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Published on mai 29th, 2015 | by Piotr

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Weather OFF, le Chant du Monde

De l’Institut du Monde Arabe à la Gaieté Lyrique, les premiers OFF du Weather, incarnés par Sergie Rezza et Voices From the Lake ont lancé le festival sur la voie de l’élitisme. Retour sur deux performances inhabituelles et ô combien réussies.

Un grand festival se révèle souvent par les OFF qui l’entourent. Parfois, ils prennent même le pas sur le ON. Avec ces deux événements en marge du « Main Event », Weather prouve qu’il a l’intention de s’installer durablement comme LE festival des musiques électroniques du Grand Paris. Ils suivent ainsi l’exemple des Nuits Sonores, devenues une institution dans le Grand Lyon, tant elles fédèrent les générations et investissent la métropole lyonnaise. Pour le Weather, c’est en partie réussi. Et votre serviteur, peu à l’aise dans les grands festivals en plein air se contente bien de l’état d’esprit des OFF.

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Sergie Rezza, le live à quatre mains de DJ Deep et Roman Poncet

Sergie Rezza, une heure à travers les cinq continents

Vous connaissez peut-être ces publicités SNCF où on vous vend « Paris-New-Dehli, 20 minutes avec la ligne L du Transilien » (descendez à Bécon les Bruyères et visitez le Palais des Indes). Et bien le live de Sergie Rezza est une sacrée escapade. Mais c’est un truisme de dire que la musique fait voyager. Tout passionné l’a déjà compris. « Un voyage en métro est parfois plus riche d’enseignements qu’un voyage sur les mers ou dans des pays lointains », écrit l’Américain Philippe Roth. Une nuit en club, un live à l’Institut du Monde Arabe et à la Gaieté Lyrique valent encore plus qu’un ticket de métro.

Mercredi soir, au neuvième étage de l’Institut du Monde Arabe, le premier live mondial de Sergie Rezza apporte déjà un cachet au OFF. Il y a peu de points communs avec les reflexes habituels des DJs qui se dissimulent derrière Sergie Rezza : DJ Deep et Roman Poncet ont lâché leur univers habituel pour un autre. La preuve d’une maturité incontestable pour Romain, celle d’une fraîcheur musicale pour Cyril. Le temps passe. Les grandes signatures restent.

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Sergie Rezza à l’Institut du Monde Arabe mercredi soir

Sergie Rezza a surpris. Les deux parisiens ont préparé leur live dans un des meilleurs studios d’Europe, celui de la Red Bull Music Academy. On s’attendait certainement à ce que DJ Deep et Roman Poncet trahissent un moment ou un autre leur patte techno. Niet. Rythme tantôt languide, tantôt effréné, les basses restent étouffées, et Sergie Rezza offre un magnifique voyage sur les cinq continents : une méharée à dos de dromadaire en plein Sahara, la traversée des plaines de l’Est en Orient Express, une course poursuite sur les toits de Calcutta, ou une flânerie dans les souks de Marrakech.

Derrière, Paris se laisse bercer, et envoie ses derniers travailleurs au lit. La cathédrale bifide drape le soleil. Elle le borde pour mieux le mettre au lit. Pourtant, le live de Sergie Rezza ressemble à un empire qui jamais ne voit le soleil se coucher. Par tranches musicales, nous sommes toujours entraîné sur un autre morceau de terre où la lumière brille encore. En attendant la publication du live, si un son peut vous aider à saisir l’atmosphère de Sergie Rezza, écoutez Last Train To Lhasa de Banco De Gaia.

Nous avons dansé sur un volcan

Écouter un live de Voices From The Lake, c’est réapprendre que tout n’est pas immédiat. Cultiver la patience. Savoir parfois s’ennuyer. Dans une société où on doit toujours être affairé, l’ennui est devenu un gros mot. On ne le supporte pas. Et ceux qui ne comprennent pas la techno vous diront toujours qu’ils s’emmerdent. « C’est toujours la même chose ». On veut du « tout tout de suite ». C’est ce qui minerait ce courant musical justement. Car l’ennui apporte beaucoup, et c’est le propre du live progressif proposé par le duo italien. Prendre son temps, livrer son public parfois à l’ennui, avant de le surprendre et de se jeter corps et âme dans un face-à-face avec les machines.

Les visuels d’Heleen Blanken qui éclaboussent les murs de la Gaieté Lyrique participent à la fraîcheur de cette musique où les machines sont au service de la nature : gouttes d’eau, roches cristallines, pierres précieuses, basalte…

Voices From the Lake explose depuis leur premier EP Silent Drops (« gouttes muettes »). Une techno poétique, habitée. Ici, la performance est d’abord plus ambient que le live proposé aux Nuits Sonores. Les artistes s’adaptent. Lier des sonorités industrielles, profondément urbaines avec le grand air est un sacré enjeu. Le défi est relevé, et le duo n’hésite pas à faire rapidement danser son public. Par ce live minéral, aqueux, on assiste finalement à une performance très techno, sublimée par cette reprise à la toute fin du live. Un retour sur scène où les deux Italiens se lâchent. Au fond de la salle Heleen Blanken sourit : ses visuels à 360° ont illustré l’esprit distillé par Voices From the Lake. Sa performance reflète les mots de notre rencontre en avril à l’Electric :

Au vestiaire de la Gaieté Lyrique, le personnel lit un livre. La quiétude règne et justement, le live de Voices From the Lake allié aux visuels de Blanken rappelle certaines lectures où la nature est célébrée : Noces d’Albert Camus, Le Chant du Monde de Giono ou Le Tumulte des Flots de Mishima. Lectures parmi d’autres… Ce jeudi soir en plein Paris, nous avons dansé sur un volcan.

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L’univers singulier des visuels d’Heleen Blanken

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"ich bin meine Maschine"



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