Que vous soyez puristes ou novices, si vous faites un tant soit peu attention aux artistes présents dans les soirées, le nom d’Electric Rescue ne peut pas vous être inconnu. Depuis des années, les tempêtes Skryptom, dont il est le résident, déferlent boulevard Poissonnière et ses soirées Play investissent des lieux hors du commun. Figure majeure de la techno française, son « Whooo ! » issu du hit Dope a marqué l’année 2011 tandis que ses productions s’exportent aujourd’hui avec aisance dans les sacs des DJs les plus influents. Une belle carrière de producteur, une place de choix sur la scène parisienne, s’ajoute à cela son rôle de soutien, via son label, sur lequel figurent aussi bien des artistes de renom (Laurent Garnier, John Digweed, Julian Jeweil) que des stars montantes (Maxime Dangles, Traumer). Un artiste complet qui sort aujourd’hui son nouvel EP sur Affin, la maison de Joachim Spieth que nous vous avions présenté il y a quelques semaines.

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Electric Rescue est un producteur plus que prolifique puisqu’il comptabilise une quarantaine d’EP à son actif, loin de s’enfermer dans une seule structure, il dialogue avec plusieurs labels et y sème ses productions.

« Je ne rentre pas dans des moules de labels, je fais ce que j’ai envie, ce que je ressens. Je ne fais rien sur commande, ça doit être un point de rencontre entre le label et moi, une rencontre naturelle sans calcul ni effort, une rencontre sincère ».

Une absence d’attache qui se caractérise par un besoin de liberté, il reste fidèle à certains labels comme ses potes de chez Bedrock ou B-trax, mais ne s’enferme en rien. Dans cette quête de renouvellement, il a posé ses valises chez Affin, un choix qui coïncide avec une volonté de changement dans sa manière d’aborder la production musicale.

« J’ai pris la décision l’année dernière de ne plus sortir autant de disques qu’avant et de privilégier quelque labels avec lesquels je sens une connexion, Affin en faisait parti. À la troisième démo envoyée, Joachim Spieth m’a dit « go » et nous avons décidé de faire un bout de chemin ensemble. J’aime beaucoup le label, je joue quasiment toutes leurs sorties. »

C’est donc sur ce label qu’il apprécie particulièrement que sort Eridani, juste après les sorties d’Arnaud Le Texier et Joachim Spieth himself.

Les trois tracks de l’EP sont à la suite dans cette playlist

À la question « si vous aviez été sculpteur, dans quel matériau auriez-vous confectionné votre EP ? », voici sa réponse : « Une sculpture en béton, une sculpture urbaine ». Depuis quelques années, les mélodieuses envolées électro ont laissé leur place à des compositions plus industrielles. La musique d’Electric Rescue n’y coupe pas, elle aussi s’est radicalisée, mais sans perdre son identité puisqu’à la question « si vous aviez été un peintre, quelles couleurs auraient été prédominantes ? », il répond : « Bleu électrique et gris ». On change difficilement sa nature même si le mouvement général nous pousse inexorablement vers de nouveaux horizons.

 

Et si étiez en cours de géométrie, quelle forme aurait prit votre EP ? « Des formes alliant des droites et des angles très saillants mais plutôt complexes donc sans nom, enfin en tout cas sans nom que je ne connaisse », nous dit-il. Lui-même peine à définir la forme, mais j’aime à croire que cela ressemblerait à ça, un signe de constance.

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Pas étonnant que Spieth ait jeté son dévolu sur ces trois tracks, elles sont en parfaite adéquation avec le catalogue du label. Un EP équilibré entre mélodie hypnotique à la Keith Carnal pour le titre éponyme, puissance brute made in Berlin avec Crater, et cette touche dub qu’il affectionne sur Rinn (ma favorite). Maintenant une question se pose : Où va t-on ? Où va t-on après dix ans de production ? Electric Rescue a déjà répondu en partie à cette question l’année dernière en sortant son album Sonic Architecture.

« Je m’éloigne à chaque album du dance-floor, ce format me donne un espace de création beaucoup plus important, j’y exprime mon côté electronica et j’y prend énormément de plaisir. Depuis les années 80, cette musique faite de voyage a toujours été présente, pourtant j’ai toujours plus mis en avant mon côté rave ou dance-floor. Mais je suis à un tournant de ma carrière ou l’envie de nouvelles expériences se fait sentir. »

Il annonce donc le lancement d’un nouveau pseudo, Kloder dont l’album 100% electronica est presque terminé, une façon pour lui d’exprimer encore cette soif de liberté qui l’anime mais aussi de revenir aux fondamentaux, à ce son qui l’a accompagné depuis presque 30 ans.

« Ceux qui me suivent de prêt savent que j’aime faire voyager les gens, et voyager avec eux. »