Musique Happa Sky

Published on avril 13th, 2016 | by Charles

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Les dessous d’Happa

FOCUS – Un jour brun, un jour blond peroxydé; l’autre soir moustachu, la veille rasé de près; d’abord l’air austère et grave laissant soudain la place à un éclat de rire: voilà ce qu’on  retient d’Happa lorsqu’on suit sa vie sur les réseaux sociaux. Dans sa vie quotidienne comme dans sa musique, Happa brouille les pistes. Et cela n’a rien d’un hasard. Sa présence demain à notre sixième soirée Delighted au Rex non plus.

HAPPA

Commençons par le commencement: ce nom, Happa. Outre sa jolie sonorité qui accroche, Happa signifie bel et bien quelque chose. C’est la traduction japonaise de « mi-mi » ou « moitié-moitié ». Si le jeune Samir Alikhanizadeh choisit un tel pseudonyme, c’est d’une part parce que il est bien plus simple à prononcer que son nom de famille à rallonge, mais d’autre part parce qu’il a toujours été concerné par une certaine dualité de la vie, comme en témoigne son origine perso-anglaise.

Un artiste précoce 

Né à Leeds en 1997, Samir tombe dans la musique plutôt par hasard et par le biais de la Dubstep, ce genre si peu compris ou apprécié en France et qui plait énormément outre-Manche. Pourtant, c’est la techno qui devient rapidement le vecteur idéal à Happa pour le laisser s’exprimer. La techno ne laisse pas de place au secret, elle met un artiste à nu comme aucun autre genre musical. C’est cette franchise qui lui plait.

Dès ses premiers sets, Samir cherche à balancer non pas de la musique sympathique qu’on écouterait bien avec sa copine en mangeant des asperges à la crème, mais un tsunami. Une violente vague techno, mi-industrielle, mi-dub aux sonorités extrêmement sombres. La touche Happa c’est avant tout un défaut de concession.

Samir se fait repérer à 15 ans seulement par Mary Anne Hobbs, une figure importante dans la culture underground en Angleterre, qui apportera un méchant coup de pouce à la popularité de l’adolescent. Toujours en 2012, Happa sort son premier EP sur Church, un label tout neuf également. Les 4 morceaux du disque révèlent une bonne dose de maturité, sinon de talent. Jugez vous même la piste numéro 3.

Bring it Back sorti sur Church en 2012
 


Un producteur inclassable

L’insolence de la jeunesse offre à Samir la chance de faire ce qu’il veut sans se soucier du regard des autres. Elle lui permet en outre de s’affranchir des dictâtes de genre, que tant se tuent à respecter. Au final, le résultat est au rendez-vous: les productions sous l’alias Happa se suivent et ne se ressemblent pas toujours dans leur style, mais ont bien cette patte commune du producteur qui a trouvé ce qu’il cherchait et l’offre sur un plateau d’argent à ceux qui veulent bien faire l’effort de lui faire confiance. Ce contraste des genres s’illustre notamment entre les deux derniers EP qu’Happa a sortis. Voyez d’abord un morceau de 2013, puis un de 2015: le premier est très indus, voire carrément noisy; le second est nettement plus lyrique et pourrait être la B.O. d’un film sur les mouvements Hooligan en Angleterre. Mais les deux sont emprunts du même esprit sec et brut qui flotte dans le monde d’Happa.

13.05.13 sur Two and Two Make Five sorti en 2013 chez Boomkat Editions
Ascension sur Part One sorti en 2015 chez PT5 Records

La place du silence

Toujours dans cette logique de mise à nu, la musique d’Happa accorde une grande importance au silence. Cela peut sembler un total paradoxe en musique, mais il apparaît en effet que cette technique offre un gain de puissance énorme à ses sonorités. Le fait de composer ses morceaux comme des collages des samples et des boucles que l’on fait se succéder sans toutefois les mélanger apporte un aspect brut aussi tranchant qu’un scalpel à la musique. Pendant que certains artistes nous hypnotisent avec des nappes en-veux-tu-en-voilà, d’autres font le choix du bon gros « CUT » bien plus choquant.

C’est dans cette direction qu’Happa se dirige; sa musique semble de plus en plus riche de sonorités improbables. Le son Happa n’est pas du tout classique, mais totalement avant-gardiste.

La dernière Boiler Room d’Happa, abstraction totale…

Un tout nouvel EP: Part Two

Depuis vendredi dernier, le tout nouvel EP d’Happa est disponible sur Juno (lien ici). Il s’agit du deuxième volet de sa trilogie chez PT5 Records, qui est, au premier coup d’oreille, encore une fois bien différent du précédent!

Le premier morceau dévoilé par l’artiste s’intitule « Blackberreh! » et s’inscrit tout à fait dans le sillage de sa dernière Boiler Room: de la musique électronique abstraite, sans réelle règle en apparence. L’esprit est confus, on est à mi-chemin entre l’hypnose et l’égarement. Puis on décèle petit à petit la matrice du morceau. C’est complexe, mais on se prend finalement bien au jeu. Résultat: Blackberreh! prend bien aux tripes, et se rapproche de la structure de Crickets ou de Ascension en allant encore plus loin dans l’expérience sonore.

Blackberreh!, sorti le 8 avril 2016 sur Part Two chez PT5 Records

Ce morceau ne peut pas laisser indifférent, et je ne peux m’empêcher de réfléchir quel sera son effet demain soir, au Rex. Si vous aussi vous vous posez la question, venez nous y rejoindre!


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