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Published on juillet 10th, 2014 | by Piotr

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La rave Plein Ouest : souvenirs d’Astropolis (1/2)

« Astropolis, c’est la dernière rave en France. » Manu le Malin

 

Parier qu’il va pleuvoir dans le Finistère, c’est miser sur une victoire du PSG contre Ajaccio au loto foot. La cote n’est pas bien haute, et c’est bien la pluie qui crache sur Brest le vendredi 5 juillet. On écoute alors le Brestois Miossec – révélé à Astropolis – entonner le Tonnerre de Brest : « Mais nom de Dieu, que la pluie cesse ! ». Du vent, une pluie incessante, la défaite des Bleus… Heureusement qu’on allait voir Rødhåd. La nuit à La Suite, sur les docks du port de Brest, a vite fait oublier le mauvais temps. Ce soir là, on revisitait le disco avec MCDE (Motor City Drum Ensemble), et on apprenait que la House avait de beaux jours devant elle avec le même bonhomme. Puis on a fait cap sur la techno avec l’inusable Derrick May, qui perdait une goutte de sueur par BPM sous les boules à facette de l’Astroclub. Enfin, on prit la claque attendue par Rødhåd, méconnu en Bretagne. Souriant, clope au bec et doigts vissés sur sa table, l’Allemand réveillait Brest détrempé. Dès lors, on ne pensait plus à ce ciel d’enterrement, encore moins à l’élimination de l’Equipe de France. Rødhåd refusait tout de même de porter le maillot floqué Gourcuff qu’on lui tendait. Faut pas rêver…

IMG_1862Techno dans un décor disco: Rødhåd à La Suite le vendredi

Une nuit de club idéale pour se mettre en jambe avant le Manoir de Keroual. On allait vraiment ressentir l’ambiance du festival en recroisant les bouilles de la veille dans le bois de Keroual. Le parking se remplissait en début de soirée, et le ciel avait cessé de se plaindre dès la fin d’après-midi. Bière à la main, on plongeait dans cet entonnoir qu’est la longue route qui mène au site depuis le parking. Vingt minutes de marche pour les vingt ans d’Astro : des blagues, un briquet pour dégoupiller sa « 16 », une pause pipi, deux clopes. Le manoir apparaissait alors. Et comme Astro qu’il accueille depuis des années, la pluie n’a su lui faire prendre l’eau.

Voici donc cinq histoires pour vous faire revivre la magie du Manoir de Keroual. Pour évoquer ces soirées qui ne finissent pas avant que le jour soit bien clair, les Allemands parlent de « Sieg über die Sonne. » On se contentera de la traduction : « Victoire sur le soleil». Rave up bordel !

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Vans, clios, camping cars et caissons de basses sur le parking de Keroual

 – Le lieu : La Cour

Mekanik, Astrofloor, Scène Tremplin, Chilled Out. A ces quatre scènes dominées par la grande roue, un phare au-dessus de Kéroual, s’ajoute La Cour, scène techno mythique du Manoir. C’est la plus belle. Les artistes défilent sous le granit imperturbable de l’édifice. Sur la gauche, un portique de pierre donne vraiment l’impression d’un espace clos, privilégié. Un espace hors du temps. Pour les ingénieurs du son, je ne vois pas de plus beau panorama que celui de la régie sur la terrasse qui surplombe la Cour. A ce décor celtique, la musique participait à l’ensorcèlement. Oniris puis Xosar plongeaient la foule dans une univers fantastique, un techno aux sonorités presque médiévales, enchanteresses. On avait presque envie de partir à la guerre, et le bois de Keroual devenait la forêt de Brocéliande.

Suivait ensuite l’un des maîtres du lieu, Jeff Mills. Devant ce public intergénérationnel – ce qui crée véritablement l’esprit « rave » d’Astropolis – Jeff Mills livrait une techno futuriste, robotique. Le casque éternellement cloué aux oreilles, The Wizard transformait la Cour en Metropolis. Certaines performances vous évoquent une couleur. Jeff Mills nous a élevé vers un ciel bleu foncé, violacé. Un ciel étoilé comme la chemise qu’il portait. Un set hélas beaucoup trop court, là où le live inconstant de Xosar fut bien trop long. Après l’interlude de Scuba, Tale of Us rendait très « parisienne » cette matinée sur la Cour. Les deux frères italiens avaient préparé le breakfast parfait : de la deep house mélodieuse, un rythme plus lent. La vidéo des collègues de Sourdoreille retransmet l’esprit du set de Tale Of Us. Après le bed and breakfeast, lançons pour de bon le house and breakfast.

– L’artiste : Manu le Malin

« MEKANIK ! Ouais… » Sous le chapiteau de la scène Mekanik réservée au hardcore, le voix de Manu résonne encore dans nos têtes. L’artiste emblématique de la scène hardcore est la figure des vingt ans du festival. Omniprésent, surexcité, Manu le Malin électrisait le public breton. Il était chargé d’animer la nuit Mekanik, une nuit en hommage à la reine du hardcore décédée en 2001, Liza’N’Eliaz. Alors que Micropoint permettait aux délurés de sauter depuis la scène dans la foule, Manu le Malin hurlait dans le micro, présentant les artistes à leur arrivée sur scène et réchauffant le public. « Nananana ! On n’est pas là pour rigoler… Astropolis, vingt ans ! Vingt ans !! » A la Mekanik, on se dit que maintenant ou il y a dix ans, l’atmosphère est restée la même. C’est la scène préférée des Bretons, et Manu le leur rend bien. Depuis ses débuts et les afters sous le Pont de Tolbiac, Manu ne cesse de clamer que la Bretagne est sa seconde patrie. Le disciple de Liza a rendu un hommage fantastique à la prêtresse de la techno hardcore. Liza a marqué une génération de raveurs, et Manu le Malin est sur le point de l’imiter. Avec Micropoint, Manu, Laurent Hô… on se sentait bien à la Mekanik et on en avait presque oublié Jeff Mills.

 

– Le son : Victor Calderone et Nicole Mudaber – The Journey Begins

 A la Cour, Scuba succédait à Jeff Mills. Le Britannique manque cruellement de charisme et de présence sur scène – surtout après le passage du Wizard – mais son set était implacable. Une techno envolée, moins rectiligne que celle de Jeff Mills. De 4h30 à 6h, Scuba accompagnait les raveurs avec des sons qui claquent, qui grimpent et descendent. On en a retenu un, dont la mélodie nous fait voyager depuis deux ans. A l’aube, la Cour restait électrique :

 
– L’image : Laurent Garnier & Manu le Malin

L’image forte du festival, c’est le back to back inédit entre Laurent Garnier et Manu le Malin. C’était une surprise, et elle a réveillé l’Astrofloor au petit matin. Dans les haleurs du chapiteau embrumé, on distinguait à peine nos deux icônes. On reconnaissait simplement leur style : le pas de danse de Manu et la classe de Laurent. Et puis cette voix : « Alors les Bretons, on dort ? » Laurent, on est au bout du rouleau, on danse depuis 23h…

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© Alban Gendrot – http://fb.me/agendrot

– Les festivaliers :

Une Toyota sept places, un arrêt dans la salle communale d’un bled à une heure de Paris pour le match des bleus, Radio FG et puis roule… roule jusqu’à Brest, jusqu’à la ville aux étoiles. Pour Astro, cette équipe de sept parisiens a avalé ses six heures de route. « Un trait danger, deux traits sécurité », « une pause toutes les deux heures »… Ils connaissent l’autoroute et la voie express par cœur. Pour les uns c’était le deuxième Astro. Les autres découvraient. Sur le parking des docks vendredi soir, ils ont débarqué à minuit et demi. Le temps de boire les bières sous un préau, et c’était parti pour trois jours d’Astropolis. A Keroual, on les retrouvait surtout à la Cour, mais aussi dépaysés devant la scène Mekanik. Un petit tour de grande roue, un panorama sur Keroual, et un retour en foule. L’histoire d’Astropolis, c’est aussi celle de ses festivaliers. Dans le Finistère en tout cas, on avait rarement vu autant de lunettes de soleil.

– La rumeur : free party à Landivisiau

A quelques kilomètres de Brest, les raveurs faisaient aussi parler d’eux à Landivisiau. En conflit avec les autorités, ils organisaient une nouvelle free party dans un ancien entrepôt Casino. Si le Manoir fermait vers 9h, la free de Landivisiau s’est achevée vers 16h le dimanche. C’est Manu qui devait être fier…

A venir: Sous les meurtrières de Penfeld: souvenirs d’Astropolis (2/2)

 

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© Maxime Chermat – http://fb.me/maximechermat.photography 

 

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One Response to La rave Plein Ouest : souvenirs d’Astropolis (1/2)

  1. Pierre says:

    Vous avez loupé LFO ? Dommage pour vous :)

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