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Published on novembre 17th, 2014 | by Piotr

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Cent albums dans l’histoire

Dans Electro 100 publié à la rentrée, Olivier Pernot retrace, album après album, l’histoire des musiques électroniques. A l’image de l’Electrochoc de Laurent Garnier, Electro 100 est un livre de référence, à glisser sur la table de chevet de tout bon raveur. Connaître la culture de la musique électronique, c’est aussi un devoir.

 « La musique électronique a accompagné le XXe siècle, au point d’en devenir l’une de ses principales bandes-son, dotée d’une multitude de courants, aux mille sonorités. »

Vingt pages, une introduction fleuve, c’est le moyen indispensable pour se remettre culturellement à l’heure. Nous voilà dans le grand bain. Et on ne saute pas une ligne : Le Krautrock, l’émergence de la musique électronique au cinéma, la fièvre disco, l’arrivée de la techno, la house music, la suprématie anglaise, le réveil de la France, la décennie allemande… Autant de titres qui englobent les 90 années de musique analysées par Olvier Pernot. Surprise, on commence avec le Ballet mécanique de George Antheil en 1924. Car dans sa litanie d’albums, Olivier Pernot s’attarde longuement sur les instruments, ces outils à musique qui deviendront machines à l’orée des années 70. Dès les années 20, ils sont la source d’une musique répétitive et épurée qui fera le socle de la musique électronique : « Le clavier est l’élément indissociable de la musique électronique, des premiers pianos mécaniques jusqu’aux ordinateurs, en passant par les pianos électriques, les synthétiseurs, les boîtes à rythmes, les contrôleurs MIDI, et les claviers virtuels. »

Du « Bolero » de Ravel à Manu le Malin, le lien est tissé

Le Bolero de Maurice Ravel côtoie le new wave du groupe New Order. Kraftwerk annonce les années hip hop et surtout une nouvelle ère, celle de la techno. Débarquent alors les masters de Derrick May, Underground Resistance, LFO

On revisite aussi le hardcore avec Liza N’Eliaz et ses quatre platines,démultipliant le nombre de bpm, Manu le Malin, son héritier avec Biomechanik 2. La musique électronique d’ambiance n’est pas écartée. Olivier Pernot dépoussière de beaux disques: ceux de Brian Eno, Kruder & Dorfmeister, Jean-Michel Jarre ou St Germain.

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« Music Has The Right To Children » de Boards Of Canada, 1998

La techno tient une place d’honneur dans Electro 100. Coup de cœur pour Orbital, (surnom donné à l’autoroute qui encercle Londres) leader de la scène rave avec ses sonorités psychédéliques et son rythme effréné. On découvre de plus belle la richesse des années 1990, avec la profusion d’albums techno de référence : ceux de producteurs hors pairs comme Carl Craig et Robert Hood, le projet secret de Moritz von Oswald et Mark Ernestus (Maurizio)  Plastikman qui lance la machine Minus, les murmures « exstasiants » de Joey Beltram, Boards of Canada… Bien souvent, des artistes et des labels nés dans des villes qui ne figurent pas toujours dans les guides touristiques : Bristol, Manchester, Gent, Détroit…

Chaque critique est complétée par des conseils de nouveaux albums pour aller plus loin encore dans la découverte du répertoire de chaque artiste et de ses influences. On entre alors dans un grand jeu de poupées russes. Une série de nouveaux titres, albums, alias s’ouvrent à nous.

Electric Rescue : « Depeche Mode, mon ouverture au monde »

La richesse de l’ouvrage, on la doit aussi aux témoignages des artistes pour lesquels tel album a été une révélation, ou reste comme le souvenir inébranlable des premières expériences électroniques. Maxime Dangles raconte sa grande sortie en famille devant Jean-Michel Jarre le 14 juillet 1998. Electric Rescue se souvient de ses virées à vespa dans Paris, Depeche Mode à toute berzingue sous le casque. « Mon ouverture au monde » dit-il en parlant du groupe anglais. Mondkopf, Traumer, Arnaud Rebotini, Terence Fixmer, Jennifer Cardini… Les artistes français livrent leurs états d’âme.

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« Oxygène » de Jean-Michel Jarre, 1976

La fin du livre est plus familière à nos pupilles de jeunes chroniqueurs. On redécouvre ainsi les influences minimalistes du ténébreux Pantha du Prince, dont les sonorités rappellent parfois le craquement des pas sur la neige. L’Allemand s’aventure dans l’électronique sèche, désertique. Celle où chaque sonorité est comptée. Et Saturn Strobe, chef d’œuvre absolu, titre complet. L’album This Bliss, « Ce Bonheur », est inévitable.

On retrouve aussi le fameux Berlin Calling de Paul Kalkbrenner, ode à la capitale fêtarde, point de départ pour certains de la passion pour la techno. Berlin Calling deviendra la bande son d’un « film culte d’une génération comme Trainspotting avait pu l’être une décennie auparavant », raconte Olivier Pernot.

« L’écoute d’Ostgut Ton fünf a été un choc. Hormis le casting de rêve, j’ai été touché par la singularité de chaque artiste et collectivement ils font toute la force et l’histoire de Ostgut Ton. J’aime cette techno: abrasive, incisive, parfois douloureuse. »
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 Henrik Schwarz du duo Ame, Matthew Dear, Francesco Tristano le virtuose, Nicolas Jaar ou DJ Koze… On n’échappe pas aux compositeurs house et techno de référence des années 2010. Le coup de cœur techno de la compilation va à Ostgut Ton fünf compilée par Prosumer. L’occasion pour Olivier Pernot de rappeler les fantasmes que fait naître la « forteresse » enchâssée entre les quartiers de Kreuzberg et Friedrichshain, lui donnant son nom si brûlant de Berghain. D’Ostgut Ton fünf, Traumer raconte que son « écoute a été un choc. Hormis le casting de rêve, j’ai été touché par la singularité de chaque artiste et collectivement ils font toute la force et l’histoire de Ostgut Ton. J’aime cette techno: abrasive, incisive, parfois douloureuse. » Marcel Fengler, Shed, Luke Slater, Cassy… un casting de choc en effet.

Enfin, le tout dernier album étudié dans l’ouvrage est celui de James Holden, The Inheritors, sorti sur son label Border Community en 2013. « Quatre-vingt-dix ans après le Ballet mécanique de George Antheil, le morceau d’ouverture de The Inheritors, « Rannoch Dawn », lui fait écho. Des sonorités urbaines, mécaniques, une stridence et des cordes désaccordées qui évoquent la lointaine sirène de l’œuvre pionnière du compositeur américain. » James Holden est un des fruits mûrs qui ont germé de ces 90 années de sonorités révolutionnaires. Il tire ses influences dans de nombreux courants de la musique électronique : electronica, minimalisme, ambient… toujours visiter le passé pour mieux se projeter vers l’avenir.

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« The Inheritors » de James Holden, 2013

Notre musique a une histoire, la preuve par cent

Electro 100 est publié par Le Mot et le Reste, une maison d’édition indépendante bien connue du milieu musical. Elle démontre à chacune de ses publications que notre musique a une sacrée histoire derrière elle. Olivier Pernot l’écrit dans son introduction. Nous sommes déjà à « un siècle où cette musique commence à regarder en arrière et à se pencher sur son histoire ». La preuve par cent. Cent albums parmi les milliers de titres qui sortent chaque année. Pour défendre une musique longtemps décriée, pour la dissocier du mainstream ambiant, il faut la connaître, savoir l’aborder par toutes ses facettes. Accepter ses origines, honorer ses précurseurs. Electro 100 est un outil formidable pour se plonger dans la grande frise historique de la musique électronique. On en ressort avec des listes interminables de titres à écouter, de lives à regarder, de liens à partager. Et une bibliographie qui donne envie d’approfondir la lecture sur ce sujet qui est un univers à lui seul.

 

*Image de couverture: Carl Craig – More Songs About Food and Revolutionary Art (Planet E), 1997


 

Electro 100, de Olivier Pernot, Le Mot et le reste, 240 pages, 21€

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