Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce mois de décembre aura été chargé en événements.
Sur le podium des actualités : Noël, le nouvel an, et notre sujet du jour, une magnifique sortie sur Clone Classic Cuts, ce sous label de Clone Recordings qui s’attèle à donner une nouvelle jeunesse aux tracks oubliées qui ont marqué l’histoire de la musique électronique. Et comme cadeau de Noël, il nous offre le quatrième et dernier volet de la série Journey Of The Deep Sea Dweller.

Les-drexciyansles Drexciyans

Commençons par le début avec un petite mise en contexte. Drexciya est un duo originaire de Detroit. Affilié au mouvement Underground Resistance, ils ont contribué à définir la techno de Détroit au milieu des années 90. Leurs compositions font partie d’un tout, comme l’a fait George Lucas avec le cinéma, ils ont façonné un univers artistique basé sur des métaphores mythologiques nourries de science-fiction. En accord avec leur vision créatrice, ils sont restés éloignés de toute médiatisation et l’on ne connait finalement pas avec certitude la composition du groupe.

« If you think about it, water is the most powerful element,
the sea is full of uncharted territories »
(Si l’on y réfléchit, l’eau est le plus puissant des éléments,
la mer regorge de territoires inexplorés)

L’histoire est la suivante, les Drexciyans sont la descendance d’esclaves enceintes jetées dans l’océan Atlantique. Toutes leurs œuvres sont au service de cette diégèse et s’inscrivent dans un schéma narratif bien délimité. Concrètement, leur discographie n’est ni plus ni moins qu’un récit musical, étalée sur une quinzaine d’EP/LP.

WELCOME TO DREXCIYA

Voilà, le contexte établi, nous allons pouvoir nous plonger dans ce quatrième tome des aventures du monde de Drexciya. Ne nous mentons pas, pour une oreille non éduquée, la plupart des tracks peut être inhospitalière. On est ici avant tout devant une œuvre globale qui doit être prise dans son ensemble.

« We’re trying to get some soul back in the music »
(Nous essayons de redonner une âme à la musique)

Au programme donc dans cette réédition du travail de Drexciya, une compilation de seize titres qui fonctionnent comme une réécriture de l’histoire originelle. On y retrouve deux des titres phares du duo, Mataray et Hydro-Cubes, ainsi que cinq épisodes de la série culte Unknown Journey, exemple parfait du caractère narratif de l’œuvre.

Les influences originelles sont aussi présentes, avec des titres proches du travail de Kraftwerk tel qu’Aquarazorda. Tout comme des compositions plus orientées techno qui témoignent de la diversité créatrice du duo :
Black Sea, balance parfaite entre basse acid agressive, kick omniprésent et un pad d’une douceur incomparable. Dans un registre plus doux et mélancolique, Sighting In The Abyss est tout aussi ravageur. Concentré en deux minutes, une basse terrible et une vocale ecclésiastique. L’excellent Water Walker ne déroge nullement aux standards de qualité.

« We’ve always been wide open to extreme levels of ideas and concepts,
it’s important to have no limitations »

(Nous avons toujours été ouverts aux idées et concepts à un niveau extrême,
il est très important de n’avoir aucune limite)

Clone Classic Cuts offre donc une nouvelle vision du monde de Drexciya. Tout en restant fidèle à l’esprit d’origine, cette compilation donne un nouveau sens narratif dont on ne peut que saluer la cohésion. Arrivé au quatrième volet, on aurait pu s’attendre à un essoufflement mais c’est tout le contraire, il semblerait même qu’ils aient gardé le meilleur pour la fin. Journey Of The Deep Sea Dweller IV (Littéralement, le voyage de l’habitant du fond de la mer) constitue un magnifique hommage à l’une des discographies les plus riches de l’histoire de la musique électronique. Une conclusion aux allures de perfection, tant dans la sélection des morceaux proposés que dans l’ordre dans lequel ils sont proposés. Une anthologie destinée aussi bien aux puristes qu’aux novices, ouverte à tous, fidèle aux préceptes du duo mythique,

« It’s a mental thing, but when the polar cap melts,
everybody’s gonna live in Drexciya »

« C’est quelque chose de mental , mais quand la calotte polaire aura fondu,
nous vivrons tous dans Drexciya »

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