HUMEUR – L’argot de métier est un vocabulaire propre à une profession, à une discipline ou à une activité, généralement inconnu du profane ; la techno ne fait pas figure d’exception et possède son propre jargon. A Paris, elle est conjuguée avec une soif intarissable d’avant-garde.

La techno comme langue universelle

Dans une société qui s’affranchit toujours plus des contraintes matérielles, temporelles et spatiales, l’essor des musiques électroniques n’est pas anodin; parce qu’elle n’est pas fondée sur un texte mais simplement sur des sonorités, la techno peut facilement s’exporter. L’absence de paroles ne l’empêche pas de pouvoir raconter une histoire, faire passer un message ou une émotion, bien au contraire. C’est là que réside la force de ce genre musical. Elle peut être comprise de tous, aux quatre coins du globe. En cela la techno peut prendre des airs de langue universelle.

Un jargon à plusieurs étages

Pendant que la musique joue sans parole, les adeptes du genre parlent, discutent et conversent.

Tout d’abord, on s’attache à décortiquer la musique elle-même, et de bon cœur. La description coupera souvent court et se limitera à quelques « nan mais ce drop! », « whouah quelle basse! » ou encore « putain mais cette nappe de malade! » sans oublier « ohlalalalala!! ». Bref, c’est pas toujours évident de mettre des mots sur ses impressions en teuf.

Ensuite, le langage du teufeur subit la première conséquence du mouvement de globalisation dans laquelle la techno s’est étendue. Il s’agit d’une musique du vingt-et-unième siècle, et au vingt-et-unième siècle tout le monde parle l’anglais. C’est pourquoi les termes génériques sortant de la bouche d’un teufeur sont tous en anglais. Du hi-hat au breakbeat, de l’ambiant au snare, de la bass line à la house, l’anglais est partout… sans qu’un anglais hermétique à la musique électronique puisse y comprendre quelque chose.

Dans la bouche des orga

Le 24 février 2017 un organisateur de festival à Paris postait « Un set musclé qui a su ravir les nombreux early comers présents dans la Squarehouse samedi soir ». Tout est dit. Ou presque. L’orga ne parle plus que de warm-up, de peak-time, de closing, de Dj-set, de guestlists, de vinyl-only. Loin de regretter une France où le français resterait l’unique source de langage, il est tout à fait curieux de remarquer que quelques-unes de ces nouvelles expressions à consonance britannique sont parfois utilisées à mauvais escient. Au point de déformer le sens initial du terme anglais. L’exemple le plus parlant c’est la before, cette soirée précédant une soirée que les anglophones appellent pre-drink party ou warm-up party.