Interview Arnaud Le Texier 15

Published on septembre 26th, 2018 | by Romane

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Arnaud Le Texier : « Hypnotic Dark Electronic Textures »

– INTERVIEW FR / EN – Cette semaine, Delighted a eu le plaisir de s’entretenir avec une figure emblématique de la scène techno, Arnaud Le Texier. Une carrière entamée en France, poursuivie au Royaume-Uni depuis plus d’une décennie. À la tête du label Children Of Tomorrow, il vient d’ailleurs d’y sortir son premier LP, Granular Therapy. Une vie bien remplie, qui méritait bien quelques questions… 

Propos recueillis par Romane
(SCROLL DOWN FOR ENGLISH!)


Ta biographie RA indique qu’avant de te lancer dans la production, tu gérais des magasins de disques. Peux-tu nous en dire plus à ce propos ? Te souviens-tu de certains de tes disques coup de coeur de l’époque ?

En fait, l’histoire commence en 1992 lorsque je suis allé dans une rave à Rennes pour les Tranmusicales. Là, j’ai trouvé un flyer pour un disquaire et après la soirée, j’ai téléphoné pour savoir où se trouvait ce magasin et j’ai appris en faite qu’il n’y en avait pas mais que le propriétaire vendait des disques dans une boîte de nuit à Rennes de temps en temps.
Il y faisait des reunions avec des DJ locaux pour vendre ces disques, car à l’époque, d’autres magasins comme la Fnac avaient décidé d’arrêter la vente de vinyles, pour eux c’était un produit obsolète à cause de la nouvelle révolution du CD.
J’ai donc sympathisé avec le patron et il m’a expliqué qu’il tournait avec son 4×4 en France pour vendre des vinyles dans les clubs. Je l’ai accompagné plusieurs fois en tournée. Un jour il m’a dit qu’il avait l’intention d’ouvrir un magasin à Rennes et qu’il voulait que je m’en occupe pendant qu’il faisait encore le tour de la France.
J’ai dirigé le magasin de Rennes de 1993 à 1996 puis, en 1996, il a décidé d’ouvrir un autre magasin à Paris et je m’y suis installé pour gérer ce magasin jusqu’en 2001 alors que mon ami Emmanuel Ternois a pris la direction du magasin de Rennes.

Les années 90 ont été un grand moment pour la qualité des sorties. Mais je dirais qu’un disque en particulier m’a influencé pour toujours, le Basic ChannelPhylyps Track II / II, car je me souviens de ce moment dans le magasin de Rennes quand je l’ai reçu et de ma réaction. Je pensais que c’était du pur génie, un track techno minimale de 13 minutes avec une boucle qui reste la même du début à la fin mais évolue subtilement. Un classique qui ne m’a jamais quitté mon bac à disques.

Quel genre de souvenirs as-tu de ta résidence au Queen dans les années 90 ? Est-ce d’une manière ou d’une autre comparable à tes nombreuses apparitions à la Fabric de Londres, où tu as tes habitudes ?

J’ai de bons souvenirs c’est sûr. J’ai appris ce que c’est que d’être résident et de jouer de longs sets réguliers avec une moyenne de 5 à 7 heures par nuit, souvent 4 fois par semaine. J’ai même une all night long un samedi sur 2 où je jouais pendant 9 heures.

Le Queen au début était un club gay; c’était le Berghain des années 90 à Paris. A l’intérieur, tu étais libre de faire ce que tu voulais et ils avaient une sélection de folie à la porte… C’était le club où tout le monde voulait aller et Dj’s voulaient jouer. Le club à un moment donné est devenu plus commercial à mon goût et c’est à ce moment-là que j’ai décidé d’arrêter ma résidence.

Fabric est le club où j’ai pris un réel plaisir à jouer car ils ont une véritable vision underground de la musique. J’ai eu la chance de jouer dans les 3 salles. Le son dans le club est tout simplement fabuleux et tu peux jouer ce que tu veux avec de longs sets. L’équipe de Fabric est passionnée, même les videurs viennent demander les tracks ID.

D’ailleurs, peux-tu nous parler des raisons pour lesquelles tu es parti habiter au Royaume-Uni il y a près de douze ans déjà ?

J’allais à Londres presque tous les mois avant de déménager et chaque fois, je pensais que je voulais vivre dans cette ville. J’étais fatigué de Paris qui, à l’époque, n’était pas au meilleur de sa forme ce qui a bien changé depuis. En 2006, j’ai déménagé à Londres. C’était un grand choix de tout quitter parce que je partais de zéro dans une nouvelle ville… mais j’ai eu de la chance car j’ai rencontré des gens formidables qui m’ont aidé à m’installer facilement. C’est une ville beaucoup plus cosmopolite que Paris et une ville en perpétuel mouvement qui se construit constamment et change constamment. Et comme j’aime les changements, c’est parfait.

« Le Queen, c’était le Berghain des années 90 à Paris. »

Depuis 2011 tu gères le label Children Of Tomorrow, qu’avait créée Emmanuel Ternois en 2008. Peux-tu nous expliquer comment et pourquoi tu as rejoint l’aventure à ses côtés ?

J’ai rencontré Emmanuel Ternois vers 1993 quand je travaillais au magasin et nous avons immédiatement sympathisé. Il venait de Paris et il avait de bonnes connaissances musicales. Il adore la techno de Detroit et Chicago pour le côté dirty et j’ai les mêmes goûts. Nous avons commencé à faire des soirées à Rennes ensemble.

À un moment, il a tout arrêté mais nous sommes restés amis. Plusieurs années plus tard, il voulait ouvrir un label et je lui ai donné des conseils. Plus tard, avec la naissance de ses jumeaux, il a eu moins de temps pour le gérer, alors j’ai commencé à l’aider et puis juste comme ça je l’ai rejoint.

Près d’une quarantaine d’artistes mais… aucune femme dans vos rangs. Est-ce une volonté de votre part ? Ne penses-tu pas qu’on devrait accorder une place plus importante au “sexe opposé” dans le monde de la techno et de la musique électronique en général d’ailleurs ?

Ce n’est pas vrai que nous n’avons pas d’artistes féminines, nous avons Insolate. Et avec qui, d’ailleurs, je vais bientôt sortir une production. Bientôt, nous allons aussi avoir Kuroi, une nouvelle artiste espagnole.
Sur le label, nous signons la musique qui nous correspond et ce n’est pas un choix en fonction du sexe, de la couleur, etc. La réalité est que nous avons plus d’hommes que de femmes qui envoient des démos.

Tout le monde a sa place tant que la musique est de qualité.
Je pense que nous devrions tous être considérés au même niveau malgré le sexe, la couleur et la religion. Il est stupide de penser le contraire en 2018 et encore plus quand tu exerces un Art.

Le 19 Septembre sort d’ailleurs ton premier album sur Children of Tomorrow. Granular Therapy est un vrai régal auditif ! Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de sortir un LP ?
Merci pour le compliment. Je pense que j’avais besoin de temps car j’étais très occupé avec mes labels, la production et mes dates. Tu dois pouvoir avoir du temps libre ou abandonner certaines choses pour écrire un album. Comme Children Of Tomorrow fêtera bientôt 10 ans et que je fais de la musique depuis 30 ans, c’était une bonne occasion.

Si tu devais d’ailleurs décrire l’univers de Granular Therapy en quatre mots… Lesquels seraient-ce ?

Hypnotic Dark Electronic Textures


Your biography on RA indicates that before you started in the production, you managed record stores. Can you tell us more about this? Do you remember some of your favorites at the time?

In fact, the story begins in 1992 when I went to a Rave in Rennes for the Tranmusicales. There I found a flyer for a vinyl record store and after the party I rang to find out where the shop was and was told that there was no shop but the owner was selling records in a night club in Rennes once a month.
He was meeting with local DJs to sell them records because at the time other stores like Fnac had decided to stop the sale of vinyl because it was an obsolete product in their eyes due to the new CD revolution.

So I sympathised with the boss and I was explained that he was touring with his 4×4 around France to sell vinyls in clubs. I then went touring with him several times and one day he told me that he intended to open a store in Rennes and that he wanted me to take care of it while he was still doing the tour around France .
I managed the store in Rennes from 1993 to 1996 and then in 1996 he decided to open another store in Paris and I moved there to manage that store until 2001 while my friend Emmanuel Ternois took over the management of the store in Rennes.

The 90s were a great time for the quality of the prods. But I would say that one particular record influenced me forever, the Basic Channel – Phylyps Track II / II, because I remember that moment in the store in Rennes when I received it and my reaction. I thought it was pure genius, a minimal techno track of 13 mins with a loop that remains the same from the beginning to the end but evolves subtly. A classic that has never left my record box.

What kind of memories do you have from your Queen’s residency in the 90s? Is this one way or another comparable to your many appearances at the Fabric in London, where do you have your habits?

I have good memories for sure. I learned what it’s like to be a resident and play regular long sets with an average of 5 to 7 hours a night, often for 4 times a week. I even had an all night long every 2 Saturdays playing for 9 hours.
Queen at the beginning was a gay club; it was the Berghain of the 90s in Paris. Inside you were free to do what you wanted and they had a crazy door selection … It was the club where everyone wanted to go & Dj’s wanted to play. The club at one point became more commercial for my taste and that’s when I decided to stop my residency.
Fabric is the club where I took a real pleasure to play because they have a real underground vision for music. I had the chance to play in the 3 rooms. The sound in the club is just fabulous and you can play whatever you want with long sets. The team working in Fabric are all passionate, even the bouncers come to ask for the track id.

By the way, can you tell us why you moved to the UK almost twelve years ago?

I was going to London almost every month before I moved and every time I was thinking I would have liked to live in this city. I was tired of Paris which at the time was not at its best so in 2006 I moved to London. It was a big choice to leave everything because you start from zero in a new city… but I’ve been lucky because I met some great people that helped me to settle easily. It is a much more cosmopolitan city than Paris and a city in perpetual movement that builds constantly and changes all the time. And as I like changes it’s perfect.

Since 2011 you manage the Children Of Tomorrow label, created by Emmanuel Ternois in 2008. Can you explain to us how and why you joined the adventure with him?

I met Emmanuel Ternois in around 1993 when I used to work at the store and we sympathised straight away. He was coming from Paris and he had a good musical knowledge. He loved the Detroit Techno and Chicago for the dirty side and I’ve the same taste. We started making parties in Rennes together.
At one point he stopped everything but we remained friends. Many years later he wanted to open a label and I gave him some advice. Later with the birth of his twins, he had less time to manage it so I started to help him and then just like that I joined him.

About forty artists but… no women in your ranks. Is it a desire on your part? Do not you think that more emphasis should be placed on the « opposite sex » in the world of techno and electronic music in general?

It’s not true that we don’t have female artists, we have Insolate. And with whom, besides, I’m going to release some production soon. Soon we are also going to have Kuroi, a new Spanish artist.
On the label we sign the music that corresponds to us and it is not a choice according to gender, color, etc … The reality is that we have more men than women sending demos.
Everyone has their place as long as the music is quality.
I think we should all be considered at the same level despite gender, color, religion. It’s stupid to think the opposite in 2018 even more in music that is Art.

Queen Club was the Berghain of the 90s in Paris.

September 19th is the release date of your first album on Children of Tomorrow. Granular Therapy is a real treat! But why wait so long before releasing an LP?

Thanks for the compliment. I think I needed time because I was very busy with my labels, the production and gigs. You have to be able to have free time or to give up certain things to write an album. Since Children Of Tomorrow will celebrate 10 years soon and I have been doing music for 30 years it was a good opportunity.

If you had to describe the world of Granular Therapy in four words… which ones would you pick?

Hypnotic Dark Electronic Textures


Se procurer Children of Tomorrow https://childrenoftomorrowrecords.bandcamp.com/
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Suivre Arnaud Le Texier sur RA : https://www.residentadvisor.net/dj/arnaudletexier

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