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Published on octobre 30th, 2014 | by Piotr

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Madben : « MAAD, c’est la musique avant tout »

À l’occasion de la grande première de sa résidence MAAD au Rex Club, nous avons rencontré Madben dans le ventre du 5 boulevard Poissonnière. Madben symbolise la montée en puissance d’une nouvelle génération de DJ français sans complexe, éduquée dans l’esprit rave du début des années 2000. Son dernier EP, sa sensibilité aux arts visuels, sa relation particulière avec le Rex et le festival Astropolis… L’artiste se livre, en toute familiarité. L’occasion d’en savoir plus sur l’auteur du mythique « We Want to Rave On ».

 Propos recueillis par Piotr & Louis / Photos Alban Gendrot & Delighted


– LA RÉSIDENCE AU REX CLUB –

Pour ta première résidence au Rex Club, tu invites Psycatron et Alden Tyrell. J’imagine que choisir des artistes pour une première, c’est déjà révéler l’identité de ton projet derrière les decks du Rex Club. Raconte-nous ton choix.

Ils ont des univers qui m’intéressent beaucoup. Ils me font danser et leur boulot artistique est passionnant. Je joue les morceaux de Psycatron depuis pas mal d’années. J’ai collaboré avec eux cet été. Et c’est l’idée de cette résidence : inviter des artistes avec lesquels je collabore en tant que compositeur. Il n’y pas qu’internet dans la vie, c’est bien aussi de rencontrer les gens et de proposer à ces artistes de venir jouer ici.

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Le duo irlandais Psycatron en live lors de la première soirée MAAD le 26 septembre

Psycatron oscille entre une structure de morceaux très efficace, orientée dancefloor, et une partie plus mélodique. Je pense à une de leurs sorties sur Tresor. Quand à Alden Tyrell, c’est une techno plus « raw ». Un côté Chicago, assez brute de décoffrage, acid aussi. Ça va plaire à un public assez large.


La résidence s’appelle MAAD. Qu’elle en est sa signification ?

MAAD, pour « Music As A Deal ». De ce nom, il faut retenir que la musique est le fil conducteur de la soirée. On est là pour la musique. Un esprit à l’ancienne, un peu rave. Je viens avant tout pour la musique. Je joue de la musique pour me faire plaisir, et tant mieux si elle plaît aux autres. Éviter la starification à tout prix des artistes. MAAD, c’est la musique avant tout !

En parlant du Rex, raconte-nous un peu ta relation avec cet endroit.

Ce doit être la quatrième ou cinquième fois que je joue au Rex. C’est le temple de la techno française, son côté historique, avec un line-up toujours innovant, à la pointe de ce qu’on peut proposer en techno. je trouve mon bonheur dans cette programmation. J’habite à vingt minutes du Rex donc j’y fonce aussi quand je n’ai pas de dates. Je me fais facilement attraper quand je veux sortir.

Et ma première venue en tant que teufeur ? ça remonte. J’habitais à Lille et j’avais pris le train pour faire un Garnier ou un Mills je ne sais plus. Mais ça remonte au moins à 2001 (rires).

– LES ARTS VISUELS –

Au Rex, on a déjà vu ton live « Cymatics ». Tu jouais derrière un écran où étaient projetées des images. D’où vient cette sensibilité aux arts visuels ?

En dansant, j’aime avoir des choses à regarder. Cela peut me permettre de m’évader encore plus, à travers des images projetées, le mapping ou à travers une structure. Le rendu apporte du cachet à une scène. Chaque année à Scopitone (à Nantes), ils apportent quelque chose de démentiel. J’étais scotché en y jouant. L’alliage entre musique et vidéo m’intéresse.

Mon projet Cymatics est en train d’évoluer. On a fait la première ici, on a retenu des bonnes choses et d’autres que nous sommes en train d’améliorer. J’aimerais à terme intégrer du mapping en plus de cet écran transparent qui est devant moi. J’aimerais que l’histoire racontée par mon pote à la vidéo, Monsieur Nuage, soit totalement en lien avec mon histoire musicale. C’est très difficile. On est en train de travailler sur le contenu. On se dirige vers plusieurs dates, quatre ou cinq fois dans l’année pas plus. Cela doit rester occasionnel, dans certains endroits.

« L’alliage entre musique et vidéo m’intéresse »

On a déjà des dates prévues à Lyon ou à Marseille. L’idée serait d’en faire une ou deux par trimestre dans des lieux adaptés. À Lyon on va pouvoir vraiment s’exprimer en terme de scénographie. Car il faut des scènes assez imposantes. Je ne te parle pas forcément du Zénith hein (rires), mais il faut une scène qui permet de déployer l’écran au maximum.

Madben en live « Cymatics » au Rex Club avec Monsieur Nuage.

Comment se passe la conception avec Monsieur Nuage ? Vous faites des répétitions où est-ce qu’il improvise ?

L’idée c’est de proposer un live vidéo comme moi je propose un live audio. Mon live n’est pas écrit, et je ne vais pas le jouer deux fois de la même façon. Et j’attends la même chose de Monsieur Nuage. Sinon on pourrait chacun préparer une heure de live et mettre play. Ce n’est pas ce qu’on recherche. Pour te répondre, on travaille à distance. On n’a pas encore de résidence pour répéter ce projet. Ça va venir une fois que tout le contenu sera cadré. Et on est aussi en train de travailler avec d’autres artistes qui vont nous apporter du contenu en terme de texture vidéo et visuelle.

Et comme moi je viens avec une bande de synthés et de machines, l’idée serait qu’il vienne avec sa bande de vidéos, de samples, de textures, et qu’il improvise en grande partie sur ce que je fais. On a juste défini des thèmes en amont, par morceaux que je joue. Et après, chacun fait sa popote !

Que penserais-tu d’un club où l’on ne peut pas voir le DJ, sans colonne d’enceintes vers laquelle se tourner ?

J’ai déjà vu ce genre d’endroits, des clubs où les cabines sont suspendues. En tant que public tu rentres dans la salle sans qu’il n’y ait rien au bout. Et en tant qu’artiste, tu ne vois pas trop ce qui se passe. J’aime avoir un rapport avec le public, et pas me retrouver perché à dix mètres de haut à l’écart. J’aime bien mesurer l’ambiance. Mettre un DJ dans le noir, je trouve pas ça forcément cool pour le DJ et pour le public, qui aime aussi voir le mec jouer, toucher à ses platines. Il y a un compromis à faire entre les deux.

Sur Cymatics par exemple, il y a des séquences où on est un peu avant, avec des éclairages qui font que l’écran devient transparent pour qu’on me voit, et vice-versa, pour que moi aussi je vois le public. Quand la lumière est mal réglée tu ne vois pas le public avec l’écran. Ça m’est arrivé. C’est perturbant, tu entends les gens, tu sais qu’il y a plein de monde derrière l’écran mais tu ne les vois pas. C’est un peu la même expérience quand tu vas bouffer dans le noir. Un peu particulier quand même…

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Madben au micro de Delighted fin septembre

– LE PROJET MUSICAL –

Tu restes un artiste encore très « franco-français », en ce sens où tu te produits principalement en France (en club et en festival). Tes influences elles aussi semblent appartenir à notre terroir musical (Laurent Garnier, Agoria, Electric Rescue…). As-tu le projet de t’ouvrir davantage vers l’étranger (au-delà de tes releases sur des labels internationaux) ?

Oui, c’est une volonté sur les prochains mois d’aller tourner plus à l’étranger en tant que DJ. J’ai un peu fait le tour de toute la France sur ces trois dernières années. Ca permet de voir tous les publics de toutes les régions françaises. Mais il est fort probable qu’en 2015, je sois amené à jouer bien plus à l’étranger. Les quelques expériences que j’ai eues m’en ont donné envie : je suis allé à Montréal pour le Piknic Electronik, à la Réunion, dans les pays de l’Est. Mais je n’ai jamais joué en Allemagne par exemple. Il y a quelques pays où j’aimerais jouer plus.

Quel regard portes-tu sur ta génération de jeunes DJ français ? Traumer (Roman Poncet), Maxime Dangles, Oniris… Il y a un échange d’influences ou est-ce que vous faites chacun votre parcours ? Vous allez quelque part ensemble ?

Là tu parles d’une bande de potes en fait (rires). On s’appelle fréquemment, on passe des soirées ensemble dès qu’on en a l’occasion, or dates. Ça me fait plaisir de voir ces mecs là autour d’un apéro ou d’une bonne bouffe. Et je pense qu’il y a cet esprit de pote, une relation humaine, au-delà des envois de fichiers sur Internet. On aime bien se voir.

Tu as été élevé au biberon d’Astropolis. Comment est née cette relation particulière que tu as avec Astro, jusqu’à devenir le chouchou du festival et le fer de lance du label ? 

Je suis venu à cette famille lorsque Laurent Garnier a passé un de mes morceaux sur le Mouv’ il y a quatre ans. Il m’avait envoyé un message : « ton morceau est vraiment chouette, je passe ça le weekend prochain. » Je fais ok, c’est mortel (voir ici). Et quinze jours après, j’ai fait la connaissance de Gildas d’Astropolis, qui est un des deux boss du festival. Le feeling est bien passé et suite à ça, il m’a proposé de venir faire ma première date sur un off d’Astropolis deux mois après. C’est comme ça que tout a démarré. Je suis parti à Brest, où je n’avais jamais fait Astro en tant que festivalier. Habitant à Lille, c’était un peu compliqué. Ce n’est pas forcément le festival où tu vas en tant que nordiste, puisque tu as la Belgique à côté, l’Angleterre… Tu vas de ce côté là et pas en Bretagne, ce qui est bien dommage d’ailleurs.

Avec Astro on a ensemble cet esprit humain très important, au-delà de la musique. Fort de tous ces éléments mis bout à bout, Gildas m’a proposé un an après d’ouvrir le catalogue du label Astropolis. Il avait ce projet qui lui trottait depuis un moment en tête. J’étais flatté. D’où cette étiquette Astro que les gens ont en entendant « Madben ». Ce n’est pas rien d’ouvrir un label comme ça. Cette image est lourde. Et c’est ce qui m’a permis d’être mis en avant, ce qui n’est pas facile quand tu es un jeune artiste aujourd’hui. Maintenant Gildas est mon manager. Je vais fréquemment en Bretagne et j’adore le public breton. C’est une foule qui se lâche. Et musicalement tout est ouvert. Il n’y a pas de contraintes, tu peux jouer ce que tu veux, les gens sont réceptifs. S’ils n’aiment pas ils vont te le dire clairement. Et s’ils aiment, bah c’est dans la poche !

 « Je trouve dommage qu’on colle des étiquettes sur les artistes : techno, acid, chicago… »

J’aime beaucoup cet esprit, que je trouvais quand je sortais en Belgique dans pas mal de teufs. Esprit de la rave, plutôt Warehouse même en Belgique. Il n’y avait pas d’étiquette du style : « là il joue pas assez underground, là il est pas assez techno, là il est pas assez acid, là il joue pas assez Chicago… ». Je trouve ça dommage ces étiquettes aujourd’hui. Et dès qu’un truc sort un peu des sentiers battus, paf ! aussitôt on taille. C’est dommage d’avoir sectorisé comme ça les branches de la musique électronique. Et c’est ce que j’aime avec Astro. C’est hyper varié, et les gens vont venir et découvrir des artistes qui n’étaient pas forcément dans leur petit plan de route de festivalier.

Christian Smith, à propos de ton EP Endless, a écrit: “nice old school baseline techno in ‘track with no name« . Tu qualifierais ta musique ainsi, “old school” ?

Sur un des morceaux de l’EP, oui c’était la volonté de faire un petit clin d’œil à ces grosses basslines bien ravageuses qu’on connaissait dans les années 2000. C’était voulu à l’écriture du morceau. Après, les deux autres morceaux sont complémentaires dans d’autres styles. Mais oui, Christian Smith a bien raison ! Et ce n’était pas le seul a le dire dans les retours que j’ai eu. D’autres artistes ont ajouté qu’on ressentait le côté « old school » avec quelque chose de novateur. Ça me plait évidemment. J’essaie d’apporter une touche moderne à cet « old school ».

– LA PLAYLIST MAAD –

Madben nous a livré cinq titres qui retracent au mieux l’esprit des soirées MAAD. Mais rien ne vaut un petit détour par le Rex pour s’en rendre compte…:

Fabrice Lig – the track
Dj T – Dis (Kink remix)
Underground resistance – transition
Daniel Jacques – today we move
Madben – Endless

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"ich bin meine Maschine"



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