Interview rumah

Published on janvier 23rd, 2017 | by Romane

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Rumah : « La musique? Histoire de m’occuper… »

INTERVIEW – Connu mais pas encore reconnu, le jeune Rumah a pourtant plus d’un vinyle à son actif. Pur produit du Royaume-Uni, politiquement engagé, il incarne l’essence d’une nouvelle scène ultra talentueuse. Son nouvel EP sortira prochainement sur le label Wolfskuil Records. A cette occasion, Delighted lui a posé quelques questions. Sur la musique mais pas que. 

Propos recueillis par Romane. 

(INTERVIEW EN VERSIONS FRANÇAISE ET ANGLAISE)


– VERSION FRANÇAISE –


Salut Rumah, peux-tu nous parler un peu de toi pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore?

Salut! Je m’appelle Sean Hughes, j’ai 24 ans et je viens de Londres. Je fais de la musique depuis un petit bout de temps maintenant et j’ai sorti quelques trucs que les gens ont peut-être entendu.

Comment as-tu été introduit à la musique électronique et aux machines? Quel est ton premier souvenir en rapport à la techno et pourquoi as-tu décidé de produire?

 

« On écoutait énormément Aphex Twin et d’autres trucs sur Warp »

La musique électronique faisait partie de mon décor d’adolescent. J’écoutais la collection drum and bass du frère de ma pote Georgia. C’était probablement ma première introduction à la musique de club fonctionnelle qui m’a vraiment semblé faire un déclic. Avant ça, on écoutait énormément Aphex Twin et d’autres trucs sur Warp. Quand tu grandis dans un endroit où presque rien ne se passe, je pense que tu te surpasses pour trouver de la musique intéressante. C’est là que la techno est intervenue.

Mais je crois que c’est lorsque la connexion dubstep entre Bristol et Berlin s’est faite qu’on a commencé à écouter beaucoup plus de trucs en quatre temps puis ensuite pas mal de trucs comme Instra:mental. J’ai commencé à produire à cette période, je faisais de la dubstep et de la drum and bass, juste histoire de m’occuper, je suppose.

Je suis assez curieuse concernant ta rencontre et ta relation avec James Ruskin – patron de Blueprint Records -, tu peux nous en dire un peu plus?

J’ai très longtemps été un grand fan de Blueprint. J’allais aux Blueprint Parties à Cable, j’adorais la nature peu prétentieuse du label, cette incroyable musique choisie avec soin. J’avais déjà sorti quelques sons et je me cherchais une direction. De là ont commencé mes collaborations avec Carl (Progression Ndlr). Une fois qu’on avait quelques productions sérieuses je me suis dit “et puis merde, pourquoi ne pas les envoyer à Blueprint”. On ne sait jamais. On a reçu un mail quelques semaines plus tard, nous disant que les tracks étaient bien, nous invitant à en envoyer davantage. Et de là, tout a commencé.

J’ai rencontré James pour la première fois à la cutting house, il m’a toujours beaucoup encouragé. Il ne révèle pas beaucoup de ses secrets de production! Il me pousse toujours à emprunter ma propre voie musicale. Et c’est un conseil plus qu’utile!

Progression et toi vous êtes alliés pour nous fournir le magnifique SC1 sorti sur Blueprint Records en 2014. Produire à deux est-il un plus gros défi pour toi?

« Les collaborations me sortent de ma paresse »

Ça peut l’être. Carl et moi faisons de la musique ensemble depuis cinq ou six ans maintenant. On connait donc notre manière de travailler, nos forces et nos faiblesses, James Ruskin nous a un jour dit de nous focaliser sur nos forces respectives et de faire avec. C’est parfois dur de démarrer, mais une fois qu’on commence, tout va très vite. Carl et moi avons fini Wind Up and Squeeze en une ou deux sessions. Après environ un an passé à collectionner les loops et les brouillons…

J’aime travailler sur des collaborations, je pense que ça me pousse à en faire plus. Ça me sort de ma paresse et m’apprends beaucoup. Carl est très technique donc j’apprends énormément de lui. Joe, un ami avec qui je collabore également a un bon ressenti, un bon groove. Ce qui rend le travail plus plaisant. Parfois, c’est dur de se voir et que les choses ne marchent pas comme prévues, c’est doublement frustrant mais bon, c’est la vie.

 

Ton EP à paraître sur Wolfskuil Records, A View to the Sea est ton premier EP solo sur le label de Darko Esser depuis 2012. Ton procédé créatif et tes goûts ont-ils évolué?

Et bien je travaille principalement en studio maintenant, avec beaucoup plus de matériel. En ce sens, ça a beaucoup changé. La moitié de cet EP représente la période avant cela, et l’autre moitié est ce que j’ai produit avec cet équipement. Je me suis beaucoup plus approfondi dans le son. Quand je travaille seul, j’ai envie de produire des tracks délirantes et des sons ravageurs. Je pense avoir passé beaucoup de temps à produire des choses qui marchent vraiment sur le dancefloor et j’aimerais avoir la chance de produire davantage de sons qui bougent avec le moins d’éléments possibles.

Contrairement à pas mal d’artistes, ton Twitter a l’air d’être plus personnel. Penses-tu que les artistes devraient se servir de leur notoriété pour soulever plus de questionnements sur le monde dans lequel nous vivons?

« Pendant longtemps, cette scène musicale a manqué de vraies discussions politiques »

Selon moi si l’on ressent quelque chose, on se doit de l’exprimer. Je pense que pendant longtemps, cette scène musicale a manqué de vraies discussions politiques. On trouve des articles interminables se demandant si le digital est mieux que le vinyle… Mais on ne se demande pas si le racisme ou le sexisme ont encore leur place dans cette scène. Ça n’a aucun sens pour moi! Je suis ravi que de plus en plus d’artistes prennent la parole et s’engagent plus explicitement en politique. Tout cela est dû au travail acharné de nombreux activistes. Un grand nombre de gens, surtout des femmes et personnes de couleur aimeraient encore plus de débats. Ils exigent en toute légitimité que cette scène ne soit pas uniquement blanche. Des collectifs comme Siren et Discwoman montrent l’exemple à suivre.

J’estime que plus nous aurons de conversations complexes à propos de la politique et de la musique, mieux la scène se portera. Je pense qu’il y a aussi une défensive dans ce monde qui se doit d’être brisée. Si les gens dénoncent l’appropriation, ou mettent en doute les motivations de certains, comme je l’ai fait, on obtient souvent des réactions violentes, quasi instantanément. Hortense Maignien qui a écrit sur la décision de la Fabric de travailler de pair avec la Police au sein de leur club en est un bon exemple.  Les gens ne veulent tout simplement pas s’engager dans des débats concernant ces choses là et pourtant, on devrait le faire si le débat se porte sur “notre culture”. Le nombre de réactions négatives à l’encontre de cet article était complètement fou.

On devrait être capable de défendre nos décisions en s’engageant dans un débat plutôt qu’en l’écrasant. Bien sûr que la politique peut être étrange… Mais tout un tas d’autres choses le sont aussi.

https://twitter.com/Rumahmusic


– ENGLISH VERSION –

Hello Rumah, could you tell us a little bit about you for our readers that don’t know you yet?

Hi! My name is Sean Hughes, 24 from London. I have been making music for quite a while now and had a few things out that people may have heard.

How have you been introduced to electronic music and gears? What’s your earliest memory involving techno music and why have you decided to start producing?

Electronic music, was around a lot as a teenager. Listening to my friend Georgia’s brother’s drum and bass collection. That was probably the first introduction to functional club music that seemed to really click. Before then we had been listening to a lot of Aphex Twin and Warp kind of things. When you grow up somewhere which doesn’t have too much going on I think you challenge yourself to find interesting music. Techno did begin feeding into this, but I think it was when the Bristol/Berlin dubstep connection happened that we started to listen to a lot more four to the floor stuff and then later on with Instra:mental and their sort of thing. I started producing around this time as well, making dubstep and drum and bass, just for something to do I guess.

I am very curious about your meeting / relation with James Ruskin – boss of Blueprint Records -, could you tell us more about it?

Well, I was a big fan of Blueprint for a long time. I used to go to the Blueprint Parties at Cable, I loved the unpretentious nature of the label, just amazing music that was carefully selected. I had a couple of releases out and was trying to find a proper direction for what I wanted to do, which started with collaborations with Carl – ndlr Progression. Once we got a few together I just thought, sod it! might as well send them to Blueprint. You never know. We got an email back a few weeks later saying the tracks were good, to send more and it went from there really.

I first met James at the cutting house for the first record, he’s always been very encouraging. He doesn’t reveal many production secrets! Always encouraging you to take your own path to a sound. That has been really useful!

You and Progression have teamed up to deliver the beautiful SC1 back in 2014. Is producing in pair a more challenging exercise for you?

It can be. Me and Carl have been making music together for 5 or 6 years together now. So we know how each other work and our strengths and weaknesses, James Ruskin actually told us that, focus on each other’s strengths and just go with them.
It can be hard to get the sketches off the ground, but once we have a few it becomes very quick. Me and Carl finished the “Wind up and squeeze” record in one or two sessions. After maybe a year of collecting loops and sketches. I like to work on collaborations, I think it pushes you. Stops you being lazy and helps you learn a lot. Carl is very technical so I learn a lot from him. Joe a friend who I also collaborate gets a great groove and feeling into tracks. Which is such a great vibe to be working with. Sometimes it’s hard because if you meet up and things aren’t working it’s doubly frustrating but that’s just how it is sometimes.


Your forthcoming EP on Wolfskuil Records, A view to the sea is your first solo EP on Darko Esser’s label since 2012. Has your creative process and your tastes evolved at all?

Well I work mostly in a studio now, with a lot more gear. So that has changed a lot. Half of this EP represents the time before that and the other half is stuff made with that equipment. I have got a lot deeper into the sound. When working on my own, I want to make loopy tracks and trippy tunes. I think I have spent a lot of time making stuff that really hits on dancefloors and I want more of a chance to make things that get you really grooving with the least elements possible.

Unlike other artists in this scene, your Twitter seems to be a more personal medium. Do you believe that artists should use their voice to raise consciousness about the world we live in?

« For a long time there has been a real lack of any proper political discussions in this kind of music »

I think that if it is something you feel then you should express it. I think for a long time there has been a real lack of any proper political discussions in this kind of music. We have endless articles on whether vinyl or digital is better. But don’t ask ourselves whether racism or sexism are being allowed to carry on in the scene. This makes no sense to me! I am pleased that lots more artists are speaking up and making things more explicitly political. It’s thanks to a lot of hard work by a lot of activists. A lot of people, mostly women and POC who are demanding more. Rightfully demanding that this scene shouldn’t be whitewashed. Collectives like Siren and Discwoman spring to mind.

I think that the more complex conversations we can have, about politics and music the better the scene will be. I think that there is also a defensiveness in the scene that needs to be shattered. If people call out appropriation, or question the motives of people, as I have, you often get instant backlash. Hortense Maignien writing about Fabric’s decision to comply with undercover police in their club is an example . People simply don’t want to engage in debate about these things and we should if it really is “our culture” we are discussing. The amount of backlash that article received was totally wild. We should be able to defend our decisions by engaging with debate and not shutting it down. Sure politics can be awkward, but so can many things.

https://twitter.com/Rumahmusic

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One Response to Rumah : « La musique? Histoire de m’occuper… »

  1. Profil Bass says:

    Super Article, bonne interview par Romane, l’ouverture sur les questions politique et la fermeture de la Fabric ! Comme disait Victor Hugo, la musique c’est du bruit qui pense.

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