RELEASE – Depuis 2014, sous la coupe du Dj italien Kreggo, on avait pris l’habitude de retrouver son label Art-Aud sur les chemins du hardcore, de la rave belliqueuse et de la detroit-tech baveuse. Chaque année, on retrouvait un Secret Rave, rempli de Textasy et de Kreggo, ou de temps à autre, un album ici, un ep là. Le 5 juin dernier, c’est une nouvelle page qu’a voulu tourner le Dj italien, en lançant Enter:Protopost, première release du néo-label.


Quand nous sommes tombés sur Enter:Protopost, la seule vue du nom du label nous a fait frissonner. On se voyait déjà dans un pas encore plus profond dans l’expérience Art-Aud, qui s’était conclue en 2020 – pendant le confinement – sur les deux Music For Balconies et le Polydial du mystérieux Sondail. Mais c’est sur un tout autre ton que l’on nous a parlé : le résultat est très éclectique sans partir dans tous les sens. On sent que le confinement a dégagé chez les artistes des chemins nouveaux, des routes secrètes, nous menant dans des ensembles plus « deep », plus introspectifs, parfois sans enlever la patte « club », mais en se laissant vraiment tomber dans des errements intéressants et originaux.

Le premier morceau 3008 Night Surfin, composé par Kreggo et Train to Eltanin, ne nous laisse même pas respirer une seconde, le mouvement saccadé et lourd d’un kick ronflant et vrombissant prend toute la place dans la pièce jusqu’à un moment de grâce venu de nulle part. D’un coup, d’un seul, une voix qui pourrait nous rappeler Toro Y Moi sous hélium vient souligner le tout avec une grâce toute particulière. Ne vous faites pas surprendre par tous ces éléments qui semblent intervenir sans structure, au gré de la folie des deux compositeurs car on est presque en train d’écouter une sorte de post-pop indé avec un mix très dub, qu’on verrait bien sur WARP, par exemple. La suite c’est Maxwell Simmons qui la prend, l’hypnotique Test160, une hymne tribal-footwork partant de parts et d’autres de la pièce comme une balle rebondissante. Trois minutes de syncopages et de virages anguleux.

Dans A25 de Mi Croevkhas, on plonge toujours plus profond dans l’étrangeté de ce various. Un break et quelques cris profonds d’une sorte de cornemuse électrique nous emmène dans un tourbillon fou, à deux doigts – nous, écoutant – de la syncope. Le mot exact serait une sorte de chamaillerie, « chamanerie » bretonne, style bagad chargée en psychotrope.

Ensuite, toujours dans le thème du vortex c’est le très répétitif morceau break/house Anyways de Loraine James. L’éponyme sample, revient inlassablement sur 4min.11, nous faisant même parfois oublier la déconstruction du beat, qui se gonfle et se relâche tout au long de cette comptine savoureuse. Le Phoneme de The Horn est un ovni. On a l’impression d’entendre un jouet d’enfant, un synthé et une beatmachine Toys’n’rus qui viendrait saupoudrer une electro chaloupée d’une puissance naïve pleine d’énergie.

Pour conclure, Cyclonix nous sert une Majic Soup, un lancinant morceau de club music, un hymne vogue qui aurait laissé s’étouffer la voix du MC pour laisser le morceau à la merci du beatmaker. En somme, une première release pleine de promesse dans laquelle on sent vraiment que la direction qu’a pris Kreggo ici est le parti pris d’une musique des confins, des périphéries, des limites du club actuel et c’est en ça qu’on y a trouvé un salut.


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