dans la danse ?

CS : Je préfère rester discrète sur ce qui va arriver prochainement que ce soit sur le plan musical ou le plan de la danse, mais je travaille sur mon deuxième EP, je vais continuer à bosser sur des projets vidéos de danse que ça soit en tant que chorégraphe ou en tant que danseuse. Pour le reste je garde la surprise ! Vous découvrirez cela au fur et à mesure…


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