Techno recondite-dude-club

Published on mars 17th, 2015 | by Piotr

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Recondite, un cri dans nos nuits

Au lendemain d’un live explosif au Rex Club lors de la Divided Love, Delighted se penche sur le travail de Recondite. Lorenz Brunner est devenu en quelques années le fer de lance d’un courant musical à part entière : la musique électronique mélancolique.

« – D’où viens-tu exactement en Allemagne ?
– D’un petit village de Bavière, tout à l’Est de Munich, dans la Niederbayern. »

Un Rex Club échauffé, une nuit onirique. La musique prend le dessus sur tout et s’empare de chacun. Recondite vient de terminer son live par Levo, dernière perle de son album signé il y a quelques mois chez Innervisions. Il sourit et nous sourions avec lui. Il m’explique brièvement que sa « Heimat » (ses racines) est le berceau de son empreinte musicale. Tout vient de Berg, hameau de quelques maisons reculé de la Süddeutschland. Une Bavière conservatrice, rurale, enfermée dans son bocal, que Recondite révèle dans les clubs du monde entier.

« Jouer avec les machines ne m’intéresse pas. »

Lorenz Brunner a commencé par produire ses propres sons sur son label Plangent Records. Le message de Plangent est clair : « We contribute a platform for deep/melancholic electronic music. » Cela donne des tracks vite remarquée comme Tilia ou Strained. Ses autres productions ont enfin attiré le regard des maisons de disques reconnues comme Innervisions, Dystopian, Ghostly ou Hotflush. Lorenz utilise exclusivement le logiciel Ableton et le reconnaît : l’ordinateur permet une infinité de possibilités, et l’attachement nostalgique aux machines de l’intéresse pas. L’essentiel est de se livrer à corps perdu dans la musique. Le matériel importe peu, c’est l’intention qui prévaut. « Jouer avec les machines ne m’intéresse pas. Ce que je veux, c’est injecter mon état d’esprit, mon ambiance et ma personnalité dans la musique. Si je veux jouer, je joue aux jeux vidéos. »

L’espace, la nature, la solitude

De son travail monacal en studio accouche trois albums de caractère, signés à chaque fois dans une maison de disques différente : Absurd Recordings, Ghostly International et Innervisions. Vingt six titres, hors remixes, qui ne comptent pas un raté. Chaque long format naît d’un univers créé par Recondite autour de ses obsessions : l’espace, la nature, la solitude.

Hinterland est certainement l’univers le plus fascinant tant il invite au voyage dans la campagne bavaroise, l’Hinterland, « Heimat » de Lorenz Brunner. Il faut s’être aventuré sur les routes de Bavière pour percevoir l’imaginaire que crée Recondite dans Hinterland. Une Bavière de lacs apaisés, d’herbes grasses à perte de vue. Puis ces forêts qui tombent comme la nuit et l’horizon crénelé des Alpes comme un décor de théâtre. Il faut écouter Hinterland comme un conte pour enfants. S’abandonner à vivre ces mythologies.

Une nuit dans un club, la victoire de l’instant présent

Recondite est devenu le maître de cette techno mélancolique qui s’avance, bruissante, comme une armée depuis l’Est de l’Europe : la Bohème, les pays scandinaves ou l’Allemagne… Il faut croire que les climats charrient avec eux des brumes de synthés planantes. Dominik Eulberg, Pantha du Prince, Efdemin, Minilogue, Etapp Kyle, Voices From The Lake… Nombreux sont ceux qui puisent dans la nature le nectar de leur musique. Recondite est depuis peu parmi eux. En ne se produisant qu’en live, en n’admettant dévoiler sa personnalité seulement dans la production musicale, il est devenu le meilleur. Et il insiste : « je ne suis pas un DJ. »

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La « melancholic electronic », nouveau courant musical ?

Alors certes la postérité fera le tri. Mais une nuit dans un club techno reste avant tout la victoire de l’instant présent. L’Histoire importe peu en musique puisque la musique est émotion. On peut disserter des heures sur la carrière de tel artiste, sur ses références, son courant musical. L’essentiel est l’atmosphère qu’il dégage quand il produit sa musique en live. Recondite, c’est l’expressionnisme en musique : la création d’une autre réalité qui nous inspire une émotion douloureuse, bouleversante.

Nous voulons croire que la techno mélancolique est devenue un courant à part entière dans les musiques électroniques. Pour s’en abreuver, fouillez les productions de ces quelques labels :

– Dial Records

– Ghostly International

– Hotflush

– Dystopian

– Trolldans

– Traum Schallplatten

– Rough Trade

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Albert Van Abbe dans « l’esprit Recondite »

Et il y en a bien d’autres. Quand à l’actualité fraîche, contentons-nous de celle de Albert Van Abbe, Ostinato, sortie à la fin du mois de février chez le label suédois Trolldans. Quatre titres dans la même veine que les productions de Recondite, qui avait sorti Waldluft (« l’air de la forêt ») chez Trolldans. Une techno dansante, léchée par des nappes envoutantes. Une musique méditative sublimée lorsqu’on la perçoit en live. Recondite sortira un nouvel EP, Think Twice, chez Life and Death au mois d’avril.

Enfin, une anecdote permet encore mieux de saisir l’état d’esprit de Recondite lorsqu’il produit sa musique. Il reconnaît Gustav Mahler, le compositeur autrichien célèbre pour sa symphonie n°9 et la n°5 (bande originale ténébreuse du film de Luchino Visconti, Mort à Venise), comme l’une de ses sources d’inspiration. Par ailleurs, le producteur bavarois ajoute à ses maîtres le peintre expressionniste Edvard Munch et son « Cri ». La musique de Recondite est bien un cri. Celui d’une mélancolie moderne, qui hurle des tréfonds de l’ordinateur dont il puise toutes les alternatives pour trouver la mélodie parfaite.

Dans un article publié dans Challenge, on pouvait récemment lire avec étonnement dans cette presse là :

« Il est impensable de ne pas connaître la musique électronique. Elle seule dit ce que nous vivons et à quoi nos âmes et nos corps sont soumis. Indispensable à nos oreilles modernes, elle seule est réellement contemporaine de ce que nous vivons. »

Aujourd’hui, il est impensable de ne pas connaître Recondite.

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« Le Cri » de Munch, source d’inspiration de Recondite

 

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"ich bin meine Maschine"



One Response to Recondite, un cri dans nos nuits

  1. Barchen says:

    Superbe article et bonnes références ( l’article dans Challenges notamment)

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