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Published on août 27th, 2014 | by Piotr

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Minus, voyage au bout de l’ennui

Cet été, le label de Richie Hawtin a dévoilé presque un nouvel EP par semaine. Des titres monotones proposés par des DJs sans charisme. La techno minimaliste de Minus s’effrite. Pendant que Richie et son gang s’enfilent des shots de sake à Ibiza, on s’ennuie ferme.

Les goûts musicaux évoluent plus le temps passe. Souvent, on se surprend à ne plus accrocher avec un titre qui jadis nous transportait. Et elles sont en fin de compte bien rares les fameuses « bomb tracks » qu’on commande sur vinyle et dont on sait que le temps ne les froissera pas. Il en est de même pour certains labels, dont on épluche les EPs. On attend ses releases avec une impatience qu’un « snippet » de deux minutes ne saurait assouvir. Deux exemples tirés de la vie d’un passionné: la recherche frénétique puis l’attente du titre Lenoix de Marcus Worgull et Peter Pardeike sorti chez Innervisions l’hiver dernier. Plus traumatisante encore, la quête d’un titre capté dans un set de Patrick Gräser il y a quatre ans. La track est sortie il y a deux mois, perdue dans un album dense. Elle s’appelle Status. Entre temps, Gräser est devenu Answer Code Request. Un vrai jeu de piste.

Comme tant d’autres, j’ai aimé la patte Minus. J’ai attendu les sorties du label, les compilations, et certains titres restent incontournables dans ma discothèque. Mais comme tant d’autres encore, Minus me déçoit. Depuis plusieurs mois le label de Richie Hawtin sort presque un EP par semaine. La quantité prime sur la qualité, indéniablement. A l’heure où l’on crée plus de musique qu’il ne s’en joue en club, il est rare de chroniquer un EP qu’on n’aime pas. J’ai ainsi préféré vous les raconter en un seul papier. Petite revue des dernières sorties Minus, où l’on déambule d’une déception à une autre.

Une techno fête à neuneu

Il y a un mois c’est Marc Faenger qui sortait le MinMax20. Six titres monotones, dont on a bien peine à différencier les morceaux. Du DJ tool moyen, bon pour les sets de Richie Hawtin ou Dubfire à Ibiza. Quelques jours après, Carlo Ruetz sort à son tour son premier EP chez Minus. Encore une fois, si Minus veut se donner un côté très dancefloor, cela ne réussit pas. On s’ennuie ferme. On utilise les mêmes logiciels que les copains, et on crée une musique minimaliste dans le sens où il ne s’y passe rien. Accordons qu’avec Controlled by Robots, en ajoutant quelques bpm en DJ Set, il y a de quoi peut-être faire danser la Terrace des soirées Enter. A public tiède, musique tiède.

Le duo Whyt Noyz déçoit aussi. It Grows EP veut nous vendre une techno expérimentale, une « patte » Whyt Noyz. It Grows plonge dans un certain univers, avec des vocales grasses et un rythme par moment entrainant. Mais encore une fois, rien de novateur, rien de différent. Dans One, Two, Four ou Less is Mo, la mélodie est lugubre, elle ne fascine pas. Rien d’attirant, et même après plusieurs écoutes, on n’accroche pas. Jingles offre des sonorités plus deep qui relèvent un peu l’EP. On retrouve là l’esprit Mind Against ou Tale Of Us. En moins bien.

Avec l’arrivée du Rhénan Elmar Strathe et son Day Night EP, Richie Hawtin, sur les plages d’Ibiza, ramasse encore dans son épuisette un jeune DJ peu connu. Signer chez Minus est une porte d’entrée dans le milieu techno, certes, mais l’histoire racontée par Strathe n’a rien de passionnant. Sun, Shine, Moon, Night : l’EP se veut la narration d’une belle journée d’été. Une journée aoutienne emmerdante alors. On n’est pas transporté, la basse reste terne, sans mouvement, et les sonorités bavent comme du coulis de framboise. Une techno minimaliste proprette qui ne marque pas. Enfin, le dernier résident arrivé des soirées Enter, Fabio Florido a sorti lundi son premier opus chez Minus. Be You, trois titres de techno fête à neu neu, qui ressemblent à tout ce qu’on a vu avant. On est là pour faire la fête, pour vivre l’Experience Enter, boire du Sake et se dessiner des jolis ronds noirs sur les bras. La musique s’efface dans les canons à fumée, la qualité se noie dans le champagne d’Ibiza.

Julian Jeweil, une éclaircie dans un ciel bien gris

Parmi les dernières sorties du label, un garçon se débrouille mieux que les autres, le Français Julian Jeweil. S’il ne vaut pas ses titres précédents, Los Pistolos a au moins le mérite de faire danser. Les basses sont moins timides, plus rudes, et on ne s’ennuie pas. L’EP est réservé au dancefloor, et il s’inscrit parfaitement dans les lives proposés par Julian Jeweil. Et le MinusMax 27 qui s’annonce, Rumble, sera aussi l’œuvre du Marseillais. La preview révèle un EP agité, qui contient un titre mélodieux déjà plus frappant et entraînant, Frida. Une éclaircie dans le ciel gris de Minus.

À laisser grande ouverte la porte de sa maison de disques, Richie Hawtin fait entrer les chats de gouttières. Qui se souviendra de Carlo Ruetz, Marc Faenger ou Fabio Florido?… Depuis quelques temps, Richie Hawtin privilégie la forme et l’apparat à l’essentiel, une musique de bonne qualité. L’essence de Minus, une techno futuriste et avant-gardiste a disparu. Dès lors, il semble bien loin le temps des perles de Jon Gaiser (Am I, Some Slip, Withdrawal…), le minimalisme et l’experimental proposés par Theorem, le trio inévitable de Marc Houle, Magda et Troy Pierce (réunis depuis chez Items & Things). Alors Richie Hawtin a annoncé la sortie prochaine d’un album de Gaiser. Ses tracks déçoivent rarement. Un long format peut être le meilleur moyen de relancer la machine. Il est temps. Parce que décidemment Minus… C’était mieux avant.

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"ich bin meine Maschine"



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