Interview par.ok

Published on mars 8th, 2017 | by Romane

0

Pär Grindvik : “ Ohhh que j’aime mon travail ! ”

INTERVIEW – Véritable figure emblématique de la scène nordique, Pär Grindvik fait parti de ces artistes avec qui l’on aimerait parler des heures tant son parcours est exemplaire. Son dernier EP, Sole Survivor est sorti hier chez Weekend Circuit. À cette occasion, Delighted a eu la chance d’échanger avec cet artiste aux facettes multiples.

Propos recueillis par Romane.

(INTERVIEW EN VERSIONS FRANÇAISE ET ANGLAISE)


Ton dernier EP, Sole Survivor est sorti sur Weekend Circuit le 7 mars. C’est ton premier EP solo depuis un petit moment. Pourquoi as-tu choisi de le sortir sur un label qui n’est pas le tien?

J’ai sorti un EP en solo appelé MNEMOSYNE sur mon label, Stockholm LTD pas plus tard qu’en décembre dernier. Toutefois j’ai ressenti le besoin de me connecter avec d’autres nouveaux labels que je trouve intéressant. Michael, qui dirige Weekend Circuit fait du très bon travail avec son label et on avait envisagé que je fasse quelque chose pour lui à un moment donné. À vrai dire, il m’avait déjà demandé en 2015 quand je finissais mon album Isle of Real. Cela faisait un moment que j’esquissais de nouvelles sorties, il faut croire que le timing était bon.

J’ai lu quelque part que tu qualifiais ton album Isle of Real de “autant politique que romantique”. Je me demandais donc si tu t’étais inspiré du contexte politique et social global pour produire Sole Survivor?

J’aime à croire que nous sommes tous assez perturbés par la tournure que le monde prend ces derniers temps. Il y a clairement des influences politiques. Une des choses à laquelle je pense beaucoup ces derniers temps est la manière dont nous nous observons et que nous passons beaucoup moins de temps à communiquer avec des mots. On est tous accrocs à internet, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. On sait exactement ce que les autres font à n’importe quel moment mais d’un autre côté je crois que l’on a jamais autant été déconnectés les uns des autres. On observe tous nos vies à travers des filtres et des hashtags et on ne sait plus distinguer le vrai du faux.
Sole Survivor raconte l’histoire de quelqu’un qui se rend compte qu’il a été laissé à l’abandon tandis que la génération avec qui il a grandit se trouve quelque part ailleurs. Je m’approche de la quarantaine et il est vrai que pas mal de mes collègues ont mon âge voire plus mais à la fois, peu de ceux avec qui j’avais découvert la musique en font toujours.
C’est comme si j’étais le Sole Survivor

Je sais que l’exercice de l’EP partagé ne t’est pas étranger… Je pense notamment au sublime EP que tu as réalisé avec Nihad Tule, Landmarks, à l’automne dernier sur ton propre label. Quelle importance ont les collaborations pour toi? Comment choisis-tu les artistes avec qui tu comptes collaborer?

Ohh, que j’adore les releases partagées et les collaborations en général, elles ont tendance à juste se passer… Il y a quelque chose de très sympa dans l’idée de s’allier à quelqu’un pour une release conceptuelle. J’adore vraiment composer la tracklist en duo pour une collaboration. Comme celle que Nihad et moi avons fait, on a composé tout séparément mais nous nous sommes laissés inspirer par le travail de l’autre. Ce disque a vraiment quelque chose de bien particulier, n’est ce pas?

Carrément! D’ailleurs, je ressens vraiment de la sensibilité, de la beauté, de la mélancolie et aussi de l’obscurité dans ta musique. Comme si chaque son avait une histoire à raconter et était très élaboré. Dirais-tu que cela a à voir avec ton passé d’étudiant en solfège? Peux-tu nous parler de ton procédé créatif?

Et bien, je compose depuis mon plus jeune âge, j’ai aussi passé la majeure partie de mon enfance à étudier la musique sous toutes ses formes. Une grande partie de ce que j’étudiais été lié à l’histoire de la musique et sa théorie. J’aime à croire que cela m’a donné un aperçu de son évolution. J’ai même étudié les techniques de production d’un point de vue historique, ce qui je pense a façonné ma musique. Au final, peu importe le temps passé à étudier, il faudra tout oublier ou du moins mettre cela de côté lors de la composition. Je suis donc mon instinct et essaye de rester fidèle à mes idées premières au maximum, de briser les codes sans être pour autant effrayé. Ma musique ne répond à aucun des codes harmoniques et je pense que c’est ce qui en fait ma musique.

Il n’y a rien de plus chiant qu’un mix parfait.

J’essaye de me voir comme le maître de mon écriture et de mes productions, je n’ai jamais aucune idée de là où cela va me mener ou même pourquoi.
Je suis là pour apporter à ma musique une dynamique qui me parle sur l’instant.

Plus généralement, comment choisis-tu les artistes que tu souhaites produire sur ton label et quelle liberté ont-ils concernant leur direction artistique?

On va dire que ça se passe, tout simplement. Je ne choisis personne, ils finissent juste dans mon radar. Je pense que la plupart des démos / artistes que j’ai signé n’étaient pas les premières que je recevais d’eux. Il ne suffit pas de m’envoyer un email avec 12 tracks, et voilà, on a un EP. J’ai besoin de me sentir connecté à la personne et passer du temps sur leur musique pour voir où cela peut mener.

Je reçois des tonnes de bonne musique que je ne signe pas.

Je pense m’intéresser surtout au contenu le plus discret, et je suppose que cela doit en frustrer quelques uns. La quasi totalité de ce qu’on sort sur le label doit être quelque chose que je me verrais écouter dans dix, vingt ou trente ans et se doit aussi de correspondre à ce que j’aurai choisi dans ma jeunesse. De ce fait, ce ne sont pas toujours les hits ou les sons les plus contemporains qui finissent par être produits. Aussi, je donne parfois des directives, quand je sens que les artistes y sont ouverts et quand j’estime pouvoir les aider dans leur processus de création. Mais cela m’arrive aussi de laisser les choses telles qu’elles sont, je ne forcerai jamais personne à modifier quoi que ce soit. En plus de ma carrière et de mon label, je gère également un label de management d’artistes. Donc je gère des artistes au quotidien.
La clé de la réussite est de mettre ses propres intérêts de côté et de trouver des solutions pour aider les artistes à progresser dans leur voie. Ohhh que j’aime mon travail ! haha

Comment concilies-tu être père, patron de label, producteur et également DJ qui parcourt le monde?

Très bonne question! Comme je l’ai déjà mentionné, je gère aussi d’autres affaires. Pour moi, tout se concentre autour de l’énergie que j’en tire. L’adrénaline obtenue en concrétisant une idée en un produit fini ou juste en voyant le succès des gens avec qui tu collabores.

Parfois, c’est très compliqué d’être vraiment dans le moment, d’être là avec mes enfants tout en gérant des galères sur mon téléphone. Ou quand je n’ai pu dormir que deux à quatre heures tous les soirs pendant une semaine, je sens que mon corps me dit d’aller me faire voir. Je sais exactement quand cela se produit, ma peau commence à me gratter au niveau des sourcils et cette sensation ne s’en va pas tant que je n’ai pas relâché la pression au moins un ou deux jours. D’un autre côté je pense que j’ai la chance de passer beaucoup de temps avec mes enfants comparé à la plupart des parents. Et quand j’arrive à tout concilier et que je véhicule des ondes positives, alors tout en valait le coup!

Je me permets d’ajouter que je ne conseille pas aux autres d’en faire autant, cela fonctionne pour moi et je pense que c’est très bon pour ma créativité, mais ce n’est pas fait pour tout le monde.

Tu as commencé en tant que propriétaire d’un magasin de musique en Suède, puis tu as créé Stockholm LTD en 2002 pour enfin partir t’installer à Berlin il y a plus de 10 ans, est-ce correct? Je suppose donc que tu as vu la scène évoluer énormément dans ta ville natale et en Europe du Nord en général. Quel en est ton ressenti? Te sens-tu connecté à cette nouvelle scène émergente et de plus en plus populaire?

Je déteste l’avouer mais j’ai probablement perdu un peu de ce qui me connectais à la Suède, car le temps s’est écoulé. Toutefois, je suis vraiment impressionné et fier de tous ces nouveaux artistes, labels qui émergent de Suède et des pays nordiques.

C’est vraiment difficile de percer de nos jours, malgré que nous n’ayons jamais été autant connectés.

D’une certaine manière, je les sens bien plus impliqués et dévoués à cette scène que nous avons pu l’être à l’époque de mes débuts. Mais je suppose que c’est un plus pour les artistes et les labels d’aujourd’hui.

Sole Survivor est en vente chez Hardwax : https://hardwax.com/38887/par-grindvik/sole-survivor/


Your most recent EP, Sole Survivor, came out on Weekend Circuit March 7th and is your first solo EP in a while. Why did you pick to release it on a label that’s not yours?

I released a solo EP called “MNEMOSYNE” on my label Stockholm LTD as recently as December last year. However I felt like it was time to connect with some new labels that I find interesting. Michael that runs Weekend Circuit is doing a really great job with the label and we have been having a dialogue regarding me doing something for him for some time. He actually asked me already back in 2015 when I was finishing up my album “Isle of Real”. I’ve been sketching new material for quite some time now so I guess the timing was good.

I’ve read somewhere that you had qualified your album Isle of Real as “equal parts political and romantic”. So I was wondering if you had drawn inspiration from the global political and social context to produce Sole Survivor?

I want to believe that we’re all pretty shaken up by how the world is spinning at the moment. For sure there’re big doses of politics in there. Something that’s been on my mind a lot lately is how we look at ourselves and that we’re spending less time communicating in words. We’re all hooked up to internet 24/7 and we know exactly what everyone else is doing all the time but at the same time I don’t think we have ever been as disconnected as we are now. We’re all watching life through filters and hashtags and we can’t actually tell if what we see is real or not.
Sole Survivor is about finding out that you’ve been left all alone where you are while the generation that you grew up with is somewhere else. I’m getting closer to 40 now and sure, a lot of my colleagues are my age or older, but at the same time not that many of my friends with whom I discovered music are still doing this.
That’s Sole Survivor to me.

I know you’re no stranger to the split EP exercise… I have in mind the beautiful EP you’ve released with Nihad Tule, Landmarks, last autumn on your own label. How important are collaborations for you? How do you pick the artists you want to collaborate with?

Ohh, I love split releases and collaborations in general, so they tend to just happen. There’s something really nice about pairing up with someone for a concept release. I really like putting the track list together for a collaboration. Like the one Nihad and I did, we wrote the material separately but let ourselves be inspired by each other’s work, that record really has its own thing going on doesn’t it?

Yes it does! I really feel sensibility, beauty, melancholy and also darkness in your music. Like each track has a story to tell and is really elaborate. Would you say it has to do with your background as a music student ? Can you tell us about your creative process?

Well, I’ve been writing music since I was really young, I also spent most of my youth studying music in all kind of ways. A big part of what I studied was music history and theory which I want to believe has given me an insight in its evolution. Even production techniques for a historical perspective, “what” made recordings sound the way they do. In the end, no matter how much you study, you will have to forget about it all, or at least be able to put it aside when you write. So I just follow my gut and try to stay true to my original ideas as much as possible, to break all the rules without being afraid. My music consists of so many “no no’s” according to harmonic rules and I think that is what makes my sound, the same goes for production. There’s nothing more boring than a perfect mix down. I try to see myself as the conductor of both my writing and production, I have no clue where it takes me or why, I’m there to give the music the dynamic and flow that feels right in that moment.

More generally, how do you pick the artists you want to produce on your label and how free are they regarding their artistic direction?

I don’t really pick anyone, they just tend to end up on my radar.

It pretty much just happens. I think that the most of the artists/demos that I’ve signed have not been the first ones that I got from the artist. It won’t work by sending me an email with 12 tracks and voila – there we have a EP. I need to vibe with the person and spend time with their music to see where the release is. I get tons of amazing music that I’m don’t sign, I think that I probably go with the more low-key material, and that can probably be frustrating to some. Almost everything that we put out on the label needs to be something that I would like to listen to 10-20-30 years from now, as well being a record that I would have picked up in my youth.
So it’s not always the hits or contemporary material which ends up on the label.

Well, I do give direction sometimes, where I see that the artists are open to it and when I think it could help them in their own writing process. But I can also leave things just as they are, I would never force anyone to change anything. Besides my own artistry and the label I also run an artist and label management business, so I curate artists on daily basis. The key is to put your own interests aside and try to figure out how to help the artist progress in their own way. Ohh I love my work so much!

How do you juggle being a father, a label boss, a producer and also being a DJ touring around the world?

Good question, as I previously mentioned I run other kinds of businesses as well. I think for me it’s about the energy you get out of it. The high you get from working on a simple idea to a full product, or just when you see the people you work with succeed and be happy.

Sometimes it’s extremely hard to be in the moment.

To be there with you kids while at the same time juggling work issues on your phone, or when I only managed to get between 2-4 h sleep per night for a full week, then your body tells you to go @#$@. I know exactly when it starts to happen for me, my skin starts to itch in the eyebrows and that won’t go away until I take it slow for a day or two. On the other hand I think I get to be with my kids more than most moms and dads and the times when you manage it all and have been giving people good vibes all day, then it’s so worth it! I should add that I don’t advise others to do the same, for me it works and I think it’s good for my creativity, but it’s not for everyone.

You started off as a music shop owner in Sweden, then created Stockholm LTD in 2002, and finally moved to Berlin over 10 years ago, is that correct? So I guess you’ve seen the scene evolve a lot in your hometown and in Northern Europe in general. How do you feel about that? Do you feel connected in any way to this new scene that is becoming more and more popular?

I hate to admit it but I probably lost a bit of the connection to Sweden I used to have, it’s been too long I guess. I am however genuinely impressed and proud of all the new artists, labels and such which are coming out of Sweden and the nordic countries. Somehow I think that they are way more dedicated and involved with the global scene today than we were when I started. But I guess that’s a must for artists and labels today, it’s extremely hard to reach out with your music now, even though the world is more connected than ever before.


Sole Survivor 
is available for purchase on Hardwax : https://hardwax.com/38887/par-grindvik/sole-survivor/

Tags: , , ,


About the Author

https://www.instagram.com/alieenated/



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Back to Top ↑