CHRONIQUE – dotwav est une série de paradoxes et d’énigmes. L’improbable rencontre de trois talents issus d’horizons variés, portant la tristesse de leur vie privée passée comme mythe fondateur d’une techno puissante et déchaînée. De cette rencontre, Jannik, Paul et Tim forment dotwav, et le label KONFLKT dans la foulée. En 2015, ils commencent à marquer les esprits avec leur patte sombre et percutante, dans une course musicale où la techno se teinterait de valeurs cathartiques…

Le collectif dotwav nous avait déjà gratifié d’un très cryptique EP « Schmerz » en début d’année 2016, tas de bangers puissants.

De ce fantastique premier véritable envol du label (après un « Über Tage​/​Unter Tage » qui avait fait moins de bruit, même s’il donnait déjà bien le ton) j’avais déjà retenu « Schmerz », track éponyme, et le remix salit à souhait de « Panic Room » par Charlton, un des talents de chez MORD. En deux releases à peine, dotwav avait déjà posé le pied sur le pas de la porte des plus grands. Hier, le 20 Avril 2016, nous découvrions la troisième pépite du label, Stroke (K002).

L’EP ouvre avec Stroke, commençant les hostilités en posant une ambiance profonde, sombre, portée par une basse grasse et ronde et autres voix allant et venant. Le track est riche. Les percussions s’enchaînent dans un four-on-the floor classique, mais menées par une ligne de synthé aiguë au delai hypnotique et un beat de noise venant structurer l’ensemble. On parvient à entendre des pointes acides, et se laisse porter par l’ambiance posée.

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« Jump and Run » rappelle les track « bullesques » de Sleeparchive, encore et toujours rythmé par une basse grasse et puissante. Le track est plus dansant, des claps venant rompre avec le cyclique de départ. Pas forcément le morceau qu’on retiendra, mais il signe et pose encore cette patte caractéristique du collectif.

Un véritable exutoire

L’EP continue avec deux remix de Stroke : un premier remix de Jamie Haus se donne une dimension plus mentale, via l’ajout et emphase donnée aux aigus. Et enfin, l’apocalypse selon Projekt Gestalten Modification. Le second remix vient bouleverser la potentielle monotonie que les accrocs à la violence pourraient ressentir en dopant le titre d’une ligne de basse nerveuse et d’un kick effréné. La course reprend, le rythme, la puissance, tout y est. Les samples et instruments s’entremêlent, autant que les formes d’ondes qui mitraillent et tournoient au point de faire du remix un bombardier capable de tabasser sec, en ayant en plus le culot d’être au passage fin, riche et mental. Véritable exutoire, mais surtout parfait hommage au style de dotwav, qui se dessine avec cet EP surprenant et fascinant.

Le thème de la dualité a beau être un poncif, il reste fascinant, qu’il s’agisse des multiples visages d’Happa, mais aussi de la quête d’obscur clarté de dowav : ce thème est omniprésent parce qu’il nous concerne tous. La lumière et l’ombre, la basse et l’aigu, la douleur et le plaisir. Le collectif dotwav nous plonge alors dans ses ténèbres tourmentées, mais on ne peut s’empêcher d’y trouver des fulgurances de lumineuses beautés. Au delà du mythe, de la dualité, de la cathartique qui enveloppe son histoire, le collectif possède une poétique unique, berçant des titres ravageurs dans un bain de basses graves et pénétrantes.

En peu de mot : on en veut encore.

Get it : https://konflkt.bandcamp.com/album/dotwav-stroke-k002d