Interview in-aeternam-vale

Published on mai 28th, 2018 | by Romane

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In Aeternam Vale : « Mon côté misanthrope l’emporte souvent »

– INTERVIEW – In Aeternam Vale n’est plus à présenter. Avec plus de 30 ans de carrière à son actif, il a façonné de sa créativité débordante le paysage électronique français. Précurseur sur bien des aspects, cet artiste humble ne cesse de nous émerveiller avec ses productions. Son dernier EP en date, Funkytown est sorti le 14 Mai 2018 sur le label parisien DEMENT3D. C’est à ce sujet, entre autres que Delighted a à souhaité lui poser quelques questions… 

(Propos recueillis par Romane)


Bonjour Laurent, et merci de donner de ton temps à Delighted :) ! Tu as fait partie d’un groupe lyonnais, Sordid Blanket, en tant que guitariste jusqu’en 1982. Un groupe punk, c’est bien ça? Qu’est-il advenu de ce groupe et quelles étaient tes / vos revendications à sa création?

C’est ça, tu es bien renseignée dis-donc car l’existence de Sordid Blanket a été plutôt brève, nous étions bien jeunes (15 ans) et dans mes souvenirs nous revendiquions à peu près la même chose que des générations d’adolescents nous ayant précédé puis suivi, à savoir le droit de brailler comme des veaux en y envoyant tout chier si possible. Le groupe a disparu car brailler en jouant très fort n’était pas suffisant pour maintenir une cohésion d’ensemble entre des membres tirant à hue et à dia dans des directions diverses.

Te nourrissais-tu d’informations alternatives issues d’un réseau relativement underground, à l’aide notamment de fanzines (je pense entre autres à Kanaï, On A Faim !, Alerte Rouge, Molotov & Confettis etc…) ou autre? Es-tu nostalgique de cette époque des fanzines et autres radios pirates?

Pas vraiment, du moins je n’en ai pas souvenir. Je lisais Hara-Kiri, Métal Hurlant, des publications de kiosque mais pas réellement de fanzines, c’est arrivé plus tard au début d’In Aeternam Vale quand on s’est mis au mail art avec Pascal Aubert et que les labels K7 s’échangeaient leurs productions diverses. Concernant les radios pirates, j’officiais dans une d’entre-elle située sur la colline de la Croix-Rousse coté Saône, impossible de me rappeler son nom et d’ailleurs je ne suis même pas sûr qu’elle en avait un, par contre notre émission dominicale s’appelait « 3 litres à l’heure ». Tout change, tout est en mouvement tout le temps, je ne suis pas nostalgique.

Puis donc, In Aeternam Vale voit le jour. Tu produis beaucoup durant la première décennie, puis de moins en moins. La révolution digitale y est-elle pour quelque chose? Des changements radicaux se sont-ils opérés dans ta manière de produire?

En réalité la production ne s’est jamais vraiment arrêtée. En revanche c’est vrai qu’elle s’est ralentie. Le fait d’avoir un puis deux puis trois enfants fait que les activités et les priorités changent. Néanmoins j’ai toujours continué de produire soit sous mon nom propre soit sous d’autres noms tels que « Solid State », mais rien n’a été publié durant cette période. L’évolution digitale a ses bons et ses mauvais côtés. Je dirais qu’un des pire est qu’en gros de 1995 jusqu’à 2010 j’ai la sensation d’avoir passé plus de temps à faire des manips’, à débuguer des softs et des systèmes d’exploitation qu’à faire de la musique. Maintenant que les choses sont stables c’est enfin possible de faire de la musique avec des outils de production qui dépassent tout ce que j’aurais rêvé d’avoir en home studio il y a 35 ans. Quoiqu’il en soit les synthétiseurs soustractifs restent mon moyen de production préféré.

Qu’en est-il de ta vision du monde, des changements radicaux se sont-ils opérés dans ce domaine?

Pas vraiment. Mon niveau de sociabilité est sans doute plus élevé qu’il y a 35 ans, mais je suis toujours un « pessimiste / optimiste ». Mon côté misanthrope l’emporte souvent mais j’ai confiance en l’humanité dans son ensemble.

En terme de style aussi, IAV a évolué. Tes inspirations sont-elles toujours les mêmes? Il y a t’il d’autres étapes que tu aimerai franchir lors de ta carrière?

La musique me connecte à deux choses essentielles, les émotions et la liberté. Les émotions qui parfois m’échappent ou me dépassent et la liberté dont je me sens privé, à tort ou à raison, dans le monde tel que je le perçois. La musique me permet d’exprimer ce que je ressens et j’ai le sentiment de le faire de manière totalement libre depuis 35 ans. Je ne pense pas avoir de carrière, car avoir une carrière ce serait faire des choix directifs voir restrictifs, je ne sais pas quelle sera la prochaine étape.

Sur la bio IAV de Resident Advisor, on peut lire “Essentially the project of a single man”, et je suis donc intriguée par ce “essentially”… Peux-tu nous en dire plus sur ceux qui ont collaboré sur le projet au fil des années?

Ce n’est pas moi qui ai écrit cette bio, mais celle qui l’a écrit a compris la philosophie du projet qui d’ailleurs n’en est pas un au-delà de ce qui se déclenche ou pas au fil du temps. « Essentially » ça veut dire qu’au court de ces 35 ans de navigation musicale, certains étaient au départ puis son descendus lors d’une escale, d’autres sont montés lors d’une escale, d’autres encore ont pris le bateau en marche, partent et reviennent etc.. Et tous et toutes sont importants dans la génèse de la musique que nous avons pu faire ensembles. Quand les rencontres et les collaborations se font naturellement c’est généralement de là qu’émergent des morceaux intéressants.

Ta musique est à mon sens inter-générationnelle, indémodable et risque de fasciner encore pour des générations à venir. Qu’aimerais-tu que l’on retienne de IAV dans disons, 30 ans?

J’espère bien être encore vivant et toujours opérationnel ! J’aimerai simplement qu’on retienne que de la même manière que je jouais du punk dans une cave quand j’avais 15 ans, j’ai fait librement de la musique sans autre prétention que ça et que je suis heureux qu’elle ait pu trouver une résonance et exister au travers de celles et ceux qui l’écoute.

« La musique me connecte à deux choses essentielles, les émotions et la liberté. »

Tu sors un disque sur le label DEMENT3D, Funkytown. Comment a commencé ta collaboration avec eux? À quel type de voyage musical doit-on s’attendre?

J’ai rencontré Julien de DEMENT3D pour la première fois en 2013 lors d’un concert, avec le temps nous avons sympathisé et nous avons naturellement commencé à travailler ensembles.
Funkytown, c’est un projet qui me tenait à cœur car les morceaux composés entre 1989 et 2000 n’ont jamais été publiés et m’obsédaient depuis longtemps. J’ai pour le coup la prétention de penser qu’ils ne devraient pas plaire qu’à moi seul. Bien entendu tout ça reste éminemment subjectif, mais préparez-vous à un voyage intense (traduction : « Ça va chier !! »)

Enfin, si tu étais un BPM, lequel serait-ce et pour quelle raison?

Un BPM organique, un multiple de la marche ou de la respiration, car tout est rythme en nous à mon sens.


Se procurer le dernier Funkytown sur DEMENT3D : https://dement3d.bandcamp.com/
In Aeternam Vale sur Resident Advisor : https://www.residentadvisor.net/dj/inaeternamvale

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