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Published on mars 27th, 2018 | by Mehdi

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Chronique d’un EP pop culture : Windowlicker de Aphex Twin

THROWBACK TUESDAY – Aujourd’hui on va s’intéresser à l’un des maxis les plus vendus du label Warp, Windowlicker du maître ès-mystère Richard D. James aka Aphex Twin. Outre l’aura du producteur du comté de Limerick et le premier sillon qu’il a tracé dans de multiples genres musicaux, on se demandera comment cet EP a réussi à devenir plus que culte, bien au delà de la sphère des fans de musiques électroniques.

À la première écoute de Windowlicker, nous sommes perdus. On croit attendre un moment de stabilité, on croit plus tard atteindre une zone de confort mais Richard, durant les trois morceaux que composent cette première version de Windowlicker (WAP105) nous sème. L’EP est un dédale où l’on se perd, parfois dans une abstraction complète on semble entendre quand même de petits indices house ou drum’n’bass. Tout est mis en œuvre pour nous perdre dans ce que nous connaissons, on vit un trip, l’irréel dans le réel, son inné – notre acquis.

Déformer le réel, briser les codes

Aphex Twin, maître du découpage collage savant

Le morceau Windowlicker mène la danse, tantôt ambient, puis electro, idm, s’en suit une ballade aux voix suaves et déformées où le beat se meut tantôt 4/4 tantôt partant à droite et à gauche façon breaks. Mais si l’on finit la lecture on ne se retrouve que sur quelques séquences répétées à l’infini, explosées, pitchées, détruites, exposées, dissimulées. C’est quelque chose qui ressort de l’oeuvre de Richard D. James.

Maints morceaux semblent inaccessibles à une oreille toute novice mais l’expérience faisant la connaissance, on décèle petit à petit des structures. C’est un maître de ce qu’on pourrait appeler un découpage collage savant.

Mathematical Equation semble encore plus lointaine pour celui qui n’aura pas une oreille de l’autre côté de la Manche. Le morceau est un pur morceau drum’n’bass du moins dans sa première forme, avant que la vraie patte de Aphex Twin ne soit ajoutée. Le morceau pourrait être un tutoriel. On a les séquences finales, chaque élément isolé parfois, puis ces mêmes éléments usinés par la machine-effet.

Enfin Nannou est précieuse, c’est un conte, c’est le moment de calme, finalement le moins abstrait de tout l’EP. On semble écouter quelqu’un remonter son horloge et on se laisse bercer. C’est un tout léger moment d’abstract semblant lorgner vers certaines musiques d’Asie Orientale, tout en clochettes et en légèreté. Tout l’EP brise donc un à un les chaînes de chaque genre pour partir s’en essayer à un autre – du moins à s’en imprégner. Parlant de codes, quels ont été ceux de son succès ?

Une des pochettes les plus connues au monde

Comment Windowlicker a-t-il réussi le coup de devenir un des maxis les plus vendus de WARP et de Aphex Twin ? C’est la très juste équation d’une communication réussie et d’un EO magistral. Car oui cette sortie chez Warp a réussi à résonner au delà de sa seule production.

C’est déjà une pochette. Une des pochettes les plus connues de la musique actuelle. Un visage, le sien, grimaçant, un sourire angoissant dressé sur le corps d’un plantureuse jeune femme repris dans clip de Chris Cunningham. Quand on connait l’impact que peuvent avoir certaines images, nul doute que WARP avec la complicité de Richard, ont su trouvé un savant mélange de sexe et d’humour pour que la pochette capte l’intérêt des gens. Mais alors, une question peut se poser, quand bien même la renommée de Aphex Twin n’était plus à faire : quelle est la place ou quel est le vrai équilibre entre communication et musique dans la réussite d’une sortie ?

Ici, dans le clip, deux hommes un peu flambeurs, et assez vulgaires (on note les quatre minutes d’introduction soutenus par des échanges verbaux musclés) s’arrêtent en décapotable devant deux belles jeunes femmes. Là s’écrase une limousine sur l’arrière du véhicule des premiers. Une fenêtre, la dernière, s’ouvre sur un mystérieux personnage – Aphex Twin – et ce maintenant mythique sourire.

Paires de fesses, rayons de soleil et belles voitures

Et le morceau commence. Un défilé de paires de fesses, de plans séquences sur bikinis, de rayons de soleil, de belles voitures et de danses endiablées. Les deux hommes du début filent dans leur voiture tout au long du clip, on savoure au passage les gestes du plus costauds, explicites à souhait. Et là, le réalisateur, comme Richard, brisant le code du clip racoleur des années 90-early 00’, affiche le visage déformé de Richard sur les visages des femmes formant une sorte de harem pour lui même. Encore une fois, on se perd dans le clip comme on s’est perdu dans les morceaux. Perdus mais pas que, les ficelles de la pochette résonnent encore dans celles du clip. C’est de l’abstrait encore, un peu porn, un peu poétique (le visage donne aux femmes des allures de chimères mythologiques), mais toujours très ancré dans le réel.

Un peu porn, un peu poétique ; toujours réel

On montre aussi peut être du doigt toutes ces femmes qui se font draguer lourdement, suivre ou épier et donc doigt d’honneur à ceux s’y essayant. Et l’on pense alors aux thématiques des débats actuels (?). C’est donc dû à un double travail d’image et de musique que cet EP a su s’ancrer dans les têtes. Un double travail reposant sur la définition puis le détournement de codes de la pop culture contemporaine : côté image, du sexe et de l’humour, côté musique de la drum’n’bass et des expérimentations.

En tout cas, allez vous réécouter cet EP, prenez le temps de regarder les 10 minutes du clip Director’s Cut version (en haut dans l’article) et plongez vous dans les autres versions sorties un peu plus tard.

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