Reports Nuit 4_Rodahd

Published on juin 11th, 2014 | by Piotr

0

Nuits Lyonnaises, Nuits Sonores

Delighted, éduqué au rythme des soirées parisiennes, est parti découvrir la nuit lyonnaise. Premier épisode de notre série : les Nuits Sonores, rendez-vous incontournable des musiques électroniques en France.

Sur le quai Gailleton, au pied du pont de l’Université, Jean-Pierre boit son Côtes du Rhône dans un verre en plastique. Assis sur le trottoir, en face du bar Le Gaulois, il mendie une pièce à ceux qui vont les dépenser en clopes et en bières. Il est saoul Jean-Pierre, ses yeux débordent sur les joues, et la moitié de ses dents a disparu. Lyonnais d’origine, ancien maçon, il a connu l’OL de Lacombe, Tigana et Domenech. Il regarde passer cette foule de jeunes qui coule comme un fleuve. Pas sûr qu’il devine où ils vont. Pas sûr qu’il en ait quelque chose à foutre. Les jeunes c’est pas le bon plan. Ça donne au max une clope en sortant du tabac. Mais au moins c’est joyeux et ça dit bonsoir. Jean-Pierre s’écrie d’ailleurs : « Le matin on dit bonjour, et le soir on dit bonsoir » Salut Jean-Pierre, santé ! On te roule une clope et on file aux Nuits Sonores mon pote.

Confluence, quartier du nouveau millénaire

À Lyon, à part Jean-Pierre, tout le monde connaît les Nuits Sonores. En douze éditions, l’équipe Arty Farty a su faire de la ville un terreau des musiques électroniques. A la sorties des lycées, sur le banc des facs, on ne parle que de ça, on compte sur les doigts les jours avant le grand rendez-vous. Le festival ne s’isole pas en marge de la ville, il intègre au contraire la cité au cœur de son projet musical. On danse dans la rue, au bord du Rhône et de la Saône, on investit un concessionnaire automobile, on réhabilite, le temps d’une nuit, une friche industrielle. Les exemples pleuvent de ces lieux insolites où la musique actuelle trouve sa place, au cœur d’un univers visuel étudié. Et cette année, un quartier était mis à l’honneur : la Confluence, nom donné au quartier au bout duquel se rejoignent la Saône et le Rhône. Depuis quelques années à peine, Confluence a vu naître le quartier du nouveau millénaire : appartements durables, centre commercial zen et spacieux des brochures de com’, musée futuriste… l’ancienne zone agricole de la Confluence est devenu l’incarnation d’une ville moderne, un « Metropolis » écolo. C’est à l’Hôtel des Régions que l’organisation des Nuits Sonores a installé son campement. Omniprésent sur internet et dans Lyon, Arty Farty est une organisation précise. Cela donne un festival bien ficelé où les faux pas sont rares. Enfin c’est à la Sucrière et à l’Ancien Marché de Gros, friche métallique imperturbable, que la scène prend vie, que les artistes font vivre les Nuits Sonores.

SONY DSC

Un éclair dans les Nuits : Efdemin

Si Lyon est le cœur des Nuits Sonores, les artistes en sont le poumon. Ils entrent et vident les scènes comme l’organe se rétracte. Lors de cette douzième édition, l’organisation avait choisi l’éclectisme comme antienne. Il fallait montrer la diversité des musiques électroniques, inviter l’expérimental, le rock, la dub, savoir les marier avec la house et la techno.

Cela marche avec le live fascinant du duo de Fuck Buttons dans le métal glaçant du Marché de Gros, une électro expérimentale reine des débuts de soirées enfiévrées. Cela échoue avec Trentemøller et son groupe, perdu dans l’excès de ses sonorités, incapable de raconter, à deux heures du matin, quoi que ce soit aux oreilles qui l’écoutent. Ce soir-là, le dernier des Nuits Sonores, c’est dans le hall 2 qu’il fallait danser. Une triplette effrénée a bouclé le festival : Efdemin, Agoria et Rødhad. C’est enchâssé dans les visuels d’une forêt angoissante digne d’Hansel et Gretel que l’Allemand Efdemin a signé une performance somptueuse, mêlant chaque identité des labels où il a signé : Ostgut Ton, Perlon, Dial… Son set a été filmé par Arte, sa puissance est saisissante.

Puis Agoria, chez lui à Lyon où il a créé le label Infiné, et enfin Rodhad dont le nom revient toujours, ont honoré une si belle entrée en matière par une techno agitée, logique, sans coupure. Dans le complexe sonore qu’impose un hangar qui réunit des milliers de raveurs, il faut laisser une ligne de basse cohérente et dansante.

Lyon est une ville qui ose

Par l’attraction qu’elles génèrent, les Nuits Sonores font de Lyon une destination musicale prisée, un rendez-vous qui ne s’arrête pas aux soirées. L’European Lab réunit au moment du festival les artisans de la culture et de la création autour des grandes problématiques actuelles et d’un défi unique : propager une culture libre, saine et indépendante. Les Nuits Sonores investissent une friche industrielle, font découvrir à des jeunes de vingt ans des artistes comme Kraftwerk et Robert Hood. Elles s’enracinent dans l’histoire riche et mouvementée d’une ville, Lyon, et d’une musique, l’electronic. Par ces repères culturels, elles innovent, provoquent nos certitudes musicales, stimulent les jeunes générations, les encouragent à créer. Les Nuits Sonores, fondées par l’intrépide Vincent Carry, intimement liées à la terre lyonnaise, sont le symbole d’une ville qui ose.

Prochaine nuit lyonnaise sur Delighted : New Deal, une nuit dans l’art déco

Toutes les photos sont ©:  NICOLAS DARTIAILHKEVIN BUYZACHARIE GAUDRILLOT-ROYBRICE ROBERTDENIS CHAUSSENDE

 

Tags: , , , , , , , , ,


About the Author

"ich bin meine Maschine"



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Back to Top ↑