Interview ascion-01

Published on mars 28th, 2018 | by Romane

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Ascion : « Énergie et atmosphère psychédélique de rigueur »

– INTERVIEW – Décidément, Delighted a un faible pour l’Italie. Cette fois, nous avons échangé avec le boss de Repitch Recordings et de 3TH Records, Ascion. En plus d’être franchement sympa, l’artiste ne cesse jamais de nous surprendre avec ses productions déjantées. Son style inimitable l’a d’ailleurs propulsé en haut de l’affiche des meilleurs clubs du monde. Qu’importe, ce qui compte pour lui n’est pas le lieu mais plutôt les sensations que procure la musique…

Propos recueillis par Romane
(SCROLL DOWN FOR ENGLISH!)


Ascion ! Merci de donner de ton temps à Delighted. Pour commencer, peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Je suis Pasquale, mon nom est Ascione, que j’ai réduit à Ascion pour que cela devienne mon surnom et alias depuis que j’ai eu mon premier ordi en tant que gamin (en 1999 je crois). Je suis né et ai grandi à Ottaviano, Naples au pied du volcan Vésuve, en Italie. J’ai passé la première partie de ma vingtaine au nord de l’Italie pour étudier à l’Académie d’Arts Appliqués de Urbino, puis je suis parti à Berlin où je vis encore, pour mieux me concentrer sur ma musique et mes projets visuels. J’adore faire de la musique électronique, je mixe, et pour le moment je gère trois labels, Repitch Records, 3TH Records et Cosmo Rhythmatic, je me sers aussi des deux premiers pour mes projets visuels.

Ton nom est très souvent associé à ceux de D Carbone et Shapednoise. Comment les as-tu rencontré et comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?

Davide est un vieil ami, je l’ai rencontré lors de mes années lycée, on vient de la même ville, et grâce à un ami en commun (on s’est rencontrés lors de sa soirée d’anniversaire), de la scène techno et de l’ennui qui régnait dans notre bled on a commencé à traîner ensemble tous les jours et à faire de la musique ensemble, notre principal échappatoire. On est comme deux frères, assez différents mais très attachés l’un à l’autre.
On a aussi habité ensemble à Turbino et lors de nos premiers mois à Berlin.
Et j’ai rencontré Nino à la période où le projet Repitch prenait vie. Nous sommes devenus des amis “virtuels”, on se parlait souvent. On s’est tout de suite bien entendu grâce à notre amour commun de la musique électronique, c’est un artiste bien à part avec une vision bien précise, ce qui faisait de lui l’artiste parfait pour compléter notre projet.

Ce n’est un secret pour personne que vous êtes tous les trois à la tête du label très qualitatif Repitch Recordings. Cela fait maintenant sept ans et près de vingt artistes ont sorti des LPs et EPs de folie pour vous. Quelle est l’essence de Repitch ?

C’est dur à dire, je pense que son essence est délimitée par le mélange de nos goûts, puis l’esthétique de chacun, le label se structure autour de différentes séries et concepts. Nous ne faisons pas de compromis, on ne se concentre pas sur les modes, du coup nos vies sont plus compliquées mais on préfère se concentrer sur l’authenticité de nos productions et le fait que les artistes soient libres et puissent taper aussi fort qu’ils le désirent sur notre plateforme… C’est surement ce qui rend notre label plus intriguant.

« Je suis plutôt mal organisé en terme de démo. »

Tu es en charge du contenu graphique pour Repitch, n’est ce pas ? Comment définirais-tu l’esthétique visuelle du label ? Qu’est ce qui pousse ta créativité ?

Oui, pour Repitch et 3TH Records. C’est un procédés indirect d’accumulation visuelle et de contributions. Je ne peux pas le définir et je ne le souhaite pas car j’oscille entre différents styles. Je pars généralement d’un sujet, puis je le détruis jusqu’à un niveau d’abstraction totale, puis le je reconstruis. Ils sont tous différents, prends Public Head sur 3TH par exemple (ndlr : photo ci dessous), je suis parti d’une photo de mon visage, en voyant la couverture, tu peux surement le deviner. Pareil avec Lucindo, Alien Invasion (3TH)… Si tu y regardes de près, tu pourras peut-être repérer Lucindo quelque part dans ce foutoir qu’est le design, qui n’est d’ailleurs autre qu’une fractalisation de lui-même. La série The Features sur Repitch donne un air surréaliste avec la tête des artistes qui se fondent pour n’en créer qu’une. La compilation des 5 ans (Repitch à nouveau) est une décomposition de texte et ainsi de suite… Dans un sens, elles se connectent toutes dans leur approche personnelle. J’adore que les gens trippent en voyant les covers et qu’ils y repèrent des choses.

Je présume que je suis guidé par la curiosité, par l’importance et l’impact de la musique et de l’art sous toutes ses formes pour rendre nos journées un brin meilleures.

Public Head, Ascion

Avant Repitch, il y avait Pitchers, c’est bien ça ? Peux-tu nous en dire plus sur ce vieux projet que tu avais avec D Carbone ? Une chance que vous lui redonniez vie un de ces jours ?

C’est un de nos premiers alias quand on faisaient et jouaient de la minimale. Repitch sous-entend ainsi le RE-commencement, avec le besoin de prendre une nouvelle voie sans nous soumettre aux règles implicites ou explicites des autres. Ne jamais dire jamais mais je ne pense pas qu’on lui redonnera vie d’aussitôt.

« On préfère se concentrer sur l’authenticité. »

Comment est-ce possible de jongler entre Repitch, 3TH Records et les autres labels pour lesquels tu as produit genre Black Sun Records ou Modularz par exemple ? Est-ce que tu adaptes ton style selon le label pour lequel tu produis ?

À vrai dire, je n’ai jamais rien fait qui soit pour un label spécifiquement. En général ce qui se passe c’est qu’ils sélectionnent un track parmi une sélection de sons que j’ai déjà fini. Parfois, tu sais… Je pense que cela peut fonctionner de temps en temps, c’est juste parce que chacun de ces labels a souvent son “son type” bien défini et je m’y retrouve grâce à certaines émotions que me procurent le design ou l’atmosphère. Je suis plutôt mal organisé en terme de démo, j’oublie plein de sons que j’ai fait… En fait, plein de mes tracks sortent bien des années après leurs compositions. Essentiellement, la majorité de ma musique n’est pas composée en me demandant dans quel moule elle va pouvoir rentrer. La plupart du temps, ce sont des idées qui me vagabondent en tête, et c’est ce que je kiff le plus.

Si un label me demande des démos, je leur filerai ce que je pense être le plus adapté à leurs goûts et ensemble on construira la release et éventuellement faire un truc de plus spécifique, si besoin.

J’ai lu quelque part que tu es “intéressé par les sorties techno peu standardes”, alors je suis curieuse de savoir ce que tu définirais comme une “sortie standarde” ?

Hah, et bien, ça dépend, je pense que la techno dite standard se base uniquement sur quelques éléments qui caractérisent le genre, comme ne souligner qu’un kick super droit et une séquence drone banale de plus de six minutes. Parfois on dirait que c’est accidentel. Ajouter des beats hyper classiques faits à la 909 ou 808 sur une séquence analogue quelconque sans y mettre la moindre âme est devenu un standard. C’est quand même plus sympa quand un brin de personnalité et de musicalité se font ressentir.

Pour avoir eu la chance de te voir jouer aussi bien au Berghain qu’à Vurt (à Séoul), j’étais hyper impressionné par l’énergie que les danseurs reçoivent pendant tes sets, en live ou non d’ailleurs. As-tu un endroit de prédilection pour tester de nouveaux sons ? Qu’est ce que le public idéal pour toi ?

Quand je joue un live ou un dj set, je suis motivé par l’envie de faire passer un moment qui a du sens aux gens, un bon moment quoi. Que l’ambiance soit dark ou non, l’énergie et atmosphère psychédélique doivent être de rigueur. Les gens viennent en clubs pour se libérer du stress, pour se détacher de la réalité et mon taff c’est de donner le meilleur pour eux.
Je suis ouvert d’esprit et je kiff aussi bien les petites comme les grosses foules, c’est difficile à dire, ça dépend du projet et de comment et par qui l’événement est organisé. Par exemple pour les deux noms mentionnés plus haut, c’était très différent mais à la fois deux moments très importants de mes dernières années, en partie grâce à la foule et à l’environnement du club.
L’excitement à Vurt en Corée du Sud avec Constant Value était unique. À chaque fois que je regardais les gens, ils étaient en extase totale, je suppose donc qu’ils avaient de vraies attentes en terme de musique, tracks après tracks, ça m’a poussé à me donner à fond. J’ai trop kiffé ! Pareil au Berghain pour la soirée Repitch avec plein de potes et de visages familiers sur la piste, c’était vraiment spécial.
Puis, j’aime surtout essayer mes nouveaux – étranges – sons dans des petits clubs en particulier. Souvent ce sont des lieux peu remplis mais les gens sont vraiment là pour écouter et kiffer le son, ouverts à tout, sans aucun préjudice.

Où te vois-tu dans une décennie ?

En train de faire le dj dans Second Life ou Virtual Reality, affirmant les Droits de l’Homme contre des dj à l’intelligence artificielle.


Ascion ! Thanks for giving Delighted some of your time :) As a kick-off to this interview, could you introduce yourself to our (very few) readers that may not know about you yet?

I’m Pasquale, my surname is Ascione which I shortened to ‘Ascion’ to use it as my nickname and alias since I was a kid when I got my first personal computer (I guess 1999). I was born and raised in Ottaviano, Naples at the feet of the Volcano Vesuvius, in Italy. I spent my early twenties in north Italy to study at the Academy of Fine Arts of Urbino, then moved to Berlin where I still live, to better concentrate on my music and visual projects. I love to make electronic music, I deejay, right now I am running three record labels, Repitch Recordings, 3TH Records and Cosmo Rhythmatic whom the first two I use also as my visual outputs.

Your name is very much often associated with D. Carbone’s and Shapednoise’s names. How did you all meet and decide to work together?

Davide is an old friend, I’ve met him during the high school times, we come from the same town, and because of a common friend (we met at his birthday party), the local techno scene and the boredom in our town we ended up hanging out every day and of course make music together, our main escape. We are like brothers, we are quite different, but yet very attached. We also used to live together in Urbino and in the first periods in Berlin.

I’ve met Nino while the Repitch project was being born. We became ‘virtual’ friends, chatting regularly. We got very well along because of the common love we have for electronic music, he’s a singular artist with a strong vision so he was also perfect to complete our label project.

It is no secret to anybody that you three are running the high-quality label Repitch Recordings. It’s been about seven years now and more than 20 artists released amazing LPs and EPs for you. What’s the essence of Repitch?

Difficult to say, I think its essence is delineated by the mixture of our tastes, then the aesthetics, the label structure with the different series and concepts. We have no compromises, we don’t focus on the trend, consequently our life is harder, but we prefer to be all about the authenticity of the music producer and the fact that in our platform they can be as free and hard as they want. This probably makes the label more intriguing.

You are in charge of the graphic content for Repitch, am I right? How would you define the visual aesthetic of the label? What drives your creativity?

Yes, Repitch and 3TH Records. It is an indirect process of accumulating vision and inputs. I can’t define and I don’t want because I like to change in between styles. I usually start from a subject, then I destroy it up to a level of complete abstraction and reshape it again. They are all different > Public Head (3TH) for example, I started from a picture of my head. Looking at the cover, you could maybe tell. Same with Lucindo, Alien Invasion (3TH), if you look at it closely you might spot Lucindo somewhere in the mess of the design which is a fractalization of himself. The Features series (Repitch) give a sense of surrealism with the artists faces melted in one. The 5 Years Compilation (Repitch) is a decomposition of a text and so on.. In a way, they all connect in a personal approach. I like that people trip about the covers and spot things.

I presume that I’m driven by curiosity and the importance and impact of music and art forms that might make our days slightly better.

« I like that people trip about the covers and spot things. »

Before Repitch, there was Pitchers, right? Can you tell me more about this former project of D Carbone and you? Any chance that you two will bring it back to life someday?

That’s one of our first aliases when we were playing and making minimal music.
Repitch indeed underlines the RE-start, in a new pitch, with the need of a new journey without submitting ourselves to the written and unwritten rules of others. Never say never but i don’t think we will bring it back anytime soon.

How easy or hard is it to juggle between Repitch, 3TH Records and the other labels you’ve released for like Black Sun Records or Modularz for example? Do you anyhow adapt your style to the label you’re releasing for?

Actually, I rarely did anything that was meant for a specific label. Mostly, it happens that things are picked up from a selection of tracks made in past periods. Sometimes, you know… I think maybe this can where here and there, it’s just because each of those labels often have their own defined sound and I link to it through certains feelings designed by rhythms and atmospheres… I am quite messy with my demo, I forget many tracks I’ve made… In fact, many on my tracks are released years after their conception. Essentially, most of the music I make is not based on the precise idea of where it can fit right away. Most of the time they’re free-floating ideas, which I enjoy the most.
If a record label asks for a demo I’ll send those I think are the closest to their taste and build the release up with them and eventually make something more specific if needed.

I read somewhere that you are “are interested in nonstandard techno releases” so it made me curious as to what you’d define as a standard techno release?

Hah, well, it depends, I think standard techno is based only on those few elements that characterize the genre, like emphasizing only a straight-forward Kick drum and Ride with a random drone sequence for about 6 minutes. Sometimes it also sounds just accidental. 909 or 808 classic beats on a random analog sequence without putting any soul became a standard. It is nicer when that bit of personality and musicality appears.

« I’m driven by curiosity. »

Having been lucky enough to see you play in both Berghain and Vurt, I was impressed by the energy people get from your sets, whether live or not. Do you have a favorite place to try new music out? What’s the ideal crowd for you?

When I perform a live or deejay set, I’m driven by the aim to give a significant time to people, a good time. In a dark or up-mood, energy and a psychedelic atmosphere must be involved. People come to the clubs to release their stress, to detach from reality and my job is to provide the best for them.

I am open and enjoy both small and big crowd, I can’t really say, it depends on the whole project and how the event is organized and by who.
For example, both cases mentioned above were yet very different but at the same time have been two very important moments in the last years, significant also due to the crowd and the environment.

The excitement at Vurt (South Korea) with Constant Value was unique. Each time I was looking at the people they were in full ecstasy, so I assume that they had big expectations to the music, succeeding each next track, which made me give my best. I loved it. Similar story at Berghain at Repitch Night, with a lot of friends and dear people on that dance floor it has been quite special. Then, I mostly like to try new and -weird- records especially in small venues. Often those are the ones with less people but really they are there to listen and enjoy music, open to the new, without big prejudice.

Where do you see yourself in a decade?

Deejaying in Second Life and Virtual Reality, claiming human rights against A.I Deejays.


Ascion sur Facebook : https://www.facebook.com/ascionworks/
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